Maladie de Lyme : protégez-vous en forêt !
La vigilance est de mise sur les sentiers forestiers : être contaminé par une tique peut avoir de fâcheuses conséquences, à commencer par la maladie de Lyme. ©Shutterstock

Parfois difficile à diagnostiquer, cette infection transmise par les tiques infectées par la bactérie Borrelia peut engendrer de sérieuses complications neurologiques, articulaires et musculaires, parfois plusieurs années après la morsure. Et le phénomène prend de l’ampleur dans les champs et forêts d’Auvergne-Rhône-Alpes. Le point à l’aube d’un été propice aux sorties nature, avec le concours du Pr Olivier Lesens, du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Clermont-Ferrand, centre de référence pour la prise en charge de la maladie de Lyme.

Gare aux herbes hautes, le danger rôde en Auvergne-Rhône-Alpes ! La région fait partie des territoires français les plus touchés par la maladie de Lyme, transmise par les tiques et particulièrement active dans l’Est du pays. Dans certains départements comme la Haute-Savoie, le taux d’incidence annuel atteint 210 cas pour 100 000 habitants (Chiffres Agence Régionale de Santé/Santé Publique France/réseau Sentinelles), ce qui est largement supérieur à la moyenne nationale (104/100 000).

L’Ain (157/100 000) et le Puy-de-Dôme (117/100 000) font également les frais de ce fléau estival. La période est en effet propice aux sorties en forêt, jardinage et autres activités nature, susceptible de favoriser une rencontre avec cet acarien aussi petit que redoutable.

Selon certains experts, la maladie de Lyme progresse en France, où 65 000 cas sont recensés chaque année. Du fait d’une meilleure connaissance de la maladie, mais pas seulement. « La maladie de Lyme, du fait d’une déforestation massive, est devenue plus courante », explique le Pr Olivier Épaulard. Pour l’infectiologue grenoblois, la dégradation de la biodiversité joue clairement un rôle sur la transmission des maladies de l’animal à l’homme, qu’il s’agisse de bactéries comme la borréliose de Lyme ou de virus comme le Sars-Cov-2, responsable de l’épidémie de Covid-19.

 

Maladie de Lyme : surveillez les symptômes !

Cela n’est pas systématique, bien sûr, mais une morsure de tique peut avoir de fâcheuses conséquences. On estime à 10% la part de tiques infectées à la bactériose Borrelia, vecteur de la maladie de Lyme. D’où l’importance de retirer rapidement la tique et de rester attentifs aux symptômes. Une plaque rouge peut ainsi se former autour de la zone piquée jusqu’à un mois après la morsure. On parle alors d’érythème migrant, qui doit conduire à consulter sans attendre son médecin.

Mais la maladie peut aussi se manifester plusieurs années après la morsure, avec à la clé des douleurs articulaires et/ou musculaires, des troubles neurologiques. Ce sont ces manifestations parfois très tardives qui rendent le diagnostic difficile à établir. Et qui retardent incidemment la prise en charge. En cas de symptômes, la présence d’anticorps dans le sang confirme le contact avec la bactérie. Un traitement antibiotique suffit généralement à mettre un terme aux symptômes, et ce en quelques jours, voire semaines…

 

Adoptez les bons réflexes !

Prudence sur les chemins : les tiques rôdent !
Prudence durant vos balades ! ©Shutterstock

Le meilleur moyen de se prémunir de la maladie de Lyme est… d’éviter la morsure de tique, grâce à plusieurs réflexes simples : bien se couvrir bras et jambes durant les sorties nature, évitez broussailles et herbes hautes et inspecter son corps dans les moindres recoins. L’application de répulsifs peut également s’avérer efficace.

Si vous êtes piqué, n’appliquez pas de produit mais retirez rapidement la tique au moyen d’un tire tique (instrument vendu en pharmacie, utile pour ne pas broyer l’insecte). Désinfectez soigneusement et surveillez la zone pendant un mois.

 

Témoignage : “Nous étions pourtant conscients du danger”

Le petit Léopold, 5 ans à l’époque, a contracté la maladie de Lyme suite à une piqûre de tique en Haute-Savoie. Son père Jean-Baptiste témoigne.

 

Quels sont les symptômes qui vous ont alertés ?
Témoignage maladie de Lyme
Léopold et son père Jean-Baptiste. ©DR

“Nous avons réalisé que Léopold n’allait pas bien au retour chez nous, après deux mois de confinement au printemps 2020 au bord du lac d’Annecy, en Haute-Savoie. Ses nuits étaient difficiles, et il souffrait de forts maux de tête, ainsi que de douleurs articulaires et musculaires. Nous sommes allés consulter, mais nous n’avons pas identifié immédiatement d’où venaient ses douleurs.

Avant même de suspecter une maladie de Lyme, nous étions conscients du danger. Nous faisons très attention lors des sorties en pleine nature, et nous profitions régulièrement des bains pour détecter la présence de tiques sur le corps de Léopold ou de son petit frère. Mais de là à imaginer que nous serions confrontés au problème…”

 

Comment le diagnostic de la maladie de Lyme a-t-il été posé ?

“Nous avons évoqué aux médecins la proximité des bois, les balades en forêt durant le confinement. Ils ont pourtant écarté la possibilité d’une piqûre de tique et cherché une autre explication. Il a subi une prise de sang, et même une ponction lombaire, après laquelle ses symptômes se sont aggravés, entre douleurs dorsales, céphalées toujours plus violentes et paralysie de la moitié de son visage. Nous sommes retournés à l’hôpital, un dimanche soir, où il a passé une IRM cérébrale, un scanner et tout une série d’examens. Comme les médecins ne trouvaient toujours pas d’où venaient le mal, ils ont refait des analyses sanguines et c’est là qu’ils ont trouvé des traces de borréliose de Lyme.”

 

“La maladie de Lyme reste méconnue en France”

Comment expliquez-vous cette errance médicale?

“Nous ne jetons pas la pierre aux médecins : cette maladie reste méconnue en France, contrairement à l’Allemagne, et nous étions dans un hôpital de ville, peu habitué à ce type d’infections. De plus, nous n’avions jamais vu la moindre trace d’une piqûre et de ce fameux érythème migrant sur le corps de Léopold. Mais nous avons appris plus tard que cette piqûre pouvait être ancienne et peut-être même remonter à l’été précédent !”

 

Quel traitement contre la maladie de Lyme votre fils a-t-il perçu ?

“Léopold a subi durant un mois un protocole d’injections d’antibiotiques sous perfusion. Il n’a pas été hospitalisé, mais une infirmière est venue tous les jours procéder à l’injection. Et tous les trois jours, nous devions l’emmener aux Urgences pour contrôler le traitement.

Au bout de cinq jours, sa paralysie faciale a disparu. Ses symptômes se sont progressivement atténués, jusqu’à disparaître totalement. En septembre, une nouvelle prise de sang a confirmé qu’il ne restait plus de trace de la maladie. Et depuis, tout va bien.

 

“On ignore si la maladie ne pourra pas se réactiver un jour”

Comment avez-vous vécu cette épreuve ?

“Nous étions heureux d’être en France, dans un système de santé qui se décarcassait pour nous. Mais nous avons surtout été très inquiets, surtout au moment de sa paralysie faciale. On redoutait une méningite ou d’autres maladies graves. Et nous sommes passés par des hauts et des bas en l’absence de diagnostic posé. Nous avons bien sûr été soulagés lorsque l’on a eu la confirmation que c’était la maladie de Lyme. Mais en même temps, on voyait notre enfant subir un traitement très lourd, stressant et douloureux pour lui.”

 

Et aujourd’hui, comment va Léopold ?

“Léopold est aujourd’hui en totale résilience par rapport à cette épreuve, comme s’il ne l’avait jamais vécue. Il n’a pas peur de la forêt, ne présente pas de traumatisme particulier. Après, on ignore si la maladie ne pourra pas se réactiver un jour, nous avons donc toujours cette sourde inquiétude dans un coin de la tête, et nous sommes d’autant plus vigilants.”

 

 

À SAVOIR

En France, cinq centres de références ont été labellisés en 2019 par le Ministère de la Santé, dont un en Auvergne-Rhône-Alpes. Il s’agit du CHU de Clermont-Ferrand. Associé au CHU de Saint-Étienne, ce centre est chargé de traiter les cas les plus graves et complexes et de faire avancer la recherche relative aux maladies vectorielles à tiques, virales ou bactériennes. Outre la maladie de Lyme (borréliose), la tique peut être responsable d’encéphalites, de fièvres hémorragiques ou encore de rickettsioses (typhus). La plupart de ces maladies (turalémie, ahrlichiose, fièvre pourprée des Rocheuses…) sont concentrées sur le continent américain, mais elles peuvent aussi sévir en France, à l’image de la fièvre boutonneuse méditerranéenne.

 

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