La qualité de l'air, avec la disparition immédiate du trafic routier, s'est améliorée dans des proportions inégalées durant les huit semaines du confinement. ©Shutterstock

L’arrêt quasi total du trafic routier durant le confinement a fait chuter de plus de 60% les émissions de dioxyde d’azote en Auvergne-Rhône-Alpes et dans l’agglomération lyonnaise. Ce bénéfice s’évaporant rapidement avec le déconfinement, l’observatoire régional de la qualité de l’air ATMO plaide pour que cet exemple inédit porte réellement ses fruits en incitant la population à changer ses pratiques.

63% de baisse en Auvergne-Rhône-Alpes, 61% pour la métropole lyonnaise… La baisse des concentrations en dioxyde d’azote, le principal polluant issu du trafic routier, a été flagrante durant le confinement. Le constat a été confirmé par les spécialistes d’ATMO Auvergne-Rhône-Alpes, l’observatoire régional de la qualité de l’air.

“Le confinement fut une expérience radicale à laquelle nous n’aurions jamais pensé dans nos rêves les plus fous”, relève Marie-Blanche Personnaz, la directrice générale de l’organisme. Au-delà de la preuve apportée aux “esprits dubitatifs” du rôle des transports dans la pollution atmosphérique, le confinement a surtout montré la voie à suivre.

 

Qualité de l’air : le bénéfice du confinement sera-t-il maintenu ?

“Nous n’avons pas besoin d’une baisse aussi radicale pour respecter les valeurs limites en termes d’émissions. Mais nous avons pu voir ce qu’il fallait mettre en place pour que cela fonctionne. Tout le défi est de conserver le bénéfice de cette expérience”, plaide Marie-Blanche Personnaz, qui pointe la responsabilité sociale incombant à chacun de nous.

Des solutions comme le télétravail ou les mobilités alternatives, poussées à l’extrême, portent leurs fruits. “Les mesures technologiques sont toujours les premières auxquelles on pense, suivant notre logique économique. Les mesures comportementales sont pourtant toutes aussi efficaces. Et peut-être plus faciles à mettre en place”.

 

Gare au retour de l’autosolisme

Le remède est donc connu, mais la directrice d’ATMO ne cache pas son inquiétude face à un possible effet inverse. “Les transports en commun ne peuvent pas absorber une fréquentation aussi importante qu’avant la crise. Le risque, avec le retour à la pleine activité, est d’assister à un retour massif à l’autosolisme, si les employeurs ne favorisent pas le travail à distance”.

Le déconfinement a déjà gommé une partie des bénéfices de ces deux mois sans voitures. Selon la référente territoriale d’ATMO pour la région lyonnaise, Claire Labartette, “les niveaux de concentration des émissions de dioxyde d’azote sont déjà remontés à -47% dans la région et -46% pour la métropole lyonnaise”. L’enjeu, dans un contexte où la qualité de l’air s’améliore année après année, est donc simple : changer les pratiques quotidiennes. “Les Lyonnais ont vu durant deux mois que la qualité de l’air était meilleure, qu’il y avait moins de bruit”, reprend Marie-Blanche Personnaz. “À eux de faire les efforts pour rendre cette expérience permanente”.

Le challenge, notamment à Lyon, n’est pas neutre. L’espérance de vie, dans les zones les plus concernées par la pollution atmosphérique, diminue de 9 à 12 mois. Et des études pourraient prochainement confirmer que la mortalité liée au Covid-19 serait plus importante dans les territoires les plus pollués, agglomérations en tête…

 

À SAVOIR

ATMO Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé le 8 juin dans son bilan 2019 que la qualité de l’air continue de s’améliorer dans la région. “Les résultats sont encourageants sur les particules fines et la pollution automobile”. Depuis 2017, les concentrations de poussières (particules PM 2,5 et PM 10) ne dépassent pas les valeurs réglementaires européennes. L’observatoire régional de la qualité de l’air tire toutefois la sonnette d’alarme concernant les particules PM 2,5. Celles-ci sont responsables de nombreuses pathologies cardio-vasculaires et pulmonaires à long terme. Selon la valeur, plus drastique (deux fois inférieure au seuil réglementaire) préconisée par l’Organisation Mondiale de la Santé, “en 2019, 1 380 300 habitants de la région (dont 900 700 dans le Rhône) restent exposés à des niveaux de PM2,5 représentant un danger pour la santé”. Autre source d’inquiétude, LA POLLUTION À L’OZONE, EN HAUSSE DE 22% EN 10 ANS. Ce polluant secondaire estival, qui affecte les voies ORL, se développe en période toujours plus fréquentes de canicule. “En 2019, 4 337 900 habitants de la région ont été soumis à cette pollution”. Soit un habitant sur deux.

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