Le moustique tigre trace sa route en France.
Le virus Zika, comme celui de la dengue et le chikungunya, est transmis par le moustique tigre ©DR

Chikungunya, dengue, Zika… La prolifération du moustique tigre fait craindre l’apparition de foyers épidémiques cet été en France. Les explications du docteur Pascal Delaunay, entomologiste-parasitologue, spécialiste des maladies infectieuses.

Zika, chikungunya, dengue… Ces trois virus qui font trembler la France présentent-ils les mêmes symptômes ?

Oui, la maladie se traduit toujours par une poussée de fièvre assez brutale, avec une température dépassant 38,5 degrés dans les 24 à 48 heures, une grosse fatigue, des maux de tête, diverses douleurs articulaires ou musculaires… Dans ce cas, il faut consulter immédiatement votre médecin qui fera une recherche d’anticorps pour savoir si le virus Zika, de la dengue ou du chikungunya est bien à l’origine de ces maux.

Y a-t-il un vrai risque de voir Zika, la dengue ou le chikungunya se développe en France cet été ou s’agit-il seulement d’un effet de surmédiatisation ? 

Certes, c’est que le sujet est très “vendeur” sur le plan des médias. Cela dit, si une surveillance est vraiment nécessaire, il faut préciser que le moustique qui sévit au Brésil n’est pas le moustique tigre de métropole. En d’autres termes, le moustique tigre français est très mauvais vecteur du virus Zika, ce qui limite les risques d’épidémie. En revanche, le danger est beaucoup plus important dans toutes les Antilles françaises et en Guyane car il s’agit du même insecte qu’au Brésil.

Le moustique tigre, ennemi public numéro 1

Y a-t-il risque de mutation du moustique tigre “métropolitain” ? 

Non, c’est un animal très stable. En revanche, le risque, c’est la mutation du virus, comme ce fut le cas lors des grosses épidémies de chikungunya en 2005-2006 sur l’île de la Réunion. Conséquence de cette mutation du virus, le moustique tigre présent sur place est devenu un très bon vecteur de transmission…

Quelles sont les régions françaises les plus à risques ?

L’aedes albopictus, le fameux moustique tigre, à l’origine des épidémies, est apparu en France dans les Alpes-Maritimes en 2004. Depuis, sachant que c’est un insecte tropical qui vit le jour, il a commencé de remonter vers le nord via le réseau routier. Actuellement, il est signalé au nord de Bordeaux, dans toute la Vallée du Rhône, dans l’agglomération de Lyon, en Bourgogne et jusqu’en banlieue parisienne. Il est aussi présente dans la région de Grenoble et en Suisse.

Zika et dengue sous surveillance

Comment ce moustique tropical parvient-il à survivre loin de son environnement naturel  ?

Parce que cet insecte présente une plasticité de vie très large. Il est capable de s’adapter à n’importe quelle température, même basses. C’est la raison pour laquelle il est capable de remonter vers le nord de la France et parvient à proliférer un peu partout dans le monde.

Faut-il craindre l’apparition prochaine de foyers épidémiques en France ?

Il ne faut pas le craindre mais rester vigilant. Depuis 2006, les départements du sud de la France ont mis en place toute une procédure de surveillance du chikungunya, de la dengue, et de Zika depuis cette année. Dès qu’un médecin suspecte un cas de chikungunya, de dengue ou de Zika sur un de ses patients, il doit le déclarer immédiatement auprès de l’Agence Régionale de Santé. Certes, les risques sont limités car le virus Zika, par exemple, ne reste pas plus d’une semaine dans le sang humain. Le danger, faible, pour la métropole, c’est l’apparition d’un début d’épidémie à la suite du retour du Brésil de milliers de spectateurs présents au JO de Rio. La vigilance est donc de mise cet été pour les médecins et les vétérinaires.

Epidémies et nouveaux virus

Quels sont les moyens de stopper ou de ralentir la progression du moustique tigre en France ? 

Il n’existe pas vraiment de moyens. Le moustique tigre se développe essentiellement dans l’eau stagnante. Donc, il faut éviter les coupelles remplies d’eau, les arrosoirs pleins dans le jardin… Mais en l’état actuelle des choses, vue sa prolifération, il est impossible de stopper sa progression à l’échelle d’un pays. La seule solution, c’est de surveiller son avancée et de publier régulièrement des prévisions épidémiologiques pour prendre les mesures préventives adéquates.

Comment expliquer la multiplication des épidémies et l’apparition de plus en plus fréquente de nouveaux virus ? 

Le réchauffement climatique augmente le territoire des parasites et de certains insectes piqueurs comme le moustique. Autrement dit, l’évolution du climat modifie la carte épidémiologique avec l’apparition d’insectes dans de nouvelles zones jusqu’alors préservées. Un tel phénomène s’est conjugué à l’explosion du transport international. Résultat, une accélération de la circulation et de la diffusion de tous les acteurs des maladies infectieuses, qu’il s’agisse des insectes, des micro-organismes eux-mêmes, des réservoirs (chiens ou hommes) ou du biotope (terre, eau). Ce brassage épidémiologique se traduit par une forme de “mondialisation” des virus.

A SAVOIR

Le virus Zika, transmis à la femme enceinte, serait à l’origine d’une épidémie de microcéphalies dans certaines régions du monde, en particulier au Brésil et dans toute l’Amérique du Sud et Amérique Centrale. La microcéphalie est une malformation sévère de la boite crânienne responsable d’un retard mental irréversible. Il n’existe actuellement pas de vaccin, ni de traitement spécifique de la virose Zika.

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