Depuis le début de l’année, la pollution aux particules fines touche notamment la région lyonnaise, la vallée du Rhône et les vallées alpines. Jean-Marc Yvon, ingénieur épidémiologiste à la cellule de l’InVS* (Institut de veille sanitaire) en région Rhône-Alpes, explique l’impact de cette pollution sur la santé.

Les particules en suspension dans l’atmosphère forment l’un des principaux facteurs de risque lié à la pollution de l’air que l’on respire. De la simple gêne respiratoire au cancer des poumons, Jean-Marc Yvon, ingénieur épidémiologiste à la cellule de l’InVS* en région Rhône-Alpes, détaille leurs impacts à court et long terme sur la santé.

Les particules fines, c’est quoi ?

Il s’agit de matières solides en suspension dans l’air. Leur diamètre diffère, mais celles que nous mesurons habituellement sont les PM 10, inférieures à 10 micromètres, ou les PM 2,5, inférieures à 2,5 micromètres.

D’où proviennent-elles ?

Elles émanent de différentes sources, le résidentiel, avec en première ligne le chauffage au bois, le transport, notamment les moteurs diesel, ou encore dans une moindre mesure les activités industrielles et agricoles. Mais elles peuvent également, parfois, être d’origine naturelle. Celles que l’on respire ont souvent subi des transformations, soit chimiquement, soit parce qu’elles ont absorbé d’autres polluants présents dans l’atmosphère.

Quels sont leurs impacts sur la santé ?

A court terme, un épisode de pollution peut se traduire par des irritations des yeux et des voies respiratoires, des crises d’asthme ou une exacerbation des troubles cardio-vasculaires allant, dans les cas les plus extrême, jusqu’au décès. Les impacts à plus long terme interviennent sous un à dix ans : cancers du poumon, pathologies respiratoires et cardiovasculaires, troubles du développement, aggravations de maladies préexistantes… En 2000, une étude européenne a estimé, en France, à 42 000 le nombre de décès annuels liés à la pollution atmosphérique, et particulièrement aux particules PM 2,5.

Par quel mécanisme ces particules pénètrent-elles dans notre organisme ?

Plus les particules sont fines, plus elles ont la capacité de pénétrer dans l’appareil respiratoire. Les particules, mais aussi les substances potentiellement toxiques ou cancérigènes qui s‘y sont fixées, créent des réactions inflammatoires qui peuvent s’étendre à tout le système sanguin.

Existe-t-il des terrains particulièrement favorables ?

Les personnes les plus à risque sont les enfants, dont le système respiratoire et les défenses immunitaires ne sont pas encore matures. Les personnes âgées également, du fait de possibles pathologies cardiaques ou respiratoires et d’une baisse de leurs défenses immunitaires. Les personnes atteintes de pathologies chroniques respiratoires, comme l’asthme, ou de maladies cardiovasculaires, sont aussi plus sensibles. Les fumeurs, enfin, fragilisent leur organisme.

Certaines personnes sont-elles plus exposées que d’autres ?

L’exposition peut en effet varier en fonction du lieu ou du mode de vie. Ce peut être le cas par exemple d’un sportif, qui ventile plus et absorbe donc plus de particules fines, mais aussi d’un chauffeur routier, d’une personne utilisant régulièrement sa cheminée à foyer ouvert ou encore de quelqu’un habitant près du périphérique.

Des efforts payants pour l’espérance de vie

Peut-on échapper aux particules fines ?

Individuellement, non. Il ne faut surtout pas se calfeutrer chez soi, car l’air intérieur est souvent plus pollué que l’air extérieur. D’où l’importance de bien aérer son habitation, si possible aux heures les moins denses en termes de circulation routière. Mais c’est collectivement que l’on peut contribuer à réduire les émissions de particules fines : en limitant l’usage de la voiture, en recourant aux modes actifs (marche, vélo) ou de transports en commun, en disposant de moyens de chauffage performants, en évitant de faire des feux dans des cheminées à foyer ouvert, en ne brûlant pas ses déchets verts…

Quels seraient les effets d’une réduction massive des émissions ?

Toute diminution de l’exposition à la pollution atmosphérique urbaine ne peut qu’avoir un effet bénéfique sur la santé. Nous avons estimé, suite à une double étude menée en 2014 sur Valence et Saint-Etienne, que si la valeur guide de l’OMS pour les particules fines avait été respectée, 8 mois d’espérance de vie en moyenne auraient pu être gagnés pour les habitants de ces deux agglomérations.

Depuis quand les particules fines sont-elles pointées du doigt ?

Le phénomène ayant permis la prise de conscience des effets de la pollution atmosphérique sur la santé est l’épisode du grand smog de Londres, en 1952, qui ne dura que quelques jours mais auquel on attribue entre 3 et 4000 décès prématurés ! C’était toutefois une époque où les pollutions, notamment liées au dioxyde de soufre, étaient bien plus importantes qu’aujourd’hui. D’énormes progrès ont été réalisés depuis dans l’industrie et dans le transport pour limiter les émissions, même si parallèlement le nombre de kilomètres parcourus a augmenté. Et si aujourd’hui nous avons l’impression que les pics de pollution se multiplient, c’est aussi parce que les normes ont été revues à la baisse. L’amélioration est réelle, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas encore des efforts à faire.
Plus d’informations sur www.invs.sante.fr

A SAVOIR

L’InVS ou Institut de Veille Sanitaire est un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Santé. Il remplit des missions de surveillance, de vigilance et d’alerte dans tous les domaines de la santé publique. Il appuie son fonctionnement sur le plan régional sur les Cire (cellules interrégionales d’épidémiologie), cellules de l’InVS en région.
Dans le cadre de son programme air et santé, l’InVS a élaboré une méthodologie permettant de réaliser des évaluations de l‘impact sanitaire de la pollution atmosphérique qui peuvent être menées localement par les Cire.
La cellule de l’InVS en région Rhône-Alpes se situe dans les locaux de l’Agence Régionale de Santé, dans le troisième arrondissement de Lyon.

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