Santé et environnement: les pesticides en accusation

0
74
Les pesticides sont présents dans la plupart des aliments consommés
Les agriculteurs sont les premières victimes de l'usage intensif des pesticides ©DR

Cancers, Parkinson, troubles neurologiques… Dans les milieux scientifiques, de nombreuses voix s’élèvent pour mettre en garde contre les effets néfastes de l’usage abusif des pesticides. Entretien avec le docteur Béatrice Fervers, coordinatrice du Département Cancer et Environnement du Centre Léon Bérard, à Lyon, et du projet Sigexposome qui vise à analyser l’impact des pesticides sur la population de la région Rhône-Alpes.

Est-il avéré que les pesticides sont dangereux pour la santé ? Pour quelles pathologies ?

Oui, les pesticides peuvent constituer un danger pour la santé comme l’ont prouvé plusieurs études épidémiologiques et diverses expérimentations animales, mais aussi des études biologiques sur les effets cancérogènes. Ces données ont permis au CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) de classer certains pesticides dans la catégorie des «  cancérogènes certains » et « cancérogènes probables ». Les études épidémiologiques chez l’homme montrent que les pesticides sont en lien avec plusieurs maladies, notamment certaines formes de cancer mais aussi la maladie de Parkinson ou d’autres troubles neurologiques. Enfin, les effets perturbateurs endocriniens des pesticides peuvent avoir un effet sur la fertilité, sur la grossesse et sur le développement de l’enfant.

Quelles formes de cancer sont imputables à l’usage excessif de pesticides ?

Ce sont surtout les cancers hématopoïétiques, c’est-à-dire certains cancers du sang et des ganglions comme les lymphomes ou les myélomes, pour lesquels il existe une présomption forte d’un lien avec l’exposition aux pesticides. Les leucémies de l’enfant et certaines tumeurs cérébrales de l’enfant sont également suspectées d’être liées à l’exposition parentale aux pesticides. Enfin, le cancer de la prostate chez l’homme peut avoir un rapport avec l’exposition aux pesticides. Pour d’autres cancers, il existe des interrogations, mais les données scientifiques disponibles sont insuffisantes.

Pesticides, des dangers au quotidien

Au quotidien, sommes-nous fortement exposés à des pesticides et comment ?

Béatrice Fervers, coordinatrice du projet Sigexposome
Le docteur Béatrice Fervers du Centre Léon Bérard à Lyon ©DR

Nous ne sommes généralement pas fortement exposés aux pesticides, sauf parfois lors de l’utilisation domestique de pesticides où, souvent, les utilisateurs n’ont pas la notion de la dangerosité du produit. En revanche, tel n’est pas le cas de certains agriculteurs ou de personnes travaillant en horticulture et maraichage, malgré l’évolution considérable des équipements de protection. Quoi qu’il en soit, c ‘est surtout l’effet chronique de l’exposition (sur de longues années à faibles doses) ou pendant des fenêtres critiques de développement in utero, qui peut représenter un effet néfaste sur la santé. Les connaissances que l’on a actuellement sur l’effet des pesticides proviennent essentiellement des études sur les utilisateurs professionnels. Ces études reposent sur des suivis depuis de longues années d’un grand nombre d’agriculteurs, notamment aux Etats Unis mais aussi en France (suivi de 180 000 agriculteurs dans la cohorte AGRICAN). En milieu urbain, plusieurs études montrent également la présence de pesticides dans l’air ambiant.

Concrètement, comment limiter l’exposition aux pesticides?

Tout d’abord, il y a une nécessité de poursuivre la politique de réduction de l’usage de pesticides, comme l’a souligné le Grenelle de l’environnement et différentes initiatives, comme le plan Ecophyto, qui ont conduit à la mise en place de villes « zéro pesticides ».
Au niveau individuel, l’exposition aux pesticides peut être limité de trois manières:

  • Premièrement, en se posant la question de l’utilité réelle d’utiliser certains produits à domicile ou dans le jardin. Est-il indispensable de traiter les mauvaises herbes et les insectes avec des produits potentiellement nocifs ? Il existe souvent des alternatives.
  • Deuxièmement, si l’utilisation de pesticides est parfois nécessaire, comme le traitement des puces des animaux domestiques, ou l’élimination des cafards, il faut respecter les doses et conditions d’utilisation.
  • Troisièmement, bien que globalement les aliments soient peu contaminés, c’est l’exposition cumulée et chronique, même à faible dose qui soulève des interrogations. Il faut donc privilégier des aliments peu ou pas traités, issus par exemple de cultures biologiques ou raisonnées, tenir compte des saisons, bien laver les aliments, voir peler certains fruits, même si perd une grande partie des nutriments.

A SAVOIR

Il existe quatre grandes catégories de pesticides : les herbicides (contre la prolifération des mauvaises herbes), les insecticides (destruction des insectes), les fongicides (contre la prolifération des champignons microscopiques) et les parasiticides (destruction des vers parasites).

Chargement des commentaires facebook ...

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here