L'âge, les fluctuations hormonales, l'environnement sont autant de facteurs qui favorisent la sécheresse oculaire.
Maladie multifactorielle fréquente de la surface de l'oeil liée à une hyposécrétion ou à une hyper-évaporation des larmes, la sécheresse oculaire est une cause de souffrance physique et psychique importante qui peut, dans certains cas, être soulagée par des larmes artificielles. @Freepik

Pathologie courante, la sécheresse oculaire touche 15% des personnes âgées de plus de 60 ans, en particulier les femmes. Le vieillissement, les fluctuations hormonales et les facteurs environnementaux participent au développement de cette maladie qui peut devenir handicapante et dépressogène. Qu’elle soit liée à une hyposécrétion ou à une hyper-évaporation des larmes, quels examens permettent d’identifier une sécheresse oculaire et quels sont les traitements adaptés ? Le point avec le Dr Élodie Calas, ophtalmologue chez Ophta Santé à Lyon.

Une sensation de démangeaisons, de picotements, de brûlures ou de sable dans les yeux est caractéristique d’une sécheresse oculaire. Cette pathologie courante est liée à une anomalie de la production de larmes (insuffisance ou hyper-évaporation). Grâce à un interrogatoire précis et des examens adaptés (test de Schirmer, break up time), un professionnel pourra identifier le degré de la maladie et trouver une solution adaptée. Le point avec le Dr Élodie Calas, ophtalmologue à Lyon.

Qu’est-ce que c’est ?

La sécheresse oculaire est une maladie de la surface de l’oeil liée à une altération du film lacrymal (les larmes). Elle peut avoir deux origines : l’insuffisance de sécrétion (sécheresse aqueuse) ou l’hyper-évaporation (sécheresse lipidique) du film lacrymal. Il s’agit d’une pathologie de surface courante et gênante qui est le plus souvent chronique. C’est un motif fréquent de consultation en ophtalmologie. 

Quels sont les symptômes ?

Ils sont variés et différents selon les patients : une sensation de grains de sable dans les yeux, des picotements, des brûlures répétées, une photophobie (éblouissement), un larmoiement chronique. 

Quel public est concerné ?

Certaines personnes produisent un meibum (corps gras qui permet d’éviter l’évaporation des larmes) de moins bonne qualité ou de moins grande abondance. D’autres présentent une hypo-activité de leurs glandes lacrymales.

Généralement, la sécheresse oculaire survient ou s’accentue avec l’âge. Elle touche davantage les femmes. En cause, les fluctuations hormonales (contraception, grossesse, ménopause). Certains traitements tels que les antidépresseurs, les anxiolytiques et la chimiothérapie peuvent eux aussi favoriser la sécheresse oculaire. De même certaines maladies inflammatoires ou auto-immunes en sont parfois responsables. 

En outre, des facteurs externes environnementaux favorisent également la survenue de cette maladie à l’image des changements de température (chauffage, climatisation, vent), de la pollution ou d’une activité prolongée sur un écran.

Peut-on se prémunir de cette maladie ?


Il est difficile de se prémunir de cette maladie qui évolue par poussées. La fatigue, le surmenage et le stress sont des facteurs aggravants. Il est donc conseillé de se reposer. Devant un écran, il est recommandé de cligner des yeux régulièrement afin de maintenir une bonne hydratation de sa surface oculaire et de porter des lunettes de repos si cela est jugé nécéssaire par l’ophtalmologue. 

Sécheresse oculaire : l’hyposécrétion ou l’hyper-évaporation des larmes en cause

Quels examens permettent d’identifier la maladie ?


Tout d’abord, il faut procéder à un interrogatoire patient précis. L’objectif est de mesurer l’intensité de la sécheresse oculaire et ses répercussions dans la vie quotidienne du patient. Puis un examen clinique de la surface oculaire est effectué par l’ophtalmologue.

Un examen à la lampe à fente associé à un test à la fluoresceine permet de confirmer le diagnostic et d’évaluer la sévérité de l’atteinte de la surface oculaire (cornée et conjonctive). Il permet également d’évaluer l’état des paupières, des glandes de meibomius et du meibum sécrété. 

Ensuite pour déterminer s’il s’agit d’un problème d’hyper-évaporation des larmes, le professionnel pratique un test appelé « break up time ». Ce dernier permet de déterminer le temps que met le film lacrymal à s’évaporer. Cet examen consiste à déposer une goutte de fluoresceine orange dans l’oeil afin de colorer le film lacrymal et d’évaluer son temps de rupture. Si le temps d’évaporation est inférieur à dix secondes, le patient souffre d’une hyper-évaporation de son film lacrymal. 

S’il s’agit plutôt d’un problème de sécrétion, l’ophtalmologue pratique le test de Schirmer qui consiste à déposer une petite bandelette de papier dans l’angle interne de l’oeil. Au bout de cinq minutes, le professionnel mesure l’imprégnation de la bandelette pour déterminer si l’oeil produit suffisamment de larmes. 

Quelles sont les répercussions sur la vie quotidienne ?

Elles peuvent être plus ou moins importantes en fonction de l’intensité de la sécheresse oculaire.
Cela peut aller de la petite gêne améliorée avec des larmes artificielles à une gêne très importante avec un larmoiement abondant ou un besoin permanent de fermer les yeux qui peut empêcher de conduire. La sécheresse oculaire avancée est handicapante au quotidien. Elle peut également entraîner des conséquences psychologiques (anxiété, syndrome dépressif). 

Les larmes artificielles hydratent les yeux et soulagent la fatigue oculaire

Existe-t-il un traitement adapté ?

Les larmes artificielles et les gels peuvent soulager les symptômes de sécheresse oculaire. Il s’agit du traitement de première intention. En période de poussée inflammatoire de la surface de l’oeil, des anti-inflammatoires locaux sont parfois nécessaires. 

Il est également intéressant de faire des soins de paupières en posant un masque ou une compresse chaude sur les paupières. Cela va permettre de liquéfier le meibum. Une fois le meibum liquéfié, masser le bord libre des paupières avec les doigts propres permettra de l’évacuer et de stimuler les glandes meibomiennes. Ce processus améliorera la teneur lipidique des larmes et limitera l’inflammation des paupières et donc de la surface oculaire. 

Pour les patients souffrant de rosacée oculaire (pathologie inflammation des paupières liée à un dysfonctionnement des glandes de Meibomius), un traitement antibiotique local ou général permettra de stabiliser la pathologie.

Des séances de lumière pulsée et de photobiomodulation par Eye-light permettent également dans certains cas de stimuler la sécrétion des glandes meibomiennes.

En cas de symptômes sévères résistants à ces différents traitements, il est possible de poser des bouchons lacrymaux (dispositif d’occlusion partielle des voies lacrymales) afin de favoriser la stagnation des larmes dans l’oeil. 

À SAVOIR 

Il ne faut pas confondre la sécheresse oculaire et la sensation d’avoir les yeux secs. Cette dernière peut arriver lorsque les yeux sont surmenés ou confrontés à des substances irritantes. Si le phénomène persiste, il est conseillé de consulter un ophtalmologue. 

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