Cet hiver, participez à l’effort collectif et faîtes-vous vacciner contre le pneumocoque.
Cet hiver, participez à l’effort collectif et faîtes-vous vacciner contre le pneumocoque. ©DR

Si la pandémie semble se stabiliser en France, certains scientifiques redoutent une recrudescence des cas de Covid-19 en décembre. Mais face à l’inquiétude croissante d’une « guerre virale sans fin », les autres infections respiratoires potentiellement mortelles ne doivent pas être écartées. En particulier la pneumonie, responsable d’une mortalité accrue chaque hiver. À l’occasion de la Journée Mondiale de la Pneumonie ce jeudi 12 novembre, le point sur ces infections à pneumocoques avec le Pr François Bricaire, infectiologue à l’hôpital de la Pitié Salpétrière.

Hiver, difficultés respiratoires, fatigue… Tout n’est pas forcément du au coronavirus ! En effet, la période hivernale est particulièrement propice aux infections virales par les voies respiratoires. Ainsi, le pneumocoque ou Streptococcus pneumoniæ serait la première cause de pneumonie bactérienne et de méningite chez l’adulte. Cette bactérie de la flore nasopharyngée peut entrainer une infection potentiellement mortelle. Jusqu’à 30 % de mortalité selon l’âge et les comorbidités.

Chaque année, ce sont plus de 800 000 enfants de moins de 5 ans atteints d’une infection à pneumocoque qui décèdent dans le monde. Un risque qui concerne les enfants en bas âge mais également les personnes âgées, fragiles ou immunodépressives. Pourtant un vaccin permet de réduire considérablement les risques. Explications du Pr François Bricaire, infectiologue.

 

Pneumonie : une bactérie bénigne, une infection parfois maligne

Si le pneumocoque constitue une même bactérie, plus de 90 sérotypes peuvent l’identifier. Ces derniers correspondent aux caractéristiques différenciées de la bactérie. En effet, cette bactérie colonise de façon transitoire et normale le nasopharynx mais se présente sous différentes « espèces ». Suivant ses propriétés, elle peut être responsable soit de l’état de porteur, soit d’une infection.

Sans incidence, l’état de porteur est bénin et n’engendre aucune conséquence. En revanche, une infection peut être dite locale (otite, sinusite, conjonctivite, pneumonie) ou invasive (bactériémie, septicémie, méningite, arthrite…). Dès lors, on dit que ces infections à pneumocoques se diffusent dans un site habituellement stérile (sang, méninges, articulations). Leur potentiel actif devient alors synonyme d’une gravité supérieure, nécessitant parfois une hospitalisation.

Toux, fièvre, frisson, dyspnée sont des symptômes courants de cette infection à pneumocoque. Le risque de survenue de l’infection est davantage important chez les jeunes enfants, les personnes âgées, atteintes de pathologies chroniques ou immunodépressives. Par exemple, un diabète augmente le risque par quatre. De 23 à 48 supérieurs chez des patients atteints de cancers ou du SIDA. Des chiffres alarmants qui justifient la nécessité d’une vaccination ciblée.

 

Cet hiver, il faut « lutter contre les problèmes respiratoires »

Entre cas graves atteints de la Covid-19, la grippe et la pneumonie, cet hiver s’annonce rude. C’est pourquoi l’ensemble du corps médical recommande la vaccination afin de désengorger les services déjà presque saturés. « En cette période où sévit la COVID-19, lutter contre le pneumocoque c’est aussi contribuer à réduire les risques de surcharge de notre système de santé, de nos secteurs hospitaliers tout particulièrement sollicités », explique le Pr François Bricaire.

Mais alors que les regards se tournent vers la diversité des infections respiratoires, le constat semble le même. Hiver et problèmes respiratoires semblent faire bon ménage. Pourquoi une telle affinité ? Le corps étant plus vulnérable face aux virus l’hiver, les grippes et maladies de type contact interindividuels se développent, favorisant par le même coup l’arrivée d’infections à pneumocoques.

 

Pneumonie : une transmission similaire au Covid-19

Par ailleurs, le mode de transmission de l’infection à pneumocoque reste semblable à celui du coronavirus et de la grippe. En effet, projection de gouttelettes, contact direct et indirect sont les principaux vecteurs de contamination. Que ce soit par la salive, les sécrétions respiratoires, oculaires, le sang ou les microgouttelettes en suspension de l’air, le meilleur moyen de freiner la transmission est de rester chez soi.

À noter que la contagiosité persiste jusqu’à 24h après le début d’un traitement antibiotique et que les objets ou literies peuvent garder des traces jusqu’à plusieurs jours.

 

Des vaccins peu appliqués…

 

Si désormais la vaccination contre le pneumocoque est obligatoire dès l’âge de 2 mois chez tous les nourrissons nés après le 1er janvier 2018, cette obligation n’existait pas auparavant. Résultat ? Les personnes âgées, souffrant de pathologies chroniques ou immunodépressives ne sont généralement pas vaccinées.

Et pourtant. Entre grippe et pneumocoque, ce sont 1,2 millions de décès dans le monde en 2016. Le pneumocoque restant la principale cause de mortalité. Mais alors, pourquoi cette moindre vaccination ?

Si les infections à pneumocoques sont perçues comme sévères par neuf personnes sur dix, la couverture actuelle française est faible sur cette vaccination. En effet, selon une étude de l’IFOP, 36 % des personnes citent spontanément la vaccination comme principale solution contre ces infections. Pourtant, seul un répondant sur cinq est vacciné. De même, la vaccination contre le pneumocoque est considérée comme très importante dans 79 % des cas. Un constat incohérent qui à amener les professionnels à se questionner.

 

… pour des patients peu informés

Premier constat flagrant de l’étude IFOP, 60 % des répondants déclarent mal connaître ces infections à pneumocoques, voire ne pas les connaître du tout. « Pneumonie, pneumopathie, sinusite ou otite, tout le monde ou presque connaît ces termes. Mais qui sait en revanche que le principal responsable de ces infections, parfois graves, c’est le pneumocoque ? », constate le Pr François Bricaire.

Le rôle du médecin généraliste est particulièrement pointé du doigt. Car si la méconnaissance des complications d’une infection à pneumocoque règne, il s’agit d’un devoir de recommandation et d’information que se doit d’effectuer le médecin généraliste. En effet, selon l’étude, les médecins généralistes sont de loin les déclencheurs principaux d’une telle vaccination.

Mais plus que d’inciter à la vaccination, il s’agit d’inciter à la vaccination ciblée. Les personnes âgées ou à risque devraient être les premiers sur la liste. « D’un point de vue pratique, il serait probablement plus facile – comme le font d’autres pays – de s’appuyer sur l’âge pour augmenter la couverture vaccinale pneumococcique ». Ainsi, trois quarts des répondants se disent prêts à se faire vacciner sur cette base de recommandation. Un message qui se doit d’être répété…

 

 

 

À SAVOIR

L’infection à pneumocoque peut constituer une Maladie soumise à Déclaration Obligatoire (MADO). Pour se faire, la bactérie doit se trouver dans un site normalement stérile. Toutefois, c’est le médecin ou le laboratoire qui se chargera de réaliser cette déclaration.

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