Face à des troubles de la visions toujours plus fréquents, la réorganisation du système de santé doit favoriser un accès plus simple aux soins oculaires.
Les enfants doivent être tenus régulièrement à l'oeil des ophtalmologues et othoptistes. Un dépistage précoce permet en effet de prévenir les éventuels troubles de la vision à venir. ©Freepik

Alors que les troubles de la vision sont de plus en plus fréquents, les délais d’attente pour un rendez-vous d’ophtalmologie se comptent en mois dans certains déserts médicaux. Une problématique que le recours plus soutenu aux orthoptistes, professionnels paramédicaux aptes à délivrer des actes de dépistage, et des innovations comme la téléconsultation contribuent déjà à atténuer. C’est en tout cas le point de vue du Dr Philippe Leynaud, ophtalmologue à Lyon et invité de l’émission Votre Santé, sur BFM TV Lyon, le 18 octobre dernier.

On estime à plus de 25 millions le nombre de Français souffrant de troubles de la vision. Une tendance qui n’est pas prête de s’inverser. Selon une étude de janvier 2022, 40% de la population européenne est déjà myope. Pour les chercheurs de l’hôpital Fondation Rotschild, qui en est à l’origine, 90% de nos enfants seront myopes d’ici 20 ans. Science-fiction ? Pas vraiment. En Asie, où l’épidémie a pris de l’avance, neuf élèves sur dix portent déjà des lunettes. Les raisons principales : le boom des écrans et une exposition moindre à la lumière naturelle.

Face à ce constat, la pénurie d’ophtalmologues a tout d’inquiétante. Un avis loin d’être partagé par le Dr Philippe Leynaud. L’ophtalmologue lyonnais, qui exerce au centre Ovision (Gerland), était l’invité de l’émission Votre Santé sur BFM Lyon, co-animée par Aline Picard et Pascal Auclair, rédacteur en chef du magazine Ma Santé Auvergne-Rhône-Alpes. Selon lui, la réorganisation de la discipline a permis de réduire notablement les délais de prise de rendez-vous. Notamment par le biais d’un recours aux orthoptistes, toujours plus nombreux et tout à fait compétents pour effectuer des actes de dépistage primaires.

Comment faire face à la pénurie d’ophtalmologues ?

C’était le cas, mais cela l’est déjà beaucoup moins, grâce à une judicieuse réorganisation qui s’est traduite par la création de filières professionnelles rassemblant orthoptistes, opticiens et ophtalmologues. Les pouvoirs publics se sont penchés sur la question. À Lyon, les délais de rendez-vous ne sont plus si importants. On trouve un rendez-vous dans les quinze jours en moyenne. Par ailleurs, un certain nombre de cabinets prennent des consultations en urgence, en complément de l’hôpital.

Pourquoi et quand faut-il aller voir un ophtalmologue ?

Tout dépend de l’âge du patient. Chez les enfants, il faut aller consulter dès qu’un trouble quelconque se manifeste. Il existe un test de vision spécifique, bébé vision, qui est dans le carnet de santé des nourrissons. Il est réalisé autour du neuvième ou dixième mois de l’enfant. C’est un bon test de dépistage, qui n’est pas du tout agressif. Lorsqu’ils grandissent, l’école est aussi un très bon test. Des dépistages y sont souvent organisés.

Chez l’adulte, on devient presbyte à partir de 45 ans. C’est un trouble naturel de la vision de près. Mais nombreux sont ceux qui souffrent de troubles de la vision avant cet âge. Les orthoptistes sont ainsi autorisés à délivrer des soins, conduire des examens de suivi et à faire faire des lunettes pour des patients âgés de 16 à 45 ans. Et en cas de doute sur une pathologie, c’est l’ophtalmologue qui prend le relais.

Il n’est donc pas nécessaire de recourir directement à un ophtalmologue ?

Non. Les orthoptistes sont de plus en plus nombreux et sont à même de répondre à ces demandes. Il se développe également la téléconsultation, qui permet d’excellents tests de dépistage. À l’avenir, grâce aussi à l’intelligence artificielle, on pourra montrer ses yeux de manière toujours plus simple et efficace.

Les écrans sont-ils dangereux pour les futures générations ?

Nous n’avons pas de conclusions scientifiques définitives. Mais nous pouvons observer, du fait de notre retard sur les populations asiatiques, quelles sont les conséquences sur leurs enfants. Une chose semble acquise : les efforts répétés de vision de près sur un écran favoriseraient le développement de myopie, même légère. Il est difficile de faire sans les écrans aujourd’hui, d’où l’intérêt du contrôle parental. Mais c’est surtout du côté des conséquences psychologiques qu’il faut être vigilant. Je ne pense pas que l’usage de l’écran soit dangereux en tant que tel. Il n’entraîne pas de lésions. C’est l’excès qui est dommageable et cela n’est pas anodin.

N’existe-t-il pas des outils pour se protéger ?

Les filtres bleus aident, notamment pour ceux qui travaillent toute la journée sur un écran. Le bénéfice n’est pas fondamentalement évident, mais nombreux sont ceux qui se disent soulagés. Il ne faut donc pas les en priver.

Peut-on ralentir le vieillissement de l’oeil ?

Non, il n’y a pas de remède miracle. La presbytie est un trouble physiologique, qui survient naturellement lorsque votre cristallin devient moins souple avec l’âge. Les mécanismes intimes sont complexes et ne peuvent être freinés. C’est assez simple au final. Si une personne de 45 ans est gênée pour lire et voit très bien de loin, il lui faut des lunettes. Et cela va évoluer pendant dix ans. Si vous voyez des gens sans pathologies de la vision qui lisent sans lunettes, c’est qu’ils ont des lentilles ou qu’ils sont myopes, car le myope voit très bien de près.

Peut-on se fier à la chirurgie oculaire au laser ?

La chirurgie est efficace pour de nombreux troubles de la vision. Nous avons depuis 25 ans un certain recul pour le confirmer. Le trouble le plus fréquemment traité est la myopie. Il faut que le trouble soit stabilisé, tenir compte de la profession ou des activités. Si vous faites de la boxe, la chirurgie réfractive vous sera interdite ! Après la myopie, on trouve aussi l’astigmatie et l’hypermétropie. La presbytie est encore balbutiante : on a pas encore trouvé de méthode qui résiste au temps.

Pourquoi la chirurgie laser, qui est pourtant pérenne, n’est-elle pas remboursée ?

La chirurgie laser n’existe pas dans la nomenclature de la Sécurité sociale. Au vu du déficit de cette dernière, j’ai peur que cela ne soit pas mis à l’ordre du jour. C’est vrai que c’est un paradoxe, mais il faut tout de même noter que beaucoup de mutuelles participent à cette prise en charge.

Retrouvez le replay de l’émission Votre Santé du 18 octobre 2022 sur Ma Santé TV.

À SAVOIR

Faites le test ! Selon le Dr Philippe Leynaud, « il existe un excellent test simple pour voir si un bébé voit bien. Vous prenez le bébé sur vos genoux, vous mettez une main devant un oeil, sans le toucher. Si tout va bien, il ne se passera rien. S’il y a un problème, le bébé va réagir, tourner la tête, hurler… »

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