une femme souffrant de règles abondantes.
Gênantes et culpabilisantes, les règles abondantes peuvent avoir de pénibles répercussions sur le quotidien. ©Freepik / Diana Grytsku

Plus d’une Française sur cinq souffre de règles abondantes. Souvent en silence, tant le sujet, par gêne, honte ou pudeur, reste tabou. Ces pertes de sang en quantité considérable et sur des durées plus longues que la normale ne sont pourtant pas à prendre à la légère. Causes, conséquences sur la santé, traitements… Alors que les Hospices Civils de Lyon ont ouvert en décembre 2021 un hôpital de jour dédié à la prise en charge de ce trouble menstruel fréquent, le Dr Lucia Rugeri, spécialiste des troubles de la coagulation à l’hôpital de la Croix-Rousse, en a expliqué toute l’importance dans l’émission Votre Santé du jeudi 10 février.

20 à 30% des femmes sont victimes de règles abondantes. Ce fléau, que l’on connaît aussi sous le nom de règles hémorragiques, peut devenir très pénible pour le quotidien. Depuis le début du mois de décembre 2021, un hôpital de jour dédié a ouvert à l’hôpital de la Croix-Rousse. Initiatrice du projet, le Dr Lucia Rugeri, spécialiste hémostase clinique au sein du service gynécologique obstétrique de l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, était l’invitée de l’émission Votre Santé, sur BFM TV, ce jeudi 10 février.

Au micro d’Élodie Poyade et Pascal Auclair, rédacteur en chef du groupe Ma Santé, elle est revenue sur l’intérêt d’un tel dispositif, mais également sur les causes et les conséquences d’un phénomène encore trop méconnu.

 

Règles abondantes : comment les évaluer ?

À partir de quel moment peut-on parler de « règles abondantes » ?

Il existe des critères médicaux, assez peu connus par les médecins eux-mêmes, qui définissent les règles abondantes. Lorsque les règles dépassent sept jours et que le flux est supérieur à 80 microlitres, on parle alors de règles abondantes. Mais ce flux est difficile à concevoir. On utilise également le score de Higham, qui correspond à l’évaluation du nombre de serviettes changées au cours d’une journée. Il permet de quantifier le volume sanguin. Quand ce score dépasse 100 alors on peut considérer que l’on a des règles abondantes et que l’on doit consulter.

 

Quelles peuvent-être les causes de règles abondantes ?

Plusieurs pistes sont à étudier. Il peut y avoir des causes gynécologiques, tels des fibromes utérins, des polypes utérins ou encore une endométriose utérine, bien que plus rare. Certaines femmes peuvent aussi présenter des troubles de coagulation héréditaires, que l’on appelle des maladies héréditaires hémorragiques. Même si elles ne provoquent pas de règles abondantes, elles peuvent les aggraver de façon conséquente. Néanmoins, dans un grand nombre de cas, il n’y a pas forcément de cause aux règles abondantes.

 

Les règles « ne sont pas linéaires au cours de la vie »

Comment les règles abondantes évoluent au cours de la vie d’une femme ?

Généralement, on parle de deux pics. Le premier pic apparaît lors des premières menstruations (on les nomme les ménarches). Cette période est assez invalidante. Ensuite, les règles abondantes évoluent au moment de la grossesse. Elles peuvent diminuer comme s’intensifier. Puis, lorsque les femmes approchent de la ménopause, elles ont toutes les pathologies gynécologiques qui vont s’exprimer par des règles abondantes. Ce n’est donc absolument pas linéaire dans la vie d’une femme.

 

Quels sont les risques en cas de règles abondantes ?

Le risque principal reste l’anémie. Avec une perte régulière de sang pendant la période des règles, l’anémie est progressive, et peut être dangereuse. En effet, celle-ci peut conduire à une hospitalisation et nécessiter une transfusion si le volume de sang perdu est trop important.
La fatigue chronique est également un risque assez fréquent. Tout comme le retentissement socio-professionnel, du fait de la gêne occasionnée lors de règles abondantes ou de la potentielle anémie.

 

Un accompagnement personnalisé

Le sujet des règles est-il encore tabou aujourd’hui ?  

Même si certaines associations comme Règles Élémentaires en font leur sujet de prédilection, ce sujet reste évidemment tabou. Autant au sein des familles, où les jeunes filles n’osent souvent pas parler de leurs règles avec leur mère, qu’au sein de la société, à l’image des lycéennes qui ne peuvent pas aller se changer pendant les cours.

Jusqu’à aujourd’hui, les règles était un non-sujet puisqu’elles étaient considérées comme normales. Alors que certaines fois, ça ne l’est pas.

 

Comment se passe la prise en charge des patientes à l’hôpital de jour de la Croix-Rousse ?

Dans un premier temps, sur le site des Hospices Civils de Lyon, il y a un portail d’accès qui permet à celles qui le souhaitent de déposer une demande de rendez-vous. La demande est étudiée, et si on la juge nécessaire alors un rendez-vous est pris. La prise en charge se fait en plusieurs temps, sur trois heures. Tout d’abord des prises de sang sont effectuées afin de déceler d’éventuels troubles de coagulation. S’ensuit une consultation avec une gynécologue médicale, spécialiste dans les traitements hormonaux. Une échographie pelvienne peut aussi être réalisée. Et pour finir, la patiente est reçue en consultation par une spécialiste de la coagulation.

A la suite de ce parcours de soin, un traitement, le plus adapté et individualisé possible, est prescrit.

 

Quels sont les traitements possibles contre les règles abondantes ?

Les traitements préconisés sont relativement simples. Une femme peut recourir à un éventuel traitement chirurgical. Mais on propose aussi des traitements hormonaux (comme la pilule), des traitements par fer ou encore des traitements qui augmentent la coagulation. Il est parfois possible d’associer les traitements. Et dans d’autres cas cela n’est pas nécessaire.

 

A SAVOIR

Un deuxième projet d’hôpital de jour dédié aux règles abondantes va prochainement ouvrir ses portes à l’HFME de Lyon-Bron.

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