Les tensions sur les médicaments, et notamment sur le paracétamol, s'accroit dans les pharmacies confrontées à une pénurie inédite.
Paracétamol, amoxicilline, cortisone... Plus de 300 médicaments sont actuellement en rupture de stocks, selon l'ANSM. ©Freepik

Les rayons de médicaments à base de paracétamol sonnent creux dans les pharmacies. Les difficultés d’approvisionnement, liées à la surconsommation engendrée par la triple épidémie de grippe, de Covid-19 et de bronchiolite, sont renforcées par une situation tendue en Chine, premier fournisseur de principes actifs. Mais alors que de nombreux parents s’alarment de ne plus trouver de Doliprane pour leurs enfants, les pharmaciens s’organisent pour rationnaliser les stocks restants et délivrer de précieux conseils. Le point.

L’inquiétude liée à la pénurie de médicaments est montée d’un cran. Depuis le mois de décembre, il est de plus en plus compliqué de se procurer du paracétamol. Et notamment du Doliprane en solutions pédiatriques, sous forme de sirops ou de sticks. Si cette pénurie de comprimés anti-douleurs n’est pas inédite en France (lire À SAVOIR), c’est la première fois qu’elle concerne les enfants, semant l’émoi chez les parents. L’épidémie de bronchiolite, concomitante à celles du Covid-19 et de la grippe, a en effet amplifié les besoins chez les plus jeunes. Ce qui a eu pour incidence de sérieusement entamer les stocks.

Alors que l’ANSM (agence nationale de sécurité du médicament) incite depuis l’été dernier les pharmaciens à restreindre leurs ventes, le gouvernement a acté le 4 janvier la suspension des ventes de paracétamol en ligne (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan etc.) Une mesure plutôt judicieuse, selon Didier Vieilly, vice-président du Conseil de l’ordre des Pharmaciens Auvergne-Rhône-Alpes. « Mieux vaut prévoir, en respectant des gestes d’hygiène simples, en se lavant les mains en rentrant de l’école ou du travail, en portant un masque, de ne pas attraper de rhume plutôt que de stocker chez soi des médicaments qui seront sans doute périmés au moment de leur utilisation. En cas de besoin réel, il y aura toujours ce qu’il faut ».

La pénurie de paracétamol est-elle réelle ?

Plus qu’une pénurie, il serait plus judicieux d’évoquer un ralentissement de la production du médicament le plus vendu en France. « Il y a un manque, mais la situation n’est pas catastrophique et l’on arrive à pallier aux besoins », rassure Didier Vieilly. Les officines, partout en France, se sont ainsi réorganisées pour rationner la vente. « On ne délivrera qu’un flacon au lieu de deux, là où en temps normal les patients en profitent pour stocker par précaution. Ce qui est compliqué, c’est que les gens ont l’habitude d’avoir tout tout de suite et qu’ils ne peuvent être satisfaits. Mais globalement, si l’on reste raisonnables, les besoins sont assurés ».

La plupart des pharmaciens se démènent pour trouver des boîtes et satisfaire les demandes. Une activité chronophage. Selon les nécessités, les pharmacies peuvent combler leurs manques auprès d’autres officines, via un logiciel de gestion des stocks. La profession s’organise également pour que les pharmacies de garde soient dument approvisionnées.

La pénurie peut-elle s’aggraver ?

Plusieurs facteurs peuvent induire une dégradation de la situation. L’impressionnante flamblée des cas de Covid-19 en Chine, suite à l’allègement des mesures sanitaires, pourrait avoir de fâcheuses incidences. C’est en Chine, où certaines usines tournent au ralenti faute de personnel valide, que sont fabriqués la plupart des principes actifs nécessaires à la production de médicaments. Pour éviter une telle dépendance, une unité de production doit voir le jour en Isère. Mais son ouverture, prévue pour 2023, a été repoussée à 2025.

Une reprise épidémique, à la faveur des grands froids, pourraient également entraîner une surconsommation de médicaments, et notamment de paracétamol. Et alimenter ainsi le risque de pénurie, pour les enfants comme pour les adultes. L’irruption d’un variant très contagieux du Covid-19 est une option tout à fait envisageable. Tout comme une nouvelle flambée soudaine de la grippe. En attendant, la pénurie devrait donc perdurer encore de nombreuses semaines.

Peut-on redouter une flambée des prix du paracétamol ?

Les prix des médicaments, en France, sont encadrés et identiques partout. Les pharmaciens n’ont aucune maîtrise sur le coût des médicaments. Il n’y donc a pas de risque à ce que la rareté entraîne une explosion des prix. Le flacon de Doliprane 2,4% de 100 ml, le grand classique produit par Sanofi, coûtera donc

Doliprane : existe-t-il des alternatives aux solutions pour enfants ?

Généralement conditionné en sirop, le Doliprane existe aussi sous forme de suppositoires, destinés aux nourrissons. Mais cette forme a rapidement été épuisée. Le médicament peut aussi être administré en poudre, mélangé à de la compote ou du sirop. Des formes en sachet sont vendus en officine. Mais il est aussi possible de fractionner des comprimés pour adultes et de les réduire en poudre.

Le rôle du pharmacien, qui se renforce toujours un peu plus, est ici essentiel. Il peut aider les parents à adapter les dosages des comprimés pour adultes. Ou encore proposer d’autres molécules de paracétamol comme l’efferalgan ou le dafalgan (si ces médicaments ne sont pas touchés par une pénurie). Et surtout délivrer de précieux conseils, basés notamment sur le bon sens.

Utilisé à des fins de confort, le paracétamol n’est en effet pas le seul moyen de lutter contre la fièvre. En cas de fièvre modérée et si l’enfant ne se sent pas mal, il est ainsi possible de limiter la fièvre en le déshabillant ou en baissant le chauffage…

Quels sont les autres médicaments touchés par la pénurie ?

D’autres médicaments font actuellement les frais de difficultés d’approvisionnement. C’est le cas de l’amoxicilline, l’antibiotique le plus fréquemment prescrit en France et en rupture dans plus de 70% des pharmacies. Le ministre de la Santé, François Braun, a annoncé le 5 janvier sur France 2 un retour à la normal d’ici « deux mois ». En attendant, l’ANSM a autorisé certaines officines à fabriquer elles mêmes de l’amoxicilline.

La cortisone et ses dérivés, comme le Prednisone, sont de plus en plus difficile à trouver. Plus de 300 médicaments seraient en rupture ou proche de l’être, selon l’ANSM, qui pour les plus courants évoquait sur Franceinfo « les anti-infectieux, les médicaments du système nerveux et les médicaments du système cardiovasculaire ».

À SAVOIR

Ce n’est pas la première fois que la France est confrontée à une pénurie de paracétamol. Au début de la pandémie de Covid-19, la délivrance de Doliprane pour adultes avait été réduite à deux boîtes maximum. Mais les enfants, à l’époque préservés du virus du Covid-19, n’avaient pas été concernés, évitant ainsi l’inquiétude parentale.

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