Aujourd'hui, on sait détecter les troubles de l'enfance.
On a appris, aujourd'hui, à mieux détecter les troubles de l'enfance, de l'autisme, de troubles DYS ou encore d'un TDA/H.©Freepik

Lubie de parents nourris à la psychologie de comptoir ou véritable mal du siècle ? Qu’ils soient précoces, hyperactifs ou ‘’DYS’’, le nombre d’enfants ‘’pas comme les autres’’ semble exploser dans nos écoles, au grand dam de familles souvent dépassées et inquiètes. Pour Marie Costa, experte en parentalité à Lyon et spécialiste des Troubles de Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H), la vérité est ailleurs et tient surtout à une meilleure identification de pathologies encore méconnues il y a un peu.

TDA/H, Troubles DYS, Haut Potentiel… Pourquoi les enfants différents semblent-ils toujours plus nombreux?

Tout simplement parce qu’on les dépiste mieux ! On repère dorénavant ces enfants et on arrive à faire une meilleure différence entre le DYS, le HP, le TDA/H… Ils ne sont pas plus nombreux qu’avant : les TDA/H existaient déjà dans la littérature médicale du XIXème siècle : mais on parlait alors d’enfants bougeons, de cancres que l’on cantonnait souvent au fond de la classe et qui sortaient rapidement du système scolaire. On ne savait pas les gérer et on manquait de mots pour les décrire. Aujourd’hui, nos connaissances en neurosciences sont plus étoffées. Mais cela a pris du temps et ce n’est que depuis 2014 que l’on parle de troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

 

Tous les enfants turbulents ont-ils un trouble insoupçonné ?

Non, bien sûr. Seuls 3 à 5% des enfants ont un trouble TDA/H diagnostiqué, ce qui est déjà beaucoup ! Mais ce n’est pas parce qu’un enfant est remuant ou en échec scolaire qu’il a un trouble quelconque. Cela arrangerait parfois les parents, mais le manque de repères éducatifs a aussi sa part de responsabilité. Certains enfants, trop gâtés et sans limites, peuvent se montrer exigeants, voire opposants. Le manque d’amour, l’abandon ou la maltraitance, peuvent aussi avoir des incidences sur le comportement, tout comme les situations de harcèlement scolaire ou les difficultés familiales comme le divorce. Il est donc essentiel de savoir faire la part des choses et de faire attention à l’usage des mots.

 

Comment être certain du diagnostic ?

Le diagnostic du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité s’établit toujours par un médecin spécialisé, tel un neuropsychiatre ou un neuropédiatre, et ce sur le long terme. Il faut en effet que les signes, identifiés dans la petite enfance, persistent jusqu’aux 12 ans de l’enfant, mais ils sont souvent diagnostiqués en CE1-CE2. Et ces troubles doivent avoir un retentissement sur toutes les sphères de la vie, pas uniquement à l’école, ou à la maison.

 

« On peut apprendre à vivre avec son trouble »

Quels sont les signes qui alertent ?

Ce dépistage a lieu dès la toute petite enfance, à travers différents signes qui vont alerter les parents : un hyperactif ne va pas dormir facilement, comme un enfant précoce ne supportera pas forcément d’être touché… Les modes de garde, de la crèche aux assistantes maternelles, vont peu à peu confirmer ces signes, tout comme les enseignants à l’entrée à l’école ou encore le médecin de famille. Ce prédépistage, bien sûr, doit être confirmé par un spécialiste, qu’il s’agisse d’un pédopsychiatre, d’un neuropédiatre ou d’un neuropsychiatre….

 

Un enfant peut-il cumuler plusieurs troubles ?

Oui, et cela ne facilite pas le dépistage. Prenons l’exemple d’un enfant à haut potentiel hyper complexe, l’une des trois catégories d’enfant HP. Il peut souffrir d’une autre pathologie associée : être DYS ou TDA/H, ou parfois même les deux ! Ce n’est pas évident, dès lors, d’identifier le trouble. Il faut arriver à croiser les données et expliquer aux parents ce qui résulte du défaut de l’attention, des difficultés DYS…

 

On parle de troubles de l’enfance : mais sont-ils cantonnés à cette période de la vie ?

Non. Ces troubles sont définitifs et on restera DYS, TDA/H, HP ou autiste toute sa vie. Mais on peut apprendre à vivre avec son trouble, qui évoluera. Prenons l’exemple du TDA/H : l’enfant hyperactif se transformera en adolescent impulsif, puis en adulte impatient, qui va toujours faire deux choses en même temps, s’énerver dans les files d’attente, ne pas faire attention à ses affaires… Les symptômes évoluent avec le temps et c’est aussi comme cela que l’on fera la distinction avec un simple défaut d’éducation. C’est la persistance dans la durée et leur retentissement global qui caractérisent ces troubles.

 

« Un enfant ne se résume pas à son trouble »

Ces troubles sont-ils une fatalité ?

Non, car un enfant ne se résume pas à son trouble. Il est essentiel de ne pas le mettre dans une case, avec une étiquette qui le poursuivra toute sa vie. Et son trouble peut aussi devenir un atout : un HP va faire preuve de beaucoup de curiosité, un enfant DYS sera résilient et apprendra le goût de l’effort, un TDA/H développera une capacité à sortir du cadre et à être très créatif. Il aura une énergie à revendre, ce qui peut être très bénéfique dans le sport ou dans le travail.

 

Avoir connaissance du trouble le plus tôt possible est-il un atout pour les parents ?

Le diagnostic permet aux parents de mieux comprendre l’enfant, de mettre des explications sur des comportements anciens. Il existe ensuite des programmes d’aides et d’accompagnement susceptibles de les aider à adopter des réactions éducatives différentes de celles qu’ils ont eux-mêmes reçues, d’adapter la vie de famille pour que le trouble n’envahisse plus le quotidien et n’ait pas de retentissement sur la fratrie… Cela va permettre d’éviter l’épuisement parental et contribuer à rétablir leur mauvaise image aux yeux des grands-parents, de la société… Tout est fait, aujourd’hui, pour culpabiliser les parents : mais un TDA/H n’a pas reçu une mauvaise éducation ! Il souffre simplement d’un véritable trouble neurodéveloppemental, qui n’est pas encore assez connu et qui doit être pris en charge.

 

 

Troubles de l’enfance : où trouver de l’aide ?

Des plateformes de coordination et d’orientation (PCO) ont été lancées en 2019 pour favoriser l’accès au diagnostic, aux soins et à la rééducation des enfants susceptibles de développer un trouble du neurodéveloppement. Ce dispositif gratuit est ouvert aux enfants de 0 à 7 ans. L’objectif est en effet de favoriser une prise en charge la plus précoce possible pour éviter le ‘’sur handicap’’.

Retrouvez le centre PCO le plus proche de chez vous sur www.handicap.gouv.fr

 

À SAVOIR

Marie Costa est coach parentale à Lyon, experte en accompagnement TDA/H certifiée méthode Barkley. La méthode Barkley est un Programme d’Entrainement aux Habiletés Parentales (PEHP) mis en place depuis 1949 aux États-Unis par le dr Barkley. Il vise à diminuer les comportements inadaptés et surtout à rétablir des relations plus sereines entre l’enfant et ses parents.

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