vaccin astrazeneca avec pfizer
La Haute Autorité de Santé recommande d'administrer une seconde dose des vaccins Pfizer ou Moderna aux moins de 55 ans ayant déjà reçu une première dose d'AstraZeneca contre la Covid-19. ©Freepik

Alors que le vaccin AstraZeneca est désormais déconseillé aux moins de 55 ans, les 500 000 Français ayant déjà reçu une première dose s’inquiètent de leur sort. Pour compléter la vaccination contre la Covid-19, le Ministère de la Santé prévoit l’injection d’une seconde dose de Pfizer ou de Moderna. Or, il s’agit de deux procédés différents. Cette combinaison de vaccins est-elle efficace ? Ce changement entre les deux doses comporte t-il des risques ? Zoom sur ce schéma vaccinal mixte qui ne fait pas l’unanimité auprès des autorités de santé.

Le 19 mars dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) suspendait le vaccin AstraZeneca contre la Covid-19, pour les moins de 55 ans. En cause : le risque de thrombose, effet secondaire très rare du vaccin, plus important dans cette tranche d’âge. La HAS prenait cette décision après une alerte de l’Agence européenne du médicament (EMA) signalant plusieurs cas de thromboses de localisations inhabituelles.

Problème : la vaccination avec l’AstraZeneca (rebaptisé VAXZEVRIA) pour cette population a été lancée depuis février. Près de 600 000 personnes de moins de 55 ans ont déjà reçu une première dose de ce vaccin. En deuxième dose, la HAS recommande donc désormais d’injecter un deuxième vaccin à ARN Messager. Une combinaison de vaccins qui pose question et qui partage la communauté scientifique.

 

Une stratégie “plus efficace” contre la Covid-19 selon la HAS

Dans un communiqué publié le 9 avril, la HAS tranche sur le sort des moins de 55 ans vaccinés d’une première injection avec l’AtsraZeneca mais désormais plus éligibles. Une réponse longtemps attendue par les milliers de personnes concernées, majoritairement le personnel soignant, dont le ministre de la Santé, Olivier Véran. L’organisme d’autorité publique énonce : “au vu de l’existence d’un rationnel scientifique et de données encourageantes, la HAS recommande d’utiliser une dose d’un des vaccins à ARNm actuellement disponibles [Pfizer ou Moderna] en remplacement de l’administration de la deuxième dose“.

Un procédé déjà expérimenté sur d’autres virus

Selon elle, cette stratégie de combiner deux vaccins différents nommée « prime-boost hétérologue » par les scientifiques, serait même plus efficace que la formule traditionnelle. “De nombreux arguments sont en faveur de cette stratégie, déjà mise à profit dans le contexte du développement de certains vaccins et qui s’est avérée plus efficace que l’approche de prime-boost homologue (injections strictement identiques)“, avance la HAS.

Mais si ce procédé est en effet déjà utilisé dans l’étude de vaccins contre le VIH, le virus Ebola, ou encore l’hépatite B, cette formule contre la Covid-19 est expérimentale. La HAS recommande par ailleurs la mise en place “très rapidement d’une étude pour évaluer en vie réelle la réponse immunitaire conférée par le schéma de vaccination mixte”. Les personnes concernées devraient également bénéficier d’un “suivi spécifique” pour en évaluer les risques.

 

Concrètement, comment cela fonctionne ?

Les stratégies du vaccin AstraZeneca et de ceux de Pfizer et Moderna sont fondamentalement différentes. Le premier se base sur l’injection d’adénovirus de chimpanzé. C’est à dire une version inactive du virus de la Covid-19. Les vaccins Pfizer et Moderna se basent à l’inverse, sur la technologie de l’ARN Messager. L’injection d’une molécule biologique capable de donner aux cellules les informations nécessaires pour combattre la Covid-19.

Si les procédés diffèrent, ils ciblent toutefois la même protéine S (Spike) du virus pour déclencher l’action immunitaire. Selon les experts de la HAS, la réponse immunitaire est donc la même. “Les deux vaccins agissent par un mécanisme très proche, puisqu’ils font fabriquer la même protéine du virus. Le principe est donc le même”, défend Elisabeth Bouvet, professeure et présidente de la Commission technique des vaccinations à la Haute autorité de santé.

Faut-il craindre des effets secondaires ?

Comme plusieurs vaccins existants, l’injection d’une seule dose d’AstraZeneca ne permet pas une protection suffisante contre la Covid-19. Une intervalle de 12 semaines est recommandé entre ces deux doses. Un temps suffisant selon le Pr Bouvet, pour que le second vaccin “ne soit pas en contact avec le premier”. Selon elle, “il n’y a pas de raison de craindre des effets secondaires puisqu’il n’y a pas vraiment de mélange“. Une conclusion qui ne fait pas l’unanimité chez les autorités de santé.


Combinaison de vaccins : l’OMS et la HAS en désaccord

Quelques heures à peine après le communiqué de l’HAS (le 9 avril), l’Organisation mondiale de Santé énonçait de son côté un avis contraire. La raison : un manque de recul sur les éventuels effets de ce schéma vaccinal mixte. “Il n’y a pas de données adéquates pour dire si c’est quelque chose qui peut être fait“, explique la porte parole de l’OMS, Margaret Harris. Ainsi, selon les experts “l’interchangeabilité des vaccins n’est pas quelque chose qu’ils pouvaient recommander à ce stade“. Ils appellent à réaliser en amont des recherches spécifiques.

Une dissonance qui sème le doute sur cette stratégie. Mais le Ministère de la Santé a décidé d’ignorer cette mise en garde. Trouvant cette combinaison de vaccins “totalement logique“, Olivier Véran élude cette décision. “Il y a des fois où l’on suit l’OMS et où l’on nous reproche de la suivre. Des fois où l’on ne la suit pas tout à fait et où l’on nous reproche”, a t-il déclaré.

Pour rappel, il ne s’agit pas de la première mise en garde de l’OMS ignorée par le gouvernement. En janvier 2020, l’organisation avait alerté de la dangerosité du virus de la Covid-19… en vain. Concernant la combinaison des vaccins contre la Covid-19, les autorités sanitaires devraient rendre prochainement leur avis.

À SAVOIR

Depuis le début de la vaccination en France avec l’AstraZeneca, 3 016 255 personnes en ont reçu au moins une dose. Elles sont 373 774 en Auvergne-Rhône-Alpes. Les nombreux changements de recommandations ainsi que les cas de thomboses enregistrés en Europe, accentuent toutefois la méfiance envers ce vaccin. Les professionnels peinent désormais à convaincre les patients éligibles. Il s’agit des personnes âgées des 55 ans et plus.

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