Les pandémies vont devenir régulières.
Elles ne seront pas toutes aussi explosives que celle du Covid-19, mais il faut s'attendre à de prochaines pandémies. ©Pexels

Khosta 2 en Russie, Langya henipavirus en Chine, artérivirus en Afrique… Pas une semaine ne passe sans qu’un nouveau virus ne soit identifié à travers le monde. Faut-il pour autant s’en inquiéter ? Tous ont-ils le même pouvoir nocif que le SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19 ? Toutes les épidémies dégénèrent-elles en pandémie ? La réponse est non, mais le nombre de pandémies s’est toutefois notablement accéléré ces dernières décennies. Du rythme d’une par siècle au cours des dix-neuf premiers siècles de notre ère, nous en sommes déjà à six depuis le début du XXème siècle : trois de grippe, le VIH, le Zika et le Covid-19. Les scientifiques estiment qu’une pandémie mondiale peut désormais apparaître tous les dix ans. Faut-il s’en alarmer ? Comment les prévenir ? Le point avec le Pr Philippe Vanhems, épidémiologiste au CHU de Lyon.

Faut-il s’alarmer de ces nouveaux virus qui fleurissent régulièrement un peu partout dans le monde ? Sans doute marqués par l’une des pires pandémies de l’Histoire, celle de Covid-19, les esprits s’inquiètent certainement un peu trop vite. Ce fut le cas en septembre avec l’émergence du Khosta 2, un coronavirus identifié en Russie proche du Covid-19. Du virus Langya henipavirus, repéré en Chine. Ou encore d’un artérivirus proche du VIH, mis en lumière par une étude parue fin septembre dans la revue Cell.

La communauté scientifique, habituée aux effets d’annonce intempestif, ne s’en est pas inquiétée. D’abord parce que toutes les épidémies ne se transforment pas en pandémie. Ensuite parce que la dangerosité de ces virus précis semble avoir été écartée, jusqu’à preuve tangible du contraire. Mais ces quelques exemples confirment une donnée capitale : l’humanité est clairement entrée dans l’ère des pandémies, du fait d’une prolifération des zoonoses. L’accélération de l’apparition de ces virus est en effet clairement liée au réchauffement climatique et à la chute de la biodiversité. Qui, selon les experts, favorisent les contacts entre faune sauvage et humains. Et, in fine, leur propagation mondiale, caractéristique d’une pandémie.

Les pandémies vont-elles réellement devenir notre quotidien ? Le point avec le Pr Philippe Vanhems, épidémiologiste au CHU de Lyon et au Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI).

Devons-nous nous habituer à vivre des pandémies comme celle du Covid-19 ?

Les prochaines pandémies ne seront pas toujours aussi explosives que celle du Covid-19. La dynamique des futures épidémies dépendra des caractéristiques des microbes en cause ainsi que du contexte social et démographique des pays ou zones géographiques affectés. Ces agents infectieux différents du Sars-Cov-2, agent du Covid-19, pourraient se transmettre différemment, plus ou moins directement et plus ou moins facilement. Les capacités de transmission et de diffusion dépendront des caractéristiques de l’agent infectieux, de l’hôte « cible » (homme ou animal) et de l’environnement.  

Faut-il s’inquiéter des virus émergents comment celui de la famille des artérivirus en Afrique, ou encore le Khosta-2 en Russie ?

Je n’en ai pas entendu parler, je ne pense pas qu’il y ait matière à s’en inquiéter.

Les pandémies futures seront-elles surtout liées à des zoonoses ? 

Ce n’est pas automatique. Les agents infectieux générant des épidémies ont souvent des sources animales mais pas de manière systématique. La chaîne de transmission entre la source et les personnes réceptrices (ou infectées) doit être regardée avec précision. Il y a aussi une composante environnementale qui peut jouer un rôle important lors d’une diffusion épidémique.  

Le rapport de l’homme à l’animal est-il un facteur ? 

Il existe de nombreux contextes de rapprochement entre l’homme et un animal qui pourrait être infecté ou contaminé. Au-delà d’animaux domestiques, d’élevage ou de compagnie, certains évènements d’ordre environnemental peuvent provoquer des émergences infectieuses ou des épidémies. La déforestation est un exemple. La modification de l’environnement de la faune sauvage peut faciliter la mise en contact des populations animales et humaines. Un virus peut être transmis à ce moment-là.

Comment éviter ces pandémies ? 

Il est important d’avoir des systèmes de surveillance épidémiologique performants dans le monde animal, dans la population humaine ainsi que dans l’environnement. Ces outils de surveillance doivent être renforcés. Nous pourrons alors détecter précocement l’émergence d’agents infectieux. Il est aussi important d’intégrer la notion de zones de « silence épidémiologique ». Il s’agit de zones géographiques ou de populations non surveillées pour de multiples raisons (techniques, politiques…). En cas d’émergence épidémique, la détection pourra être tardive.

Il ne s’agit pas toujours de nouveaux virus. Par exemple, la poliomyélite émerge à nouveau à New-York. Pourtant, on connaît ce virus et il existe déjà un vaccin. Ce sont donc des cas de re-émergence de maladies que l’on connaît déjà mais pour lesquelles on se doit de rester vigilant. Ces agents infectieux qui semblent classiques et sous contrôle peuvent revenir à tout moment et avoir un impact majeur sur la santé publique. 

Quels sont les moyens pour les contrôler ? 

Selon le virus ou la bactérie en cause et son mode de transmission, des mesures barrières et préventives doivent être mises en place et adaptées au microbe en question.

Le vaccin, lorsqu’il existe, est un élément essentiel qui complète les mesures barrières. La conjonction des approches permettra le contrôle de l’épisode épidémique. 

Mais il faut aussi apprendre à vivre avec les agents infectieux. Le Covid-19 est persistant et diffuse par vagues successives. Il n’est pas toujours lié à la saison et présente des tendances épidémiques très particulières. C’est important que la population puisse s’approprier les moyens et méthodes de prévention, simples ou complexes.

À SAVOIR 

On estime à 1,7 million le nombre de virus « non découverts » présents chez les animaux, dont 850 000 pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains.

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