Face aux discriminations traumatisantes vécues par les personnes atteintes d’obésité sévère, les praticiens du Centre Intégré de l’Obésité de l’hôpital Lyon-Sud tirent la sonnette d’alarme.

Le Centre Intégré de l’Obésité des Hospices Civils de Lyon, situé à l’hôpital Lyon Sud, est l’un des cinq centres référents en France associant recherche et prise en charge des personnes en surpoids. Il accueille chaque mois 60 nouveaux patients, qui souffrent physiquement de leur obésité, mais pas seulement. « Nombre d’entre eux nous rapportent les discriminations dont ils sont victimes, y compris en milieu médical », livre le Professeur Martine Laville, responsable du CIO lyonnais, qui dénonce « une véritable épidémie de grossophobie ».

Obésité : les ravages de la grossophobie

Plaisanteries, allusions, regards méprisants… Plus ou moins conscientes, ces stigmatisations sont à la fois injustes et terriblement néfastes. Injustes, car associées aux préjugés faisant de la personne en surpoids quelqu’un de paresseux, dénué de volonté et en proie au laisser aller. « Il ne faut pas oublier que l’obésité est une maladie, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. C’est une pathologie chronique d’origine multifactorielle qui touche 17% de la population française », corrige le docteur Alexandre Jehl, l’un des spécialistes du CIO.
Néfastes, aussi, car dévastatrices sur le plan moral, selon le docteur Sylvain Iceta, psychiatre au CIO : « le regard de la société est dur pour les personnes en surpoids. Il peut induire un véritable traumatisme, conduire à la perte de confiance en soi et à l’isolement et déclencher un véritable cercle vicieux, lorsque le réconfort passe par la nourriture ».
Au delà de son approche médicale, le Centre Intégré de l’Obésité travaille justement sur cette estime de soi. Il apporte écoute, conseils et réconfort à des patients souvent épuisés, car habitués à toujours faire plus que les autres pour compenser l’impression qu’ils dégagent.
« La plupart des gens estiment que l’obésité n’est pas une maladie, et que ce n’est pas la peine de prendre soin de moi », témoigne Magali Fourcadet. « Les obèses ont pourtant le droit d’être soignés, et plus encore puisqu’il s’agit d’une maladie chronique ». La jeune femme, dynamique professeur de danse country à Lyon, a pris du poids à l’âge adulte. Après des années de yo-yo, entre régimes et grossesse, elle ne cache pas son bonheur d’avoir poussé la porte du CIO : « je me sens écoutée et comprise, avec bienveillance et sans jugement. Enfin, je ne suis plus réduite au fait que je mange trop ».

Obésité : un programme spécifique à Lyon

Grossophobie Lyon sud
Sylvain Iceta, psychiatre, Magali Fouradet, une représentante de l’association Vivre Autrement Ses Formes et le Pofesseur Martine Laville. ©FMI

Le Centre lyonnais a développé un programme spécifique d’accompagnement moral des personnes atteintes d’obésité sévère et complexe. Entre échanges de groupe et ateliers, ces cinq jours dédiés visent à redonner confiance aux patients, à les pousser à accepter leur maladie et à mieux appréhender le regard d’autrui, parfois dénué de préjugés.
Pour beaucoup, ce programme se traduit par un déclic, qui leur permet de reprendre goût à la vie et de trouver les ressources de s’attaquer à la maladie elle-même, à travers un parcours de soins extérieur à l’hôpital : « il s’agit d’une maladie chronique, on ne peut donc en guérir », explique le professeur Laville. « En revanche, on peut traiter les pathologies induites, comme le diabète, et améliorer la qualité de vie du patient. L’idée est de déterminer le poids acceptable pour chaque patient, et de l’aider à y parvenir ».
Ce long chemin ne passe pas toujours par la chirurgie. Il doit avant tout être réalisé dans un contexte favorable. Dénué, donc, de toutes formes de discriminations. « Les choses évoluent doucement », reprend la responsable du CIO lyonnais, « notamment dans le milieu médical » où les patients souffrant d’obésité y sont sans cesse confrontés, entre équipements inadaptés (scanners, tables d’opération ou même simples fauteuils dans les salles d’attentes) et exclusion de certains traitements spécifiques (greffes, PMA). L’enjeu est de taille.
Très engagées dans la sensibilisation du public aux questions de discrimination, les associations Vivre Autrement Ses Formes et Equilibr’emoi organisent à l’occasion des Journées Europennes de l’Obésité une exposition photo et une vente de vêtements de grande taille.
De 10h à 17h, samedi 26 mai, bâtiment A3 du Centre Hospitalier Lyon Sud

A SAVOIR

Il existe 37 centres ressources dédiés au traitement de l’obésité en France. Cinq de ces établissements, dont celui des HCHL à l’hôpital Lyon-Sud, associent la recherche aux soins et sont certifiés Centre Intégré de l’Obésité. 60 nouveaux patients de niveau III (dite morbide ou massive) sont accueillis chaque mois à Lyon Sud par une équipe pluridisciplinaire (médecins, psychiatres, diététiciens, moniteurs d’Activité Physique Adaptée).

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