Tabagisme et état d’urgence: cruel dilemne dans les lycées lyonnais

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Les élèves peuvent fumer dans certains lycées à Lyon
Dans le cadre de l'état d'urgence, les élèves sont provisoirement autorisé à fumer dans l'enceinte de certains lycées lyonnais ©P.Auclair

Faut-il autoriser les lycéens à fumer dans l’enceinte des établissements pour éviter les risques d’attentat ? Non, estime une pneumologue lyonnaise qui a déposé deux plaintes contre le lycée Saint-Exupéry et le rectorat.

Alors que la loi Evin de 1991 interdit la cigarette dans les établissements scolaires, une directive du gouvernement prise après les attentats du 13 novembre 2015 vient contourner cette loi en imposant aux proviseurs d’empêcher le stationnement des élèves qui fumaient à l’extérieur de leur établissement.
Corinne Depagne, maman d’un lycéen et pneumologue à Lyon, s’insurge contre cette mesure qui a conduit de nombreux proviseurs à tolérer la cigarette dans l’enceinte de leur établissement pour éviter les attroupements extérieurs. La menace terroriste est-elle plus dangereuse que le tabagisme ? A cette question, le docteur Depagne est formelle : « Les deux risques ne sont pas opposables. Évidemment que le risque terroriste doit être pris en compte mais ce n’est pas une raison pour reculer devant la loi. Un fumeur sur deux va mourir des effets néfastes du tabac. Ce risque est lui aussi réel et pas aléatoire : cancer, bronchite chronique et insuffisance respiratoire, sans compter l’asthme ou d’autres maladies liées à la consommation de tabac ».
 

Tabac et le principe de précaution 

Promulguée en 1991, la Loi Evin visait à lutter contre le tabagisme dans les lieux à usage collectif. Les élèves avaient donc interdiction d’allumer une cigarette dans l’enceinte de leur établissement. La mesure prise par le gouvernement après les attentats du 13 novembre visait pour sa part à protéger les élèves du risque d’attentat devant leur lycée en les empêchant de s’attrouper. Fallait-il pour autant permettre de nouveau la cigarette à l’intérieur ?

Des proviseurs pris “entre deux feux”

Difficile pour les directeurs d’établissement de se positionner alors que deux textes se contredisent, d’autant plus que la directive du 13 novembre ne fait aucune allusion à la cigarette. Certains ont pris le parti d’interdire totalement la cigarette tandis que d’autres contournent la loi Evin, pensant que la cigarette est moins mortelle qu’un attentat. “C’est irresponsable de laisser mes élèves sur le trottoir”, a estimé Pascal Charpentier, proviseur du lycée du Parc, dans le sixième arrondissement de Lyon. « 200 personnes meurent chaque jour à cause du tabac. C’est moins choquant qu’un attentat mais bien pire en termes de nombre », lui répond Corinne Depagne, médecin pneumologue.
Deux plaintes ont été déposées contre le lycée Saint-Exupéry et contre le Rectorat de Lyon. Corinne Depagne demande que la pratique tolérée depuis les attentats soit formellement interdite par l’Education Nationale. « Il est inadmissible que nous n’ayons même pas été mis au courant de cette mesure prise par certains établissements scolaires alors que cela concerne directement nos enfants », conclut le Docteur Depagne, qui précise qu’une pétition a été lancée pour voter contre la cigarette dans les lycées.

A SAVOIR

En 2014, une enquête a été menée auprès de 3319 élèves de collèges et de lycées: 61,5% d’entre eux ont expérimenté le tabac et 22.3 % avouent fumer quotidiennement, 56% ont expérimenté la cigarette électronique.

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