Le télétravail s'est généralisé durant la crise sanitaire, faisant souffler un vent nouveau sur la santé au travail.
La généralisation du télétravail entre dans le cadre des attentes nouvelles des salariés d'aujourd'hui, soucieux d'allier au mieux leurs vies professionnelle et personnelle. @Shutterstock

Marquée par une généralisation sans précédent du télétravail, la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 a bouleversé comme jamais le monde de l’entreprise. Alors que de nouveaux codes s’instaurent, la santé au travail fait désormais partie intégrante de la notion de santé publique, comme l’explique Éric Dejean-Servières, organisateur du salon Préventica-Lyon, l’événement dédié à la prévention des risques et à la qualité de vie en milieu professionnel.

La santé au travail est au cœur du salon Préventica, qui revient à Lyon après deux ans d’absence forcée pour cause de pandémie. Son commissaire général, Eric Dejean-Servières, revient sur les grands bouleversements qiui ont touché le monde du travail ces deux dernières années.

Dans quelle mesure le monde du travail a-t-il été impacté par la crise sanitaire ?

Eric Dejean-Servière, commissaire général de Préventica-Lyon.

Nous sommes face à un mouvement très fort, voire à une révolution. Le monde du travail est en mutation et la crise sanitaire a accéléré le phénomène de manière impressionnante. Le télétravail n’existait pas avant la crise, à de rares exceptions. En deux ans seulement, il est entré dans les mœurs. Ce besoin existait chez les salariés, mais c’est bien la crise sanitaire qui a déclenché sa réalisation. Et aujourd’hui, personne ne voit plus d’inconvénient à ce que les salariés travaillent à domicile. Et notamment parce que la grande majorité s’en trouve plus performante : les gens, chez eux, sont plus concentrés et plus efficaces. En peu de temps, une véritable liberté d’organisation s’est institutionnalisée.

Le recours à outrance au télétravail n’a-t-il pas ses limites ?

Si, car passer ses journées devant un écran a des conséquences directes sur la santé, entre maux de tête, incidences oculaires… Mais ce sont surtout les risques psycho-sociaux qui inquiètent. Le télétravail n’est pas adapté à tous et certains salariés, qui ont du mal à gérer cette liberté nouvelle, le refusent, par peur de la solitude, par besoin du contact relationnel. Le télétravail implique aussi des problématiques de managements, avec des pertes de repère chez les managers et dirigeants eux-mêmes. C’est toute une nouvelle organisation du travail qui se met peu à peu en place.

Santé au travail : « les jeunes ont le souci de vivre mieux »

Cette mutation est-elle le reflet des attentes nouvelles des salariés ?

Le besoin de break dans le travail est aujourd’hui incontournable. Ceux qui souhaitent maîtriser leurs conditions de vie et de travail sont de plus en plus nombreux. Les moins de 30 ans, notamment, ont le souci de moins travailler pour mieux vivre et profiter de leur temps. Ils sont prêts à faire des choix radicaux. Ils ne souhaitent plus intégrer d’entreprises à management agressif, aux activités polluantes, aux conditions de travail difficiles… Et veulent avant tout prendre soin d’eux et de leur santé, y compris au travail. Et cela se ressent dans les recrutements.

La crise a-t-elle fait émerger d’autres tendances en matière de santé au travail ?

Avec le télétravail, la question de l’hygiène, plutôt théorique auparavant, est aujourd’hui prépondérante dans l’organisation du travail. C’est le résultat direct de ces mois durant lesquels nous avons baigné dans les mesures sanitaires. C’est un peu comme si l’on redécouvrait l’hygiène : de nombreux acteurs se positionnent sur les créneaux de nettoyage des locaux, de fourniture de produits d’entretien ou encore de masques, pour répondre aux priorités nouvelles des entreprises.

La notion de santé au travail est-elle aujourd’hui entrée dans les mœurs ?

La crise a montré que la santé, dans le cadre du travail, pouvait être menacée très fortement. On sait ainsi que l’on peut tout à fait attraper un virus sur son lieu de travail, qu’une épidémie peut faire cesser de tourner une planète entière… En cela, la crise sanitaire a permis de donner enfin une véritable place à la santé au travail au sein de la santé publique. Cette évolution va permettre de rapprocher les deux santés, la santé personnelle et la santé au travail. Les médecins de villes seront désormais invités à s’intéresser de plus près aux problématiques de santé au travail.

Risque routier, TMS, chutes dans le bâtiment…

Dans quels domaines la France doit-elle s’améliorer en matière de prévention et santé au travail ?

Première cause de mortalité au travail, le risque routier doit donc faire l’objet de toute notre vigilance. La question des chutes en entreprises ou dans le bâtiment aussi : si les conditions de sécurité s‘y sont nettement améliorées, les ouvriers sont encore trop souvent mal équipés et mal attachés sur les chantiers. Le développement à vitesse grand V du service à domicile voit aussi se multiplier les risques d’agressions, de chutes, d’infections… Également en plein boom, les TMS (troubles musculo-squelettiques) doivent susciter des actions de préventions plus étoffées, notamment en matière d’ergonomie. Et surtout dans les activités favorisant les gestes répétitifs

La prévention en santé au travail a-t-elle ses parents pauvres ?

Je pense surtout aux petites entreprises, où le risque, faute de ressources humaines dédiées, est moins pris en compte. La prévention y est rarement développée et passe en arrière-plan des priorités du chef d’entreprise, ce qui, du fait de l’absence d’obligation, est compréhensible.

Quelles seront les grandes thématiques de santé au travail portées par Préventica 2022 ?

Le salon est un miroir du monde du travail. Toutes ces préoccupations nouvelles y seront donc évoquées, au gré de près de 180 conférences et ateliers, à travers des échanges avec plus de 450 exposants et la découverte de nombreuses innovations. Le public, qu’il s’agisse des visiteurs comme des exposants, a besoin de se rencontrer pour échanger. Les événements digitaux, c’est très bien, mais on constate un vrai engouement pour ces retrouvailles physiques. Et certaines entreprises profitent même du salon pour réunir leurs collaborateurs autour des sujets de prévention et santé. En matière de santé au travail, Préventica Lyon est une véritable boîte à outil pour les entreprises de la région Auvergne-Rhône-Alpes !

À SAVOIR

Le salon Préventica Lyon a lieu du 27 au 29 septembre à Lyon Eurexpo. Il regroupera 450 exposants autour des questions de prévention de la santé, de la sécurité et de la qualité de vie au travail. Des dizaines d’experts sont également attendus pour animer un cycle de 180 conférences et ateliers.

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