les dégats du confinement sur le moral des Français
L'isolement et la sensation de privation de ses libertés a fait beaucoup de mal aux Français durant le confinement du printemps 2020. ©Prostooleh / Freepik

Déprimes, dépressions, phobies… Entre isolement, privation de liberté et perte de repères, le confinement fut une période particulièrement déstabilisante. Une étude lyonnaise basée sur l’effet du confinement sur le bien-être mental livre ses premiers résultats. Les explications du Pr Nicolas Franck, auteur du livre « Covid-19 et détresse psychologique » à paraître le 28 octobre.

Une étude lyonnaise a cherché à évaluer le bien-être mental de la population française en période de confinement. Cette enquête à grande échelle a pu sonder en très peu de temps plus de 20 000 participants anonymes en ligne.

Fort de cette forte mobilisation, les premiers résultats sont arrivés et livrent leurs constats. Les explications du Professeur Nicolas Franck, psychiatre et chef de pôle au CH Le Vinatier à Lyon.

 

Confinement : une notion de bien-être mental dégradée

L’enquête a été diffusée en ligne lors de la deuxième semaine du confinement. Elle visait à recenser le niveau de bien-être mental des participants confinés. Mais qu’entend-on par bien-être mental ?

« Le bien-être en général constitue le fait de se sentir en harmonie avec son environnement, ses objectifs, et d’avoir un ressenti global satisfaisant », explique ainsi le Pr Nicolas Franck. Plus précisément, le bien-être mental repose sur plusieurs notions. Etre optimiste à propos de son futur, se sentir utile, détendu, rempli d’énergie. Mais aussi être capable de penser clairement et de résoudre ses problèmes, se sentir aimé, confiant et proche des autres.

Comme attendu, le confinement n’a pas été sans conséquences sur la santé mentale des Français. Si certains ont été moins affectés que d’autres, cet épisode a soumis la population à une épreuve psychologique. Bien plus qu’un simple repos ou des vacances ! En effet, l’étude relève de nombreux cas de bien-être dégradé face à « l’isolement, la perte de repères et la privation partielle de liberté ».

 

Facteurs sociaux et environnementaux : des inégalités

L’enquête s’est attachée à décrire les déterminants du bien-être mental. En effet, le contexte et les conditions du confinement vécu peuvent varier d’une personne à l’autre et ainsi produire des facteurs de risque ou de protection.

D’un point de vue positif, plusieurs critères ont contribué à la santé mentale des confinés. Parmi eux, le fait d’être un homme accompagné et instruit. Ou encore être confiné dans une superficie plus grande, particulièrement avec un extérieur. De même, les personnes ayant continué à aller travailler ou bénéficiant de contacts sociaux réguliers par téléphone ont obtenu des scores de bien-être mental plus élevées.

En revanche, certains facteurs se sont révélés pénalisant pour la santé mentale durant le confinement. C’est le cas des parents possédant un enfant de moins de 10 ans, des étudiants et des personnes handicapées. Mais contrairement aux idées reçues, les retraités et les prestataires de soins de santé ont affiché des scores de bien-être très élevés.

 

Confinement : les étudiants plus sévèrement touchés

L’objectif de cette étude était également d’être en mesure de fournir un soutien adapté aux populations vulnérables. C’est le cas des étudiants, catégorie particulièrement impactée négativement par le confinement. En effet, « les étudiants vivent fréquemment au sein d’un appartement de petite surface, éloignés de leur famille et dont le réseau social n’est pas entièrement constitué », explique le Pr Nicolas Franck. D’autant plus que cette période de la vie est remplie « d’incertitude sur le parcours de l’étudiant et son devenir ». Générant ainsi une certaine fragilité socio-professionnelle.

 

Addictions et déprimes en hausse

Le Pr Nicolas Franck et ses collègues se sont aussi intéressés aux habitudes de dépendance des participants. Alcool, tabagisme, consommation alimentaire, consommation d’écrans… L’enquête révèle ainsi que cette période a noté « plus d’augmentation dans les habitudes de dépendance que de diminutions ». Ces résultats reflétaient globalement un stress global plus important et un bien-être mental réduit.

A la clé, des état de déprime, voire des dépressions. Certains ont développé d’autres troubles psychiatriques spécifiques comme des TOC, phobies et troubles comportementaux.

 

Et le déconfinement ?

Si, depuis le déconfinement, les contacts sociaux sont toujours limités du fait des mesures sanitaires, la situation n’a rien à voir avec le confinement. Durant cette période « la perte de liberté de circulation et la perte de repères » étaient les principaux facteurs de stress aigu.

Ainsi, les nouvelles mesures de restriction génèrent des contrariétés. Mais les préjudices subis en termes de troubles psychiques sont beaucoup moins importants. En réalité, seules les personnes fragiles ou ayant des troubles psychiques restent vraiment impactées par le contexte. Alors que les autres ont retrouvé une forme d’équilibre.

 

À SAVOIR

L’enquête réalisée pendant le confinement n’a pas fini de détailler ses résultats. En effet, 3 autres articles scientifiques sont à paraître. Un sur l’évolution du bien-être durant cette période, un autre sur les femmes et enfin un dernier sur les personnes ayant des troubles psychiques.

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