Détection des signes de détresse : un enjeu majeur pour la prévention du suicide.
Le rôle de l'entourage est essentiel pour détecter les signes de détresse te prévenir les passages à l'acte. ©Freepik

Depuis cet automne, un numéro national a été mis en place pour la prévention du suicide : le 3114. Accessible gratuitement et 24 heures sur 24 aux personnes suicidaires comme à leur entourage, il offre une mise en relation permanente avec des professionnels de la psychiatrie. L’objectif ? Réduire le nombre de passages à l’acte, qui se traduisent par 9000 décès chaque année en France. Le Dr Lee Aderet, chef du pôle de psychiatrie adulte de l’Établissement de Santé Mentale Portes de l’Isère, rappelle toute l’importance du rôle des proches dans la détection des signaux de détresse, à l’heure où la crise sanitaire a cristallisé les souffrances psychiques.

On recense 150 à 200 000 tentatives de suicide chaque année en France : comment en arrive-t-on à une telle extrémité ?

Les idées suicidaires sont le fruit de différents facteurs, qui peuvent être d’ordre personnels, professionnels, familiaux. Le point commun est généralement ce sentiment que l’on a plus de solution, que l’on est coincé. Certaines tentatives de suicide sont aussi clairement des appels à l’aide. Ils témoignent d’une grande souffrance et il est essentiel de ne pas les prendre à la légère.

 

Quels sont les principaux facteurs favorisant le passage à l’acte ?

Les premiers sont liés à la personne elle-même. Il s’agit souvent de personnes souffrant d’une maladie psychique comme la dépression, de troubles psychiatriques, d’anxiété… Les facteurs familiaux influent également, à commencer par la solitude. On observe plus de passages à l’acte chez les personnes qui ne sont pas en couple. Mais les difficultés conjugales, comme les violences ou les divorces, sont aussi des éléments favorisants. Les minorités sexuelles, souvent confrontées à de l’incompréhension, y sont également sujettes.

 

Une influence certaine de la crise sanitaire

Le travail a-t-il une influence ?

Bien sûr, en cas de chômage, de licenciement, de harcèlement, d’épuisement… Lorsque les valeurs personnelles ne sont pas en adéquation avec l’activité, aussi. Et l’on constate une surmortalité dans certains secteurs aux conditions d’exercice difficiles, comme dans la santé, ou isolées, comme dans l’agriculture.

 

La crise sanitaire a-t-elle amplifié les risques ?

Oui, sans que l’on ait pour autant des chiffres clairs permettant de le confirmer. Mais on sait que le sentiment d’anxiété et la souffrance psychique ont augmenté de manière très inquiétante depuis le début de l’épidémie. Dans ce contexte, la crise sanitaire est souvent la goutte d’eau qui vient déclencher les idées suicidaires et hausser le nombre de passages à l’acte.

 

Suicide : « n’importe qui peut être concerné »

Peut-on déterminer un profil de personnes à risque ?

N’importe qui peut être concerné, et à n’importe quel âge. Les tentatives de suicide sont plus fréquentes chez les femmes, mais le passage à l’acte est plus violent et entraîne donc plus de décès chez les hommes. Concernant le milieu, on sait que la précarité sociale peut jouer : moins la personne a de diplôme, plus facilement elle nourrira ce sentiment d’être coincée.

 

Existe-t-il des âges particulièrement à risque ?

Oui, dans le sens où il s’agit d’âge transitoire de la vie. L’adolescence, le départ des enfants ou encore le passage à la retraite, sont des périodes qui conduisent à la reconstruction des repères. Ce sont clairement des moments à risque.

 

Prévention du suicide : l’entourage en première ligne

Quels sont les signes de détresse qui peuvent alerter ?

Chez une personne à risque, et même chez tout le monde, il faut rester attentif en cas de changement brutal, ou d’événements qui s’accumulent : un enfant malade, des tensions au bureau, un deuil…  Les modifications par rapport à des comportements antérieurs, au niveau de l’anxiété, de l’alimentation, du sommeil, de l’anxiété, de l’apathie sont autant de signaux à prendre en compte.

 

Quel est le rôle de l’entourage ?

Il est essentiel, car il est en première ligne. Lorsque l’on constate un changement, il faut être capable d’écouter avec bienveillance, sans jugement, sans nier ce que traverse la personne. Il faut être réellement attentif à la réponse, lorsque l’on demande « comment ça va », et se montrer disponible. Attention toutefois à ne pas trop s’impliquer, sous peine d’épuisement, de ras-le-bol et parfois, du coup, de maltraitance. Vouloir se montrer trop bienveillant peut se retourner contre le proche et contre la personne en détresse. Il faut donc aussi savoir passer la main à un autre proche, à un bénévole ou à un professionnel de santé lorsque la situation devient trop compliquée à gérer.

 

Vers qui les personnes en détresse et leurs proches peuvent-ils se tourner ?

En cas d’urgence, en contactant les secours et les services d’urgence le plus rapidement possible. Et lorsque l’on suspecte une situation de détresse, on peut en parler au médecin traitant. C’est lui qui est responsable de la prévention primaire et qui se chargera de réorienter la personne vers un psychiatre libéral ou vers un centre médico-psychiatrique. On peut également s’appuyer sur le réseau VigilanS, les associations, les Groupes d’Entraide Mutuelle, les infirmières scolaires, les médecins du travail, les bureaux d’aide psychologique universitaire pour les étudiants… Tout ce maillage permet de favoriser un repérage précoce des situations de détresse.

 

Le 3114, la ligne nationale ouverte au 1er octobre, est-elle une véritable avancée dans la prévention du suicide ?

C’est une vraie nouveauté d’avoir une ligne unique. Jusqu’ici, tout le monde avait sa ligne d’écoute, ce qui complexifiait les choses. Tous les volontaires, en outre, n’étaient pas des professionnels formés pour gérer des situations délicates. Cela permettra à des organismes comme SOS Amitié, fondé pour combler la solitude et non pour empêcher les suicides, de retrouver leurs vocations initiales.

 

À SAVOIR

Administré par la Fondation Boissel, l’Établissement de Santé Mentale Portes de l’Isère, où officie le Dr Lee Aderet, prend en charge des patients adultes du Nord-Isère et d’Isère rhodanienne et des patients enfants d’Isère rhodanienne. L’ESMPI concentre le pôle de psychiatrie adulte qui comprend 6 unités d’hospitalisation temps plein à Bourgoin-Jallieu et à Vienne avec des pôles d’accueil ambulatoires situés à Bourgoin-Jallieu, La Tour-du-Pin, Pont-de-Chéruy, Villefontaine, Vienne, Péage-de-Roussillon, Beaurepaire et Roussillon.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here