Très nombreuses à exercer dans la santé, les femmes sont sous représentées parmi les spécialistes, tout comme aux postes de direction. ©Public Domain

Dans le domaine de la santé aussi, les femmes ont souvent du mal à s’accaparer les postes à responsabilités. Les explications de Jacqueline Hubert, directrice générale du CHU de Grenoble.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous impliquer dans le mouvement ”Donner des Elles à la santé”, organisateur du premier forum Femme et Santé le 16 juin dernier à Lyon?

Après une première réunion, nous avons eu la possibilité d’échanger avec des femmes étonnantes aux parcours atypiques. Nous avons remarqué plusieurs choses. La première a été que peu importe que l’on soit médecin dans un service, directeur général ou à un autre poste, les femmes rencontrent les mêmes difficultés. Deuxièmement, nous avons constaté que le sort des femmes qui allaient nous succéder restait incertain en fonction des milieux. Si on a été plongé dans la mixité depuis l’enfance, la condition féminine peut basculer et régresser. Rien n’est acquis.

Est-ce plutôt une question de hiérarchie ou de salaire ?

Il s’agit d’abord d’une question de hiérarchie. Dans le milieu de la santé publique, où l’on trouve des professeurs d’université, des directeurs généraux, nous évoluons selon un système de grilles. Ce n’est donc pas un problème de niveaux de salaires, mais bien d’accessibilité à ces postes-là.

Chirurgie, le mauvais élève

Pourtant, les femmes sont très présentes dans le milieu de la santé…

Certes, les femmes sont majoritaires. Seulement, lorsqu’on regarde au niveau du top management, qu’il s’agisse du médical comme du directorial, on y retrouve beaucoup d’hommes. Dans le cadre du forum Femmes et Santé, nous avons essayé d’analyser les tenants et les aboutissants des obstacles créés aux femmes et de savoir pourquoi elles sont exclues de ces parcours.

 Quels sont les domaines les plus touchés par cette forme d’ostracisme dans le domaine de la santé ?

 Les domaines de la chirurgie, et les postes de professeurs d ‘université, sont les exemples les plus révélateurs de cette inégalité que l’on retrouve quasiment dans tous les domaines.

Les femmes doutent de leurs capacités

Pour quelles raisons les femmes ne peuvent pas accéder aux mêmes postes que les hommes ?

Tout d’abord, les femmes ne se l’autorisent pas. Elles se disent : « non, ce n’est pas fait pour moi, je dois privilégier ma famille » ou « est-ce que j’en ai les capacités ? ». Je pense que les femmes sont plus dans l’interrogation. Nous touchons là aux codes du pouvoir : les femmes ont peur et ont besoin d’être certaines avant de s’engager dans quoi que ce soit. Pourtant, lorsqu’elles parviennent à accéder à de plus hautes fonctions, elles essaient toujours de se surpasser. Pour un homme, prendre des décisions, mener une équipe… sont des choses naturelles, alors qu’une femme rencontrera plus de difficultés et se mettra davantage de freins malgré ses performances.

Pensez-vous qu’on puisse parler d’ostracisme volontaire, ou d’un problème sociétal ?

Selon moi, c’est avant tout sociétal. Les stéréotypes y sont pour beaucoup. En effet, les patients ont parfois plus tendance à se tourner vers un homme pour parler au médecin, et vers une femme pour parler à une infirmière.

 

A savoir

En 2014, selon l’INSEE, le domaine de la santé représentait 1 175 000 professionnels en France. Malgré la présence soutenue des femmes dans le domaine de la santé, la répartition des sexes n’est pas égale. Ainsi, sur 543 000 aides soignants, 521 000 sont des femmes tandis que dans les spécialités chirurgicales, sur 26 279 professionnels, seuls 26,9% sont des femmes.

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