Quand le foie gras devient une maladie humaine

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Surpoids et alimentation déséquilibrée favorisent grandement le développement de la maladie du foie gras. ©Pexels

En France, 16 à 20 % des adultes sont atteints de la maladie du foie gras. Derrière ce nom qui interpelle se cache une pathologie hépatique potentiellement mortelle.

La maladie du foie gras appelée aussi ”maladie du soda” serait la première cause de maladie hépatique chronique dans le monde. Née avec l’industrialisation, cette pathologie a longtemps fait des ravages sans que l’on en prenne conscience. L’obésité et l’augmentation des cas de cirrhose chez des personnes ne buvant pas d’alcool de manière excessive, ont permis de révéler son existence. La maladie du foie gras touche aujourd’hui 16 à 20 % des adultes français. Le Dr Cyrielle Caussy, endocrinologue et nutritionniste aux Hospices Civils de Lyon (HCL), fait le point sur cette pathologie encore méconnue.

 

Maladie du foie gras : comment la définir ?

La maladie du foie gras désigne la stéatose hépatique non-alcoolique, de son terme médical. Elle correspond à une surcharge de graisse dans le foie. Si la maladie peut être bénigne lorsqu’elle est stable, sa forme évolutive, qui se caractérise par la présence d’inflammation, est plus dangereuse. Cette forme progressive appelée « NASH » (non alcoolic steato hepatitis en anglais) concernerait 25 à 30% des cas des personnes atteintes de maladie du foie gras. Elle peut avoir des conséquences graves telles que la fibrose ou la cirrhose, même chez les personnes ne consommant pas ou peu d’alcool.

 

Maladie du foie gras : un risque plus élevé après 50 ans

Quel est le profil des personnes touchées ?

Les personnes en situation de surpoids, d’obésité ou de diabète de type 2, sont les plus propices à développer la maladie de foie gras. Cette pathologie ne touche cependant pas uniquement les personnes en excès de poids : 7 % des malades de foie gras sont minces, en raison notamment d’une prédisposition génétique.

Les cas les plus graves de NASH sont souvent des personnes de 60 à 70 ans, des études ayant montré que tous les sept ans, la fibrose atteint un grade supérieur de gravité. Après 50 ans, le risque de développer la maladie du foie gras est donc plus élevé.

 

Quelles sont les causes de la maladie du foie gras ?

Il existe plusieurs facteurs pouvant conduire à la stéatose hépatique du foie, liés au mode de vie et d’alimentation. Une alimentation pas assez saine et équilibrée (trop grasse, riche en calories, industrialisée,) associée à un manque d’activité physique et de sédentarité favorisent le développement de la maladie.

Aussi, l’environnement de vie du patient associé à une prédisposition génétique sont d’autres facteurs de risques. Plusieurs recherches ont également démontré que la perturbation du microbiote intestinal pouvait être liée au développement d’une stéatose hépatique non alcoolique et notamment de sa forme évolutive (NASH).

 

Le remède numéro 1 : améliorer son hygiène alimentaire

Pour le moment, il n’existe pas de traitement médicamenteux. Pourquoi ?

Actuellement, de nombreuses molécules sont étudiées pour la réversion de la fibrose et de l’inflammation. Nous en sommes déjà au stade de l’essai clinique de phase 3, dernière étape de validation avant la commercialisation des médicaments pour 4 d’entre elles ce qui est encourageant. Ces molécules sont actuellement testées dans les services hospitaliers et notamment aux services d’endocrinologies et hépatologies des HCL. Les patients volontaires peuvent donc avoir accès à ces solutions médicamenteuses dans le cadre des essais cliniques.

Cette année, une de ces molécules a rapporté des résultats positifs pour l’amélioration de la fibrose liée à la NASH comparé à un placébo. Ainsi, nous espérons que d’ici les quatre prochaines années, ces traitements soient disponibles en France.

 

Actuellement, quelles sont les solutions de traitement pour la maladie du foie gras ?

Dans un premier temps, les malades de la NASH peuvent agir sur leur maladie en modifiant leur mode de vie et en perdant du poids. Plusieurs études ont prouvé que perdre plus de 10 % de leur poids en améliorant l’alimentation et majorant l’activité physique permet aux patients de réduire l’inflammation et la fibrose même à des stades très avancés de la maladie. Contrairement aux idées reçues, il est possible d’améliorer une fibrose et même une cirrhose tant que les fonctions du foie ne sont pas altérées.

Enfin, lorsque les fonctions du foie sont détériorées, au stade terminal de la cirrhose, seule une greffe de foie (transplantation hépatique) peut être préconisée.

 

Maladie du foie gras : halte aux sodas !

Maladie du foie gras : des conseils pour s’en préserver ?

Nous faisons beaucoup de prévention en prônant un mode de vie plus sain, une alimentation plus équilibrée et une pratique d’activité physique accrue. Manger plus de poissons (aliments riches en oméga 3 et en acides gras non-saturés), de légumes et les anti-oxydants notamment présent dans les fruits rouges peuvent diminuer le risque de contracter la maladie du foie gras.

À l’inverse, les aliments déconseillés sont ceux qui sont riches en fructose tels que les sodas, d’où le nom de ”maladie du soda” qui est parfois attribuée à la stéatose hépatique. Les produits industriels, riches en glutamates ou en acides gras saturés sont également néfastes. Enfin, même si elle n’est pas excessive, il faut éviter la consommation d’alcool lorsque l’on est atteint de NASH.

 

Comment se faire dépister ?

Actuellement, il est recommandé de dépister les populations à risque qui sont les patients obèses ou atteints d’un diabète de type 2. La stéatose hépatique ne présente souvent aucun symptôme jusqu’à un stade grave de la maladie. Le dépistage, essentiel, est possible grâce à une simple échographie du foie. Cet examen permet de savoir rapidement si la personne est atteinte de la maladie de foie gras ou non. Si le diagnostic est positif, il convient dans un premier temps de réaliser un bilan sanguin incluant le dosage des enzymes du foie. Il peut parfois arriver que l’inflammation ne soit pas détectée lors de cet examen sanguin et que les enzymes du foie soient normales. Aussi, nous prenons en compte d’autres facteurs (indice de masse corporelle, poids, âge) pour établir si la personne présente un risque d’être atteinte de forme avancée. En cas de doute ou de suspicion, il convient de consulter un spécialiste (hépato-gastroentérologue) afin de déterminer s’il s’agit de la forme bénigne (non évolutive) ou de la NASH.

Cependant, il peut parfois arriver que l’inflammation ne soit pas détectée lors de l’examen et que le bilan du foie gras paraisse bénin. Nous prenons ainsi en compte d’autres facteurs (poids, âge, mode de vie) pour établir si la personne a un profil à risques.

 

À SAVOIR

La maladie du foie gras est la première cause de maladie chronique du foie dans le monde. Chez les personnes obèses atteintes de la forme inflammatoire de la maladie (NASH), la chirurgie bariatrique permet une amélioration de 85% de la maladie et de 35% des fibroses selon les Hospices Civils de Lyon (HCL).

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