Précoce, surdoué ou haut potentiel : place au philo-cognitif !

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Deux psys et un neuroscientifique lyonnais viennent de publier un ouvrage intitulé « Les philo-cognitifs : ils n’aiment que penser et penser autrement… » aux éditions Odile Jacob. Objectif : mieux comprendre et donc mieux communiquer avec ces êtres qualifiés de précoces, à haut potentiel ou surdoués… Les explications de Fanny Nusbaum, co-auteur de l’ouvrage.

Précoce, surdoué ou à haut-potentiel étaient jusqu’à présent les termes employés.  Pourquoi avoir choisi ce qualificatif de « philo-cognitifs » ?

Parce que les notions de précocité, de haut potentiel ou d’enfant surdoué n’étaient pas satisfaisantes à nos yeux. Elles renvoyaient à des idées fausses ou très imprécises. D’ailleurs, même le grand public ne s’y est pas trompé : nous avons reçu, au cours de ces dernières années, de très nombreuses demandes de trouver enfin un terme adapté.

Les mots sont importants car ils véhiculent une manière de cerner et d’interpréter un phénomène.

Dire “précoce” sous-entend une avance intellectuelle, ce qui est absolument faux ! ”

Surdoué” implique un don de naissance et une notion de performance qui est loin de correspondre systématiquement à ces personnes.

“Haut Potentiel” est très vague et suppose un potentiel qui n’est pas exploré. Diriez-vous d’Albert Einstein qu’il était “Haut Potentiel”, dans le sens où il aurait eu un fort potentiel qui n’aurait pas été pleinement utilisé ? Employer des termes inadéquats génère forcément une approche erronée, de sorte qu’on tombe vite dans des représentations fourre-tout.

Précoce, surdoué ou à haut potentiel… c’etait avant !

Les trois auteurs du livre sur les philo-cognitifs
Olivier Revol, Dominic Sappey-Marinier et Fanny Nusbaum ©DR

Comment avez-vous alors procédé ?

Pour répondre à notre cahier des charges, il fallait un terme qui décrive précisément ce dont on parlait, sans emphase, sans métaphore. Et surtout un terme qui ne véhicule pas de contre-vérité. Nous n’avons pas cherché une locution sexy pour faire le buzz.

Nous voulions un terme qui colle à la réalité de ce phénomène. “Philo-cognitif” décrit ainsi des personnes qui aiment penser, pour lesquelles réfléchir sur tout et n’importe quoi est comme un besoin vital. On pourrait même parler d’une addiction à penser, même si une addiction est pathologique, alors que la philo-cognition n’est pas une pathologie.

Mais alors, qu’est-ce qui permet d’identifier le philo-cognitif ?

Après avoir posé un terme, “philo-cognition”, il nous fallait décrire avec rigueur de quoi il s’agissait. Ces dernières années, la démocratisation des connaissances sur le “haut potentiel” a été très bénéfique, parce qu’elle a permis à beaucoup de mieux le comprendre, l’identifier et l’accepter.

Mais le revers de la médaille, c’est que tout le bruit autour de ce phénomène a généré des idées reçues et des raccourcis inappropriés… Aujourd’hui, quand un enfant est différent, dans sa sensibilité, son humour ou son comportement, on a vite fait de mettre ça sur le compte de la philo-cognition et plus personne ne s’y retrouve. Ici encore, nous avons souhaité redéfinir cette singularité, la réduire à ses trois caractéristiques essentielles que nous développons dans notre ouvrage.

Enfants précoces et philo-cognitifsLa couverture du livre sur les philo-cognitifs

Qu’est-ce que la recherche a permis de révéler d’autres chez les philo-cognitifs ?

Nous avons voulu montrer que les philo-cognitifs n’étaient pas tous les mêmes. Bien qu’ils ont un socle de caractéristiques communes, ils ont aussi des différences dans leur manière de penser et de réagir.

Nous avons détecté deux grandes familles : les philo-laminaires et les philo-complexes avec des réseaux cérébraux bien spécifiques chez l’enfant. Tout l’intérêt du livre consiste à bien faire le distinguo entre philo-laminaire et philo-complexe afin de mieux se comprendre, comprendre les autres, assumer sa différence et en faire une vraie force.

On a le sentiment qu’il y a beaucoup plus de « philo-cognitifs » qu’avant ?

Non, je ne pense pas. A mon sens, c’est surtout que l’on dispose aujourd’hui de meilleures connaissances et d’outils pour les évaluer, les détecter. Par ailleurs, on a beaucoup communiqué sur la notion de “précocité”, ce qui fait que la population, plus avertie, est capable de pressentir la philo-cognition plus facilement qu’autrefois.

Étude en cours sur les adultes philo-cognitifs

Quels sont vos prochaines pistes de réflexion ?

L’ultra-cognition ! A savoir le « spécialiste » expert dans un domaine de la cognition. Ce peut-être un sportif de haut niveau, un artiste, un scientifique…

Et vos prochaines études ?

Les adultes philo-cognitifs ! Jusqu’à présent, on s’est surtout intéressé aux enfants avec une étude en neurosciences riche d’enseignements.

On a lancé une autre étude pour comprendre pourquoi à l’âge adulte, certains philo-cognitifs connaissent une adaptation professionnelle exceptionnelle alors que d’autres sont en manque d’épanouissement sur ce plan. Comme pour les enfants, cette étude porte sur 80 sujets. On en a déjà analysé la moitié. Les premiers résultats devraient être connus fin 2020.

A l’occasion de la sortie du livre sur les philo-cognitifs, les trois auteurs animeront une conférence, le 9 février 2019, à l’AFEP (Association Française des Enfants Précoces) avant de dédicacer leur ouvrage. Inscription en ligne.

 

A SAVOIR

Qui sont les trois auteurs de cet ouvrage de référence ? Fanny Nusbaum, docteur en psychologie, est psychologue et chercheur associé en psychologie et neurosciences à l’université de Lyon. Elle est fondatrice et dirigeante du Centre PSYRENE (PSYchologie, REcherche & NEurosciences), spécialisé dans l’évaluation, le diagnostic et le développement de potentiels. Olivier Revol, pédopsychiatre, dirige le centre des troubles de l’apprentissage de l’hôpital neurologique de Lyon et milite depuis plus de trente ans pour que chaque enfant puisse accéder au plaisir d’apprendre. Enfin, Dominic Sappey-Marinier est enseignant-chercheur en biophysique, imagerie médicale et neurosciences à la faculté de médecine Lyon-Est.

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5 Commentaires

  1. Bonjour ! Chouette article mais ce serait vraiment bien d’avoir rapidement votre étude sur les adultes philo-cognitifs et les différences entre profils et avec les enfants, car c’est chez les adultes qu’il peut encore y avoir le plus de souffrance, je pense. Sans minimiser l’importance de comprendre ces enfants et leurs difficultés bien sûr. Avez-vous déjà qqch à partager ? Merci

  2. Marie-Christine Gilot nous diférencier c’est important pour ne pas être traité en mouton de plus c’est une avancé majeur , combien d’entre nous on été en difficulté scolaire ou social à cause de leurs mode de pensée “inadaptée ou inadaptable” au shémat classique et finalement n’as peut etre pas eux la vie qu’il aurait pu mené , cette étude est particulierement interressante et permettrai peut être de détecter chez certaine personne que l’on pensent marginal des capacité utile pour lui même et la société , ne vous trompez pas on est déjà dans des cases les philo-cognitis sont d’après moi ceux qui n’y rentre as , tant mieux pour eux ,elles sont trop étroites !

  3. Bonjour. Je rejoins Steph. En effet comment s’adapter professionnellement lorsque qu’on est un adulte qui a ignoré toute son enfance qu’il était philo-cognitif?
    On sent bien qu’on ne rentre pas dans les cases, mais avant d’avoir découvert ce blog (y a qq jours) je pensais être le problème …
    merci en tous cas pour cet ouvrage.
    Belle journée.

  4. […] Non, je ne pense pas. A mon sens, c’est surtout que l’on dispose aujourd’hui de meilleures connaissances et d’outils pour les évaluer, les détecter. Par ailleurs, on a beaucoup communiqué sur la notion de précocité, ce qui fait que la population, plus avertie, est capable de pressentir la philo-cognition plus facilement qu’autrefois…” [lire la suite sur RA-SANTE.COM] […]

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