Le petit enfant doit garder toujours le même rythme de sommeil
Les troubles du sommeil toucheraient près de 20% des enfants de 0 à 6 ans ©PDP

Votre bébé ne parvient pas à s’endormir ? Votre petit se réveille plusieurs fois dans la nuit ? Ce sont des troubles du sommeil. Une pathologie assez fréquente chez les enfants de 0 à 6 ans qu’il est possible de prévenir ou de guérir avec quelques bonnes pratiques comportementales. Les explications du docteur Jean Stagnara, pédiatre à Lyon et secrétaire de l’association CourlyGones.

Comment se traduisent les troubles du sommeil chez l’enfant en bas âge ?

Ces troubles, qui font partie des troubles du comportement, se traduisent par des réveils nocturnes et souvent une agitation la journée. Ce genre de troubles est assez fréquent puisqu’il concerne entre 10 et 20% des petits enfants entre 0 et 6 ans. Après, tout est question de seuil de tolérance. Certains parents acceptent très bien que leur enfant se réveille toutes les deux heures alors que d’autres ne supportent pas le moindre cri. L’essentiel est de réagir en consultant un pédiatre avant que cela ne devienne insupportable.

Mais la plupart des petits enfants font parfois des cauchemars, se réveillent la nuit. Quand peut-on vraiment parler de troubles du sommeil ?

Les petits nourrissons dorment facilement 18 à 20 heures par jour. Par la suite, la durée moyenne de sommeil baisse assez rapidement entre 10 et 12 heures par jour. Mais plus que la durée de sommeil, c’est plus la répétition des réveils nocturnes qui est épuisante pour l’enfant comme pour les parents. Paradoxalement, ces enfants sont tellement fatigués le soir qu’ils n’arrivent pas à s’endormir. Bref, les caractéristiques des troubles du sommeil sont: 1) un coucher très tardif; 2) des réveils fréquents au milieu de la nuit. Exemple: un nourrisson de 1 ou 2 ans qui ne s’endort pas avant 22 ou 23 heures et va se réveiller toutes les deux heures dans la nuit.

Troubles du sommeil, respecter les rythmes de l’enfant

Quelles sont les origines des troubles du sommeil ?

La priorité, c’est de chercher s’il n’y a pas une pathologie derrière ces troubles. Exemple: une rhino-pharyngite, un rhume, une grippe, des reflux gastro-œsophagiens… Dans ce cas, il faut évidemment traiter la cause de la maladie. Mais la plupart du temps, l’origine des troubles du sommeil est psychologique, voire psycho-éducative, avec un non respect des rythmes de l’enfant. Dans ce cas, un cercle vicieux se met en place: l’enfant se couche trop tard, se réveille trop tôt, se réveille dans la nuit. Il est fatigué la journée et a du mal à s’endormir le soir. Les troubles du comportement, comme les troubles du sommeil sont souvent la conséquence de difficultés familiales, que ce soit une conjugopathie (Ndlr: souffrance pathologique due aux mauvaises relations dans le couple), une famille mono parentale, un non respect de certaines règles d’hygiène. Dans bien des cas, l’enfant roi se transforme en “tyran domestique” qui dicte ses règles, décide quand il veut se coucher ou se lever. Autre travers à l’origine de troubles du sommeil, le fait de coucher l’enfant dans le lit des parents ou au contraire aller coucher dans le lit de l’enfant. Je déconseille fortement de céder aux caprices.

Pourtant, certains spécialistes préconisent de dormir avec l’enfant pour facilité son endormissement…

C’est un vrai débat. Dans les pays du sud l’Europe (Italie, Espagne), mais aussi au Japon par exemple, on dort volontiers avec son enfant, alors que c’est très rare dans les pays scandinaves, du nord de l’Europe. En France, les pédiatres ne recommandent pas cette pratique, sauf pour les adeptes du co-sleeping.

Qu’est-ce que le co-sleeping ?

Dormir avec son nourrisson de moins de 6 mois pour favoriser l’allaitement maternel. Dans ce cas, on peut envisager dormir dans la même chambre que le tout petit mais pas dans le même lit, au risque de retournement, d’étouffement du bébé et de mort subite. Donc, dés la sortie de la maternité, il faut que l’enfant dispose de son propre lit et qu’il dorme seul dans sa chambre entre 4 et 6 mois.

Ne pas céder aux caprices de l’enfant

Quelles sont les solutions pour vaincre les troubles du sommeil de l’enfant ?

D’abord, la prévention. Prendre de bonnes habitudes pratiquement dès la naissance. Cela commence à la maternité avec les “donneurs de temps”. En l’occurrence, il faut que le nourrisson trouve le bon rythme. La nuit, lui parler tout bas, lui donner des biberons avec un minimum d’interaction. La journée, au contraire, le prendre dans les bras, le mettre à la lumière. Ensuite, au retour à son domicile, ne pas faire s’endormir le bébé dans les bras du père ou de la mère car les mauvaises habitudes se prennent vite… Plus on fixe des règles stables et strictes tôt, moins l’enfant risque de souffrir de troubles du sommeil.

Outre ces bonnes pratiques préventives, la prise de médicaments est-elle parfois préconisée ?

La France est effectivement championne du monde de la prescription de somnifères. Mais il faut proscrire la prescription de médicaments aux enfants, notamment chez les plus petits. En revanche, les parents doivent être attentifs au “train du sommeil”.

Qu’est-ce que le “train du sommeil” ?

Chaque enfant a une heure d’endormissement. Il s’agit donc de repérer cette heure de sommeil. Si on rate cet horaire, comme dans une gare, le train est parti et il faut attendre le prochain cycle de sommeil, généralement une heure et demie ou deux heures plus tard. Donc, bien respecter l’heure de couchage.

Des jeux de rôle pour sensibiliser l’enfant

Et plus tard, s’il se réveille dans la nuit ?

L’autorité parentale, généralement le père, doit intervenir avec un minimum d’interactivité. Evitez les réflexions du genre: “mais pourquoi tu ne dors pas ? Papa et maman sont fatigués, ils travaillent demain…” L’enfant n’en a rien a faire. Il a juste besoin d’être recouché dans le calme, sans musique, sans agitation, sans punition ou châtiment corporel. Autre recommandation forte, à partir de 6-7 mois, éviter de le relever pour lui donner un repas la nuit. Mieux vaut le rendre autonomise en laissant juste un petit biberon de 50 cl d’eau à portée de son lit.

En cas de troubles du sommeil sévère, existe-t-il d’autres techniques de rééducation ?

 

Des marionnettes pour faire comprendre à l'enfant l'importance du sommeil
Le docteur Stagnara parvient à guérir les troubles du sommeil avec des jeux de rôle ©P.A.

Oui. On a recours à des techniques cognitivo-comportementalistes, en l’occurrence des jeux de rôle pour mettre en scène la journée de l’enfant, simuler avec des petits personnages tout ce qui doit rythmer sa vie, jour et nuit: la sieste du matin, la sieste de l’après-midi, le coucher du soir… Toutes les situations sont mimées avec ces marionnettes représentant le père, la mère, les frères et sœurs éventuellement. Les parents vont ainsi se déculpabiliser et l’enfant, subjugué par ces scènettes, sera beaucoup plus réceptif aux conseils et bonnes habitudes du sommeil. Dans 70 à 80% des cas, on constate dès le soir même ou dans les semaines suivantes une guérison des troubles du sommeil. Je précise que cette technique ne nécessite généralement qu’une seule séance et qu’elle s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux deux parents à qui on demande d’être spectateurs, car ils ont évidemment leur part de responsabilité dans les problèmes de sommeil de leurs petits.

Importante, la sieste de l’après-midi

Enfin, avez-vous quelques astuces pour aider les tout petits à trouver le sommeil ?

D’une part, ne pas “zapper” la sieste de l’après-midi, souvent essentielle au bon rythme de l’enfant. D’autre part, être attentif au comportement de l’enfant. Après le bain, s’il donne des signes de fatigue vers 18/19 h, qu’il commence à bailler, ne pas hésiter à le coucher. Enfin, prendre de suite de bonnes habitudes: un minimum de lumière dans la chambre, éventuellement une petite veilleuse ou une porte entrebâillée, ne pas rester dans la pièce jusqu’à l’endormissement de l’enfant, ne pas céder à ses caprices. On parle d’autorité bienveillante. En adoptant d’emblée de bons comportements, en trouvant les bons mots, les parents vont limiter les risques de troubles du sommeil de leurs enfants.

Retrouvez la liste de tous les pédiatres de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

La qualité et la durée du sommeil de l’enfant évoluent de la naissance à l’adolescence. Les nouveaux-nés dorment en moyenne entre 14 et 20 heures par jour. Ce temps de sommeil diminue assez rapidement pour se stabiliser autour de 12 heures à partir de 3 ans, puis 10 heures à l’âge de 6 ans. Les cycles de sommeil diminuent aussi avec l’âge: cycles très courts (50 minutes) chez les nouveaux-nés, un peu plus longs (70 minutes) chez les nourrissons et proche des adultes (90 à 120 minutes) pour les “grands enfants” entre 6 et 24 mois.

 

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