Retrouver une vie normale après une hospitalisation psychiatrique.
La guérison ne s'arrête pas aux portes de sortie d'une hospitalisation psychiatrique : retrouver une vie normale nécessite souvent un accompagnement spécifique et collectif. ©Freepik

Dépression, bipolarité, schizophrénie… Les troubles psychiques touchent de près ou de loin 20% des Français, confrontés à un véritable défi : celui de la reconstruction des personnes en souffrance à la sortie de leur parcours de soin. Mais les accompagnements spécifiques, pour cette étape essentielle, ne sont pas nombreux. Les explications du Dr Christian Gay, psychiatre et membre du conseil d’administration du Clubhouse Lyon, qui s’appuie sur les dons pour permettre la mise en oeuvre de ses actions.

Une hospitalisation psychiatrique, même couronnée de succès, ne signifie pas le bout du chemin pour tous ceux, très nombreux, qui souffrent de troubles psychiques. Selon l’OMS, un Français sur cinq est en effet confronté directement ou indirectement à l’un de ces troubles, entre dépression, schizophrénie, bipolarité, troubles obsessionnels ou de la personnalité…

En fonction du trouble et de sa gravité, le retour à la vie normale n’est pas le même. Mais il se fait rarement seul. Le Clubhouse Lyon a justement pour vocation d’accompagner les personnes fragilisées par un trouble psychique, en vue de leur réinsertion sociale, familiale et professionnelle. Cet espace associatif non médicalisé accueille 190 personnes actuellement, avec un objectif : réapprendre à vivre comme un citoyen ordinaire. Les explications du Dr Christian Gay, psychiatre et coordinateur du conseil scientifique de l’association.

 

Troubles psychiques : « nous sommes tous concernés »

Quel est le public concerné par cette prise en charge post-hospitalisation psychiatrique?

Il s’agit de personnes en souffrance, touchées par des troubles psychiques. Les plus importants sont les troubles psychotiques schizophréniques, les troubles maniaco-dépressifs -autrement dit les troubles bipolaires- et les troubles dépressifs majeurs. Nous avons également des sujets souffrant de troubles obsessionnels ou de troubles du comportement. Et souvent, les personnes accueillies présentent plusieurs troubles associés. Tous ces troubles sont accessibles à la médication. Il est essentiel en effet que les personnes accompagnées bénéficient d’une prise en charge en parallèle.

 

Ces maladies sont-elles de plus en plus fréquentes ?

Elles sont universelles et touchent tout le monde. Nous sommes donc bien tous concernés. On en parle beaucoup plus aujourd’hui, car ces troubles sont mieux détectés. Ils sont sans doute également plus nombreux, car nous vivons dans une société où le stress et l’isolement sont plus fréquents.

 

Quel est le profil des personnes accompagnées ?

Des hommes et des femmes, sans distinction. Avec peut-être une sur-représentation de femmes. Ils ne sont pas très jeunes (la moyenne d’âge, à Lyon, est de 42 ans, NDLR), car le diagnostic est souvent posé très tard, après des années d’introspection. Un trouble bipolaire peut ainsi facilement passer entre les mailles du filet. Il faut savoir détecter les principaux signes, que sont la difficulté à communiquer, à s’intégrer, à se concentrer… Les gens souffrent, mais on ne s’en rend pas toujours compte. D’autant que ce sont des maladies trompeuses, qui se caractérisent par une alternance du bien et du moins bien. Notre meilleur allié reste la famille, car elle est souvent la première à constater un dysfonctionnement.

 

Troubles psychiques : se reconstruire après l’hôpital

Les sujets accompagnés ont déjà été hospitalisés : pourquoi ont-ils besoin d’un accompagnement en dehors du parcours de soin ?

Il n’y a pas ou très peu de préparation à la sortie. Et quand quelqu’un sort de l’hôpital, il reste en situation de fragilité. Il se sent souvent isolé, meurtri, a perdu son estime de soi… Le poids du regard des autres est énorme et il garde un statut de malade. Il doit alors entamer un processus de restauration autour de trois objectifs majeurs : rompre l’isolement, lutter contre la stigmatisation et faciliter l’insertion sociale et professionnelle.

 

Comment cette prise en charge se concrétise-t-elle ?

A travers des échanges avec ceux qui ont la chance d’être bien portant. L’idée est d’établir un équilibre entre les bénévoles et nos membres, que l’on n’appelle plus  »malades », volontairement. Le clubhouse est un lieu de vie cogéré où chacun se retrouve dans une ambiance conviviale et bienveillante. La cogestion, le  »faire-ensemble », forment le coeur de notre activité. La gestion du fonctionnement de l’association se fait en effet avec les membres et les salariés. Sont proposés des tâches quotidiennes (administration, comptabilité, cuisine, communication, entretien des locaux, présentations…) et d’un programme d’aides et d’ateliers sur le retour à l’emploi, la diététique, l’arrêt du tabac ou encore l’activité physique.

 

Quels sont les bienfaits de cet accompagnement ?

Les personnes retrouvent peu à peu un rythme de vie, s’engagent dans des reprises professionnelles grâce à des partenariats avec des organismes professionnels… Cela prend parfois du temps: certains de nos membres sont là depuis un, deux, voire trois ans. Mais les études ont montré un impact important. 30 à 40% des gens ont pu retrouver une place dans la société, un emploi, qu’il soit protégé ou non, des liens sociaux… Pour eux, les objectifs sont atteints. Et on observe globalement une amélioration indiscutable de la qualité de vie. L’important est d’entretenir l’espoir, de montrer que l’horizon peut être différent. C’est un autre départ dans la vie.

 

Cette prise en charge dépend des dons: pourquoi n’est-elle pas partie intégrante du système de santé?

Malheureusement, le système de soin français présente de nombreuses défaillances. Les médecins, infirmières et équipes des établissements psychiatriques sont déjà submergés de travail. Cette prise en charge post-hospitalisation, pourtant essentielle, fait donc les frais d’un cruel manque de moyens. Mais petit à petit, les pouvoirs publics réalisent tout l’intérêt de ce type de structures et commencent à apporter leur soutien. L’Agence Régionale de Santé est ainsi déjà impliquée. Mais ce n’est pas encore suffisant et les dons sont essentiels pour nous permettre d’avancer (lire ci-dessous, NDLR).

 

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A SAVOIR

Le Clubhouse Lyon fait partie d’un réseau de 350 structures réparties dans le monde, dont cinq en France (Paris, Bordeaux, Lille, Nantes et donc Lyon). Son fonctionnement n’est possible qu’à travers les dons. Le Clubhouse organise ainsi sa deuxième Soirée de l’espoir, le lundi 4 octobre 2021 à 19 heures au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Cet événement (sur inscription) a pour but de lever des fonds en direct au profit de sept projets concrets.

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