rupture de stocks vaccin grippe
Une partie des doses de vaccin antigrippal habituellement disponibles dans les pharmacies en période vaccinale n'a pas encore été livrée. ©Freepik

De Lyon à Saint-Etienne en passant par Grenoble et Clermont-Ferrand, la polémique enfle sur la pénurie de vaccins contre la grippe. Alors que la campagne de vaccination bat son plein, les doses manquent à l’appel. En cause ? Une rupture de stocks inédite dans les pharmacies, liée au contexte sanitaire mais aussi à un défaut de livraison des laboratoires spécialisés, comme le dénonce l’URPS pharmaciens Auvergne-Rhône-Alpes. L’inquiétude monte, à l’heure où les hôpitaux ont déjà de plus en plus de mal à supporter l’afflux de malades du Covid-19.

La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière s’est ouverte le 13 octobre dernier. Mais favorisée par le contexte sanitaire, la ruée sur les vaccins a déjà épuisé les stocks, dans des proportions inégalées jusqu’ici en France. Nombre de volontaires à la vaccination, y compris les personnes prioritaires, restent donc pour l’instant sur le carreau.

Plus de 60% des officines sont en effet en rupture de vaccin antigrippal, selon l’Union des Syndicats des Pharmaciens d’Officine. “Je n’ai pas de chiffres plus précis concernant la région”, livre Olivier Rozaire, le président de l’URPS pharmaciens Auvergne-Rhône-Alpes. “Mais on nous appelle tous les jours pour savoir si nous en avons, et parfois de très loin. Je sais qu’aucun de mes confrères, dans un rayon de 20 kilomètres, n’en a encore”, précise le pharmacien de Saint-Bonnet-le-Château, dans la Loire.

 

Un remède contre l’engorgement des hôpitaux

Cette panne de vaccins revêt une dimension particulièrement préoccupante, en cette période de pandémie. La priorité accordée aux populations fragiles (lire À SAVOIR) vise en effet à ne pas alourdir la situation d’un système de soins déjà saturé par le Covid-19. L’inquiétude monte, et les pharmaciens ont pu bénéficier du soutien de la sénatrice savoyarde Martine Berthet. Cette dernière a interpellé le premier ministre “pour savoir ce que ces vaccins sont devenus”. Dans ce contexte, “il faut éviter le plus possible que des pathologies annexes viennent encombrer les hôpitaux. J’ai choisi d’adresser lundi un courrier au cabinet de Jean Castex, car la question a déjà été posée la semaine dernière au Sénat, par un sénateur de la Vienne, Bruno Belin, lui-même pharmacien. Et nous n’avions pas vraiment eu de réponse”.

Les vaccins existent, pourtant. “Il ne faut pas parler de pénurie, mais bien de rupture de stocks”, confie Olivier Rozaire. 13 millions de vaccins ont été commandés cette année aux laboratoires français. 7 millions ont d’ores et déjà été distribués. Et le reste ? “La première livraison n’était pas complète. Sans que l’on en soit prévenu, nous n’avons perçu que 75% des vaccins de la première commande. Les laboratoires en ont donc gardé 25%, mais nous ne savons pas où ils sont”, dénonce le pharmacien de la Loire.

 

Les vaccins expédiés à l’étranger ?

Ces vaccins auraient été destinés à l’étranger, dans des pays ayant passé commande sur le tard. Certains pays ont-ils fait de la surenchère pour payer au prix fort certains stocks pré-commandés ? “On ne sait pas… C’est bien sûr lié au contexte sanitaire. La demande a explosé cette année, mais tardivement. Nous, les pharmaciens, avons passé la commande en janvier, à une époque où la pandémie n’avait pas débuté. Et c’est la première fois, en 25 ans d’exercice, que nos commandes n’arrivent pas dans les temps”.

Les laboratoires se seraient engagés à livrer le solde des vaccins courant novembre. En attendant, les pharmaciens font face à un flot incessant de demandes. Et à quelques critiques concernant la délivrance des vaccins. “Je m’étonne aujourd’hui d’entendre que des entreprises comme des assureurs, des collectivités, ont des vaccins et se font vacciner par leur infirmière d’établissement ou par le médecin du travail. Je croyais qu’on avait dit qu’il fallait réserver cette année les vaccins aux personnes prioritaires”, pestait la semaine dernière Gilles Bonnefond, président de l’USPO et pharmacien à Montélimar.

 

Diffusion des vaccins : “il n’y a pas eu d’abus”

Les vaccins auraient-ils été fournis à qui les demandaient, sans ordre de priorité ? “Non”, répond Olivier Rozaire, soucieux de dissiper ce climat de suspicion. “Nous étions prévenus en amont et avons pu expliquer à nos clients non prioritaires pourquoi on ne leur fournissait pas de vaccin. Il n’y a pas eu d’abus. On estime à 5 à 10% le nombre de vaccins fournis à des gens non prioritaires. Et il s’agit principalement de personnes dont le conjoint est prioritaire et/ou fragile. S’il y a pénurie, c’est bien à la source, car les vaccins ne sont pas arrivés dans les pharmacies”, martèle-t-il.

 

L’épidémie de grippe attendue fin décembre

Dans son courrier, la sénatrice Martine Berthet réclame la possibilité de recourir à “un vaccin développé par Sanofi. Il est beaucoup plus dosé que le vaccin standard, mais pourrait être utilisé pour les séniors”, explique-t-elle. En plus du solde de la première commande de vaccins, une à deux millions de doses devraient aussi être distribuées en décembre en provenance de l’étranger.

Suffisant pour pourvoir aux besoins de toute la population ? “On a appelé à grand renfort de communication les gens à se faire vacciner, et notamment les plus fragiles”, regrette la sénatrice savoyarde. “Au final, il y a beaucoup de déçus et ce décalage est regrettable”. La campagne de vaccination durera au moins jusqu’en janvier. L’épidémie de grippe, elle, n’est pas encore là. Elle est attendue pour fin décembre ou début janvier. Ce qui laisse encore un peu de temps aux déçus de la première heure…

 

À SAVOIR

La GRIPPE SAISONNIÈRE FAIT 10 000 MORTS CHAQUE HIVER en France, pour 2 à 6 millions de Français touchés. L’Assurance Maladie, soucieuse d’éviter se surencombrer des hôpitaux déjà engorgés par le Covid-19, a délivré des bons de prise en charge aux publics les plus fragiles, valables jusqu’à fin novembre. Les personnes concernées sont les séniors de plus de 65 ans, les femmes enceintes, les nourrissons, les personnes souffrant de maladies chroniques (diabète, obésité, asthme…) Soit 15,8 millions de Français.

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