Le réchauffement climatique a des conséquences sur notre santé.
La qualité de l'air que l'on respire se dégrade chaque année un peu plus du fait des émissions de gaz à effet de serre, dont les dégâts semblent aujourd'hui irréversibles. ©Depositphotos_Galitskaya

Cancer, pandémies, infertilité, surmortalité liée aux épisodes de canicule… Alors que les conséquences du réchauffement climatique, de la dégradation de l’environnement et de la destruction de la biodiversité ont déjà un impact direct sur notre santé, ces ravages vont s’accroître de façon inexorable dans les prochaines décennies. Les explications _ glaçantes _ de Gilles Escarguel, enseignant chercheur à l’Université Lyon 1, à l’initiative de Peps’l, collectif de professionnels de santé lyonnais inquiets de ces effets de plus en plus délétères sur leurs patients.

Le réchauffement climatique est une réalité à laquelle on ne peut plus échapper. Notre environnement se détériore à une vitesse inégalée dans l’histoire de l’humanité, et les effets de cette dégradation sur notre santé se mesurent chaque année un peu plus durement. La pandémie de Covid-19, directement liée aux ravages de notre biodiversité, nous le rappelle ainsi tristement depuis deux ans.

De manière plus diffuse, comment ne pas s’inquiéter des impacts insidieux de l’environnement sur notre santé : vulnérabilité accrue aux virus, baisse de la fertilité, hausse de la puberté précoce, augmentation des maladies dégénératives, développement de certains cancers, prolifération des maladies infectieuses, multiplication des catastrophes naturelles (canicules, inondations) avec à la clé des morts, bien sûr, mais aussi de profonds traumatismes psychiques…

Ces impacts ne font plus de doutes pour de nombreux médecins. À Lyon, le collectif Peps’l (Prévention Environnement Professionnels de Santé de la région Lyonnaise) tire la sonnette d’alarme et multiplie les actions de sensibilisation. La dernière ? Une conférence-débat animée le dimanche 20 mars par le paléontologue Gilles Escarguel. Enseignant-chercheur à l’Université Lyon 1, cet expert du réchauffement climatique détaille les menaces qui pèsent déjà sur notre santé et qui vont exploser dans les décennies à venir.

Peut-on éviter aujourd’hui de subir les effets délétères de la dégradation de notre environnement ?

Impossible ! Ne serait-ce qu’à travers l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons chaque jours, avec des nappes phréatiques de plus en plus contaminées par de plus en plus de polluants. Les conséquences sur notre santé sont innombrables. Prenez la problématique de fertilité, notamment chez les hommes : le lien entre l’environnement et l’effondrement de la densité spermatique fait l’objet de bien plus que des soupçons.

Réchauffement climatique : les canicules de plus en plus courantes

Quels sont les incidences directes du réchauffement climatique sur notre santé ?

Les épisodes caniculaires vont se multiplier avec le réchauffement climatique.
Les canicules vont devenir de plus en plus courantes. ©Freepik/Rawpixel.com

On constate une multiplication des événements extrêmes. Entre 2000 et 2020, il y a eu autant d’épisodes de canicules estivales que pendant tout le XXème siècle. Avec, durant la canicule de 2003, une hausse de 35% de la mortalité sur la période de l’événement. Et ce qui nous inquiète, c’est que cet épisode caniculaire de 2003 est de faible amplitude par rapport à ceux que l’on modélise pour les prochaines décennies.

L’homme ne peut-il pas s’adapter naturellement à cette évolution ?

Aucune espèce vivante n’a le temps de s’adapter à un phénomène aussi rapide. Il faudrait à l’homme des centaines de générations pour y parvenir, alors que ce triste horizon se développe à l’échelle d’une à deux générations. Nous nous trouvons face à un cercle vicieux: pour se prémunir du réchauffement climatique en termes de santé, nous avons des actions qui amplifient ce réchauffement climatique. Un exemple : brancher la climatisation pour se protéger d’une canicule oblige à utiliser encore plus d’énergie, alors que nos ressources sont en train de s’épuiser et qu’il nous faudrait justement réduire nos consommations en énergie.

« L’urgence, aujourd’hui, est de limiter la casse »

En somme, n’est-il pas déjà trop tard ?

Gilles Escarguel, enseignant-chercheur à l'Université Lyon 1.
Gilles Escarguel. ©DR

Oui, et non. Revenir à un système climatique similaire à celui de l’ère préindustrielle est impossible. On estime en effet qu’il nous faudrait environ 10 000 ans pour voir disparaître tous les gaz à effets de serre injectés dans l’air. Donc non, nos enfants et nos petits-enfants ne connaîtront pas les conditions de vie que nos parents et nos grands parents ont connues. Mais cela ne veut pas dire qu’il est trop tard et que c’est la fin du monde.

L’urgence, aujourd’hui, est de limiter la casse pour que le réchauffement climatique ne nous entraîne pas vers des positions toujours plus dangereuses pour notre santé. Car quand bien même on arrêterait tout demain matin, le climat continuerait de se réchauffer durant 30 à 40 ans avant de se stabiliser et de diminuer peu à peu.

Les températures vont donc inexorablement continuer à augmenter ?

À l’échelle planétaire, on sera en 2035 à +1,5° par rapport à 1800, à +2° en 2050 et à +3° en 2100. C’est une moyenne, et ces chiffres augmentent lorsque l’on se rapproche des pôles. À Lyon, on peut à minima multiplier ces chiffres par deux.

Réchauffement climatique : des pandémies à répétition, le paludisme de retour…

Avec toujours plus de conséquences pour notre santé ?

Oui, notamment en termes de mortalité durant les épisodes de très fortes chaleur. Nous atteindrons des combinaisons de chaleur externe et d’humidité mortelles pour l’être humain. Cette problématique va concerner à court terme la bande intertropicale. Et en France, ce ne sera qu’une question de temps. Dans les prochaines décennies, on estime à 1,5 milliard le nombre d’êtres humains qui ne pourront plus vivre sur leurs territoires. Cela va entraîner des vagues migratoires de plusieurs centaines de millions de personnes, ce qui sera ingérable.

Certains scientifiques redoutent également une multiplication des pandémies, à l’image de celle que nous traversons. Est-ce votre avis ?

La destruction de la biodiversité favorise la multiplication des pandémies.
Les pandémies vont se multiplier dans les décennies à venir.©Freepik/DCStudio

C’est en effet déjà le cas. En 20 ans, il y a eu autant d’épidémies zoonotiques que durant tout le XXème siècle. Toutes ces pandémies sont issues des secteurs où la biodiversité s’effondre, favorisant les contacts entre l’homme et la faune sauvage : Asie du Sud-Est, Afrique, Amazonie dans une moindre mesure. Nous n’en n’aurons pas terminé avec la pandémie en cours qu’une autre se sera déclenchée…

Autre conséquence du climat se réchauffant, les pathogènes à l’aise en milieu tropical vont être de plus en plus présents. Le paludisme redevient déjà endémique en Italie du Sud, et dans une trentaine d’années, ce sera le cas aussi à Lyon.

On évoque aussi une incidence sur nos médicaments. Est-ce une réalité ?

C’est un effet auquel on ne pense pas forcément, mais la majorité des molécules utilisées pour fabriquer les médicaments sont d’origines animales ou végétales. 60% des médicaments en sont issus, et 80% de l’humanité les utilisent ! Faire disparaître notre biodiversité revient à se priver de ces médicaments, mais aussi de la découverte de nouveaux médicaments.

Réchauffement climatique : « il faudrait être fou pour ne pas avoir peur »

En entendant votre alarmisme, a-t-on raison d’avoir peur ?

Il faudrait être fou pour ne pas avoir peur ! Qui ne redouterait pas le risque de voir mourir deux milliards de personnes d’ici la fin du siècle parce qu’il fait trop chaud, qu’il devient de plus en plus compliqué de boire et de s’alimenter, qu’on est de moins en moins capable de se soigner ? Il ne faut pas s’interdire d’avoir peur, au contraire. Cette peur, en effet, doit nous pousser à l’action. Et c’est une chose que l’on ne peut faire seul. On se sent très impuissant face à ces enjeux immenses. La réponse, dès lors, ne peut être que collective.

Quel est le rôle des professionnels de santé dans cette prise de conscience ?

Les médecins ont un rôle clé. Dans le monde d’aujourd’hui, ils sont ceux qui sont les plus à même d’expliquer à leurs patients que c’est notre mode de vie qui contribue à détruire leur santé. C’est eux qui peuvent faire le lien entre cet environnement néfaste et l’augmentation des pathologies respiratoires, cardiaques, vasculaires… Les professionnels de santé sont idéalement placés pour établir une relation entre la santé de l’individu et la santé de la planète.

Dans cet océan de pessimisme, avez-vous tout de même un message d’espoir à formuler ?

Tout aussi effrayant et anxiogène que soit cette situation, je pense qu’elle marque surtout le début de la prise de conscience. Je ne crois pas une seconde que ce soit la fin de la vie, du monde, de l’humanité. Mais simplement d’une forme de l’humanité. Nous vivons les dernières décennies d’un système. Après, nous ne passerons pas d’un monde à l’autre sans efforts, et du jour au lendemain. Ce sera très difficile de se passer de nos habitudes de confort, de se priver de nos consommations énergétiques. Mais nous avons un nouveau monde à inventer, et il n’est pas trop tard pour le faire.

À SAVOIR

Gilles Escarguel anime dimanche 20 mars à 17 h une conférence débat gratuite et ouverte à tous « climat santé et avenir », à la faculté de médecine Grange Blanche à Lyon (salle de conférence Hermann). Une initiative du collectif Peps’l, qui regroupe des professionnels de santé de la région lyonnaise inquiets de la gravité de la situation environnementale et de ses conséquences sur la santé.

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