reiki dérive thérapeutique
Le Reiki, soin ''énergétique'' tout droit venu du Japon, fait partie de ces thérapies non conventionnelles pointées du doigt par Georges Fenech. ©Jürgen Rübig on Pixabay

Dans son dernier ouvrage, l’ancien chef de file de la lutte anti-sectes en France et député du Rhône Georges Fenech met en garde contre les “dérapeutes” qui se multiplient dans l’univers des médecines alternatives. Il dénonce l’emprise mentale conduisant notamment à une rupture potentiellement dramatique avec le soin conventionnel et alerte sur la complaisance des pouvoirs publics face à ces dérives thérapeutiques.

Quel est le but de votre cri d’alarme ?

La liberté de soin est un principe fondamental et chacun est libre de recourir aux médecines douces et autres pratiques alternatives. L’objectif de mon livre est toutefois d’attirer l’attention de la population sur les offres charlatanesques en matière de santé et d’informer les citoyens sur les risques qu’ils encourent face à ceux que je surnomme les “dérapeutes“. Car attention, il y a danger.

 

Le phénomène est-il très répandu ?

Georges Fenech
Georges Fenech, ancien député du Rhône, a longtemps animé la lutte anti-sectes en France. ©Zhent

Lorsque j’étais président de la Miviludes (Mission Interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), de 2008 à 2012, j’ai pu constater qu’un signalement sur deux était relatif à un problème de dérive thérapeutique, se traduisant par d’énormes préjudices. Le temps a passé et le phénomène a pris de l’ampleur. Les offres alternatives se sont démultipliées, notamment via le biais d’internet, alimentant un marché devenu colossal. Aujourd’hui, 40% des Français, et plus particulièrement 60% des malades du cancer, ont recours à une médecine complémentaire.

Dans le même temps, j’ai pu observer une baisse de la garde des pouvoirs publics dans la lutte contre ces dérives et une recrudescence des diplômes délivrés par les universités, susceptibles de donner un verni officiel à des pratiques dont le fondement scientifique n’a pas été établi, à l’image de la naturothérapie.

 

Médecines douces : gardez le lien avec la médecine traditionnelle !

Quels sont les risques principaux ?

Le premier réside dans une rupture avec le soin conventionnel. Les conséquences peuvent être dramatiques : s’en remettre entièrement à son thérapeute est le début de la fin, car il est ensuite souvent trop tard pour bénéficier d’une vraie prise en charge. Et outre la perte de chances, ce fléau est vecteur d’isolement, de rupture avec le cercle familial, le travail et la société en général.

 

Quelles sont les disciplines que vous pointez du doigt ?

Des pratiques courantes comme la méditation de pleine conscience, qui n’a pas de preuve établie de son efficacité, peuvent être dangereuses, en elles-mêmes et selon la manière dont le praticien la récupère à ses fins. C’est aussi le cas du jeûne, très à la mode, mais qui affaiblit ceux qui y recourent et ouvre ainsi la porte aux dérives. Ou encore du Reiki : on a le droit de croire que des énergies spirituelles peuvent évacuer les énergies usées, mais attention de ne pas s’en contenter ! Certaines pratiques, ensuite, doivent susciter une méfiance accrue, comme la méthode Access Bars ou encore la biologie totale, que l’on appelle aussi médecine nouvelle germanique. Son inventeur, Ryke Hamer, a d’ailleurs été condamné par la justice.

 

Dérives des médecines douces : une tendance venue d’Amérique du Nord

Pourquoi la santé est-elle un terrain favorable à ces dérives potentielles ?

Les raisons sont multiples. De très nombreux thérapeutes ont pu s’autoproclamer et proposer différentes techniques aux fondements plus ou moins avérés. Ils ont suivi une lame de fond venue des États-Unis et de l’époque New Age. Ils ont aussi bénéficié d’une certaine faiblesse de la médecine conventionnelle, qui ne sait pas bien prendre en compte la dimension humaine du malade et dont le crédit a été entamé par différents scandales. Son échec face à certaines pathologies lourdes ouvre une brèche dans laquelle s’engouffrent les charlatans.

 

Par quel mécanisme tombe-t-on dans les griffes de ces gourous ?

Lorsque l’on est désemparé face à sa propre maladie ou à celle de son enfant, il est parfaitement humain d’entretenir l’espoir en se tournant vers autre chose. Ce qui est blâmable, c’est l’attitude de pseudo thérapeutes qui se vantent de pouvoir apporter un remède à un cancer avec du jus de citron ! J’apporte dans mon ouvrage de nombreux témoignages sur ce genre de dérives, quand l’emprise mentale devient si forte qu’elle transforme le patient en adepte.

 

Dérives des médecines douces : chacun peut être victime

Les victimes sont-elles les plus fragiles d’entre nous ?

Pas du tout, cela peut arriver à chacun de nous ! Prenez le cas de Steve Jobs, tombé entre les mains d’un pseudo médecin californien qui lui administrait ses techniques alors qu’il devait être opéré d’un cancer du pancréas. Il a perdu du temps précieux, et lorsqu’il fut enfin opéré, c’était déjà trop tard. J’évoque d’autres cas célèbres, des avocats ou autres, qui ont laissé une fortune dans ces thérapies, car l’argent est souvent au cœur du problème.

 

Faut-il selon vous se méfier de toutes les médecines douces ?

Non, bien sûr. Il y a dans ce supermarché des nouvelles médecines des pratiques alternatives inoffensives et réconfortantes. Mais d’autres sont nocives. L’un des problèmes est que cet univers ne rassemble pas que des escrocs : certains praticiens sont tout à fait convaincus et honnêtes ! Mais les gens qui s’adressent à eux par dépit ou par hasard prennent le risque d’être victime d’une perte de chances, car ils interviennent dans des médecines qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité.

 

État, universités, église… Les hautes sphères infiltrées ?

Comment, dès lors, éviter le piège ?

Il faut se méfier dès que l’on est face à une offre alléchante et miraculeuse et ne jamais croire de but en blanc ce que l’on vous dit. Il faut s’informer auprès de son médecin, vérifier les diplômes, l’origine du praticien. Tester, mais sans jamais rompre avec la médecine conventionnelle. La santé est notre bien le plus précieux, ne la vendons pas au premier bonimenteur venu ! Il est de la responsabilité des pouvoirs publics de diffuser cette information. Le ministère de la santé, mais aussi celui de l’Éducation Nationale, doivent s’emparer du sujet.

 

N’est-ce pas déjà le cas ?

Loin de là. Certains charlatans ont déjà été condamnés par des tribunaux, mais la justice à du mal à appréhender la gravité du phénomène. Il existe nombre de cas dramatiques dont on ne parle pas. Les victimes, parfois par honte, restent silencieuses et n’ont plus d’argent pour intenter des procès. Le plus inquiétant, c’est de voir certaines de ces pratiques, comme la naturopathie et la kinésiologie, entrer à l’hôpital, où elles ont dès lors toute la confiance du patient. J’ai bien peur que le combat ne soit perdu d’avance, tant l’infiltration de ces communautés pseudo thérapeutiques est importante dans les universités, les entreprises, les ministères, les écoles, l’église…

 

À SAVOIR

Gare aux gourous, paru le 24 août aux éditions du Rocher.

L’ouvrage Gare aux gourous, santé, bien-être est paru le 24 août aux éditions du Rocher (18€). Son auteur, Georges Fenech, est ancien juge d’instruction et ancien député du Rhône (2002-2008, puis 2012-2017). Il a présidé en 2016 la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de Paris et est aujourd’hui consultant sur CNews sur les questions relatives au terrorisme. Très engagé dans la lutte contre les dérives sectaires, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet et a présidé la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les dérives sectaires) de 2008 à 2012.

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