Explosion des cas de pubertés précces après le confinement.
Le phénomène de puberté précoce est dix fois plus fréquent chez les petites filles que chez les garçons : 2,68 cas sur 10 000, contre 0,24 cas sur 10 000. ©Shutterstock

Le confinement strict du printemps 2020 aurait exacerbé le phénomène de puberté précoce, déjà particulièrement important en Auvergne-Rhône-Alpes. Si les raisons doivent encore faire l’objet d’études approfondies, le constat alerte les spécialistes. Les explications du Dr Émilie Doye, endocrinologue pédiatrique à la Clinique du Val d’Ouest, à Lyon.

Selon des études remontant à 2011-2013, les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie seraient déjà les plus touchées de France par la puberté précoce. Plusieurs départements (Puy-de-Dôme, Rhône, Loire, Isère, Ain) affichent des taux d’incidence supérieurs aux moyennes nationales : + de 3,58 cas/1000 pour les filles (contre 2,68 en France) et + de 0,32 cas/10 000 pour les garçons (contre 0,24 en France).

Il semblerait qu’une meilleure détection soit à l’origine de ces chiffres élevés. Mais un autre constat s’est fait jour à l’aune du confinement du printemps 2020. Celui d’une augmentation des cas de puberté précoce recensés dans les cabinets d’endocrinologie. Le Dr Émilie Doye, spécialiste en endocrinologie pédiatrique à Lyon, confirme cette hausse encore difficile à expliquer.

 

Le confinement a-t-il eu un réel effet sur les pubertés précoces ?

Nous sommes nombreux dans toute la France à avoir constaté une augmentation des cas de pubertés précoces durant cette période. Cela a également été décrit dans une publication en Italie. Certaines de ces pubertés ont évolué, mais que d’autres en sont restées à de simples signes pubertaires qui ont pu régresser depuis.

 

Une plus forte exposition aux perturbateurs endocriniens

Avez-vous des explications ?

Nous n’avons aucune certitude pour l’instant, seulement des hypothèses. La prise de poids est clairement associée à la puberté précoce, et c’est un facteur que le confinement a favorisé. Une plus forte exposition aux perturbateurs endocriniens dans l’alimentation, les produits ménagers, les peintures ou les cosmétiques en est sans doute une autre. On suspecte ainsi beaucoup le maquillage, avec lesquelles de nombreuses petites filles aiment jouer. Ce sont des facteurs de risque fortement suspectés de longue date, mais qui ont sans doute été exacerbés durant cette période.

 

Les habitants ruraux ou ayant un jardin ont-ils pu être moins exposés ?

L’exposition aux perturbateurs endocriniens est valable à l’intérieur comme à l’extérieur. Les habitants vivant près de sources de pesticides ont pu être concernés par le phénomène. Encore une fois, ce ne sont que des suppositions ! Mais l’incidence de l’environnement est historiquement fortement suspectée, sans que l’on ne puisse véritablement l’assurer, faute d’études sur le sujet.

 

Puberté précoce : une hausse qui inquiète

Quand parle-t-on de puberté précoce ?

Lorsqu’elle débute avant 8 ans chez la fille, chez qui elle est dix fois plus fréquente, et avant 9 ans chez le garçon. C’est un phénomène que l’on observe, et pas seulement en France : leur nombre augmente en même temps que l’âge de la puberté avance.

 

À quel âge survient habituellement la puberté ?

L’âge moyen du début de la puberté se situait classiquement à 11 ans chez la fille et à 12 ans chez le garçon. Mais cet âge avance progressivement et s’établirait aujourd’hui plutôt entre 9 ans et demi et 10 ans chez la fille, et 11 ans et demi chez le garçon. Plus largement, la puberté se manifeste entre 8 et 13 ans chez la fille, et entre 9 et 14 ans chez le garçon.

 

La puberté précoce débute bien avant les premières règles

Quels sont les premiers signes qui doivent alerter ?

On a tendance à fixer le début de la puberté à la survenue des règles. En réalité, c’est bien avant : la première manifestation chez les filles est le début du bourgeon mammaire, quand chez les garçons on constatera l’augmentation de la taille des testicules. La puberté évolue sur environ trois ans, et les règles arrivent au bout de deux ans, deux ans et demi. Une jeune fille réglée avant dix ans vit donc bien une puberté précoce.

 

La puberté précoce doit-elle inquiéter ?

Oui, car il faut écarter tout risque de cause médicale. C’est très rare chez la fille. Et heureusement, car la puberté touche dix fois plus de filles que de garçons. En revanche, chez un garçon sur trois il peut s’agir d’un signe d’une tumeur cérébrale. Il est important aussi d’évaluer rapidement toutes les conséquences possibles à long terme. On arrête de grandir après la poussée de croissance : une puberté précoce peut donc conditionner une petite taille à l’âge adulte. Et il y a aussi un retentissement psychologique à prendre en compte en fonction de la maturité de l’enfant.

 

Gare aux cosmétiques et autres huiles essentielles

Quand faut-il consulter ?

Systématiquement si la puberté débute avant 8 ans chez une fille et 9 ans chez un garçon. C’est conseillé entre 8 et 9 ans chez une fille et entre 9 et 10 ans chez un garçon. Après, on considère que tout est normal. Mais il est clair que certains traitements peuvent aujourd’hui être mis en place pour freiner efficacement les pubertés, et ce sans effets secondaires majeurs.

 

Quels conseils donneriez-vous pour limiter les expositions aux perturbateurs endocriniens ?

Des choses toutes simples, comme bien aérer ses pièces ou acheter des meubles bruts. Ou encore faire attention à ce que contiennent les produits cosmétiques que l’on utilise. Bien laver et peler, aussi, les fruits et légumes…

 

Existe-t-il des facteurs de risque moins connus dont il faudrait se méfier ?

Une exposition à de fortes quantité de soja, qui est un phytoestrogène naturel, peut en effet donner des signes de puberté précoce. De même que les huiles essentielles de l’arbre à thé ou de la lavande. Cette dernière est fréquemment utilisée pour le traitement des poux et reste toujours largement conseillée ! On sait toutefois que lorsque l’exposition s’arrête, les signes pubertaires peuvent régresser…

 

Les ‘’précocités’’ de l’enfance, comme les premiers pas, le langage ou la chute des dents de lait, sont-elles annonciatrices de puberté précoce ?

Pour la marche et le langage, non. En revanche, la perte des dents a bien un lien avec l’âge de la croissance. Les perdre tôt peuvent révéler une avance et le risque de puberté précoce est donc augmenté.

 

 

À SAVOIR

Les perturbateurs endocriniens sont partout. Les plus connus sont les parabènes, le bisphénol A, le mercure, le plomb ou encore les phtalates. Ces polluants aux effets potentiellement dangereux pour la santé se cachent dans de nombreux produits du quotidien : jouets, cosmétiques, articles d’hygiène et de soins, emballages alimentaires plastiques, médicaments, fils et câbles électriques, textiles, l’eau potable… Leur usage est progressivement proscrit : c’est déjà le cas du bisphénol A, interdit dans les contenants alimentaires depuis 2015, ou encore des phtalates, aujourd’hui interdits dans les articles de puériculture et les cosmétiques.

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