Vaccination: le virologue lyonnais Bruno Lina défend son caractère obligatoire

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Le vacciin, un geste important pour se prémunir

Pourquoi se faire vacciner ? Existe-t-il des risques ? Alors que certains s’élèvent contre le caractère obligatoire de la vaccination en France, les réponses de Bruno Lina, Professeur de virologie, chef de service du laboratoire de virologie HCL, directeur du Centre National de Référence sur la grippe et de l’unité de recherche VirPath à l’Université Claude Bernard Lyon1.

Pourquoi se faire vacciner en 2014 en France ?

Parce qu’on est confronté en permanence à des maladies infectieuses à l’origine de pathologies sévères, parfois très graves, voire mortelles, souvent contagieuses du fait d’une transmission inter humaine. L’objectif de la vaccination en général est donc de réduire l’impact et le risque de développement de ces maladies infectieuses. On pense en priorité à la grippe mais il existe beaucoup d’autres maladies moins médiatiques, mais hautement pathogènes, comme le tétanos ou la rubéole.

Certaines maladies infectieuses restent latentes

Comprenez vous la polémique née depuis quelques mois autour de la vaccination en France ?

Je ne sais pas si on peut parler de véritable polémique. En revanche, certains se posent clairement la question de l’intérêt de la vaccination. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, une grande partie de la population ne ressent plus le risque infectieux, n’a pas l’impression d’être soumise à une agression permanente par des agents infectieux. La plupart de nos compatriotes sont en bonne santé, ils ne font pratiquement plus d’infection alimentaire, l’eau qu’ils consomment est de bonne qualité, les agents pathogènes transmissibles sont moins fréquents… Bref, au bout du compte, toutes les grandes épidémies qui ont sévi jusqu’au début, voir au milieu du XXe siècle, ont disparu. Mais il fait savoir que cette disparition est la résultante de plusieurs facteurs: l’amélioration du niveau d’hygiène, du niveau sanitaire mais aussi des campagnes de vaccination menées par nos anciens. On en récolte les fruits avec la disparition progressive et presque totale des maladies ciblées par les vaccins.

Alors, pourquoi certains militent pour la disparition du caractère obligatoire du vaccin ?

Parce qu’aujourd’hui, l’administration d’un médicament comme un vaccin est perçue par certains comme un risque potentiel. Ils pensent que la balance bénéfice/risque, qui ne prêtait à aucune discussion dans un passé encore récent, s’est inversée. C’est flagrant chez les parents entre trente et quarante ans qui n’ont jamais été confrontés à ces épidémies. Ils ont l’impression de faire subir à leurs enfants des immunisations, des injections inutiles, plus délétères que bénéfiques. C’est une vision à courte vue, erronée. Voilà pourquoi on doit redoubler de pédagogie pour rappeler que les maladies infectieuses à prévention vaccinale n’ont pas disparu. Le tétanos, comme la diphtérie et la polio, existent toujours et tue encore des enfants. Il est important que nos enfants soient immunisés contre ces trois agents infectieux comme pour d’autres agents pathogènes, la prévention vaccinale reste le meilleur moyen d’éviter d’avoir des décès ou des infections parfois mortelles liées à ces virus ou ces bactéries.

Maintenir le caractère obligatoire de la vaccination

Vous êtes donc forcément favorable au caractère obligatoire de la vaccination ?

Je suis encore favorable au maintien du caractère obligatoire de la vaccination pour le DT Polio. Auparavant, il y avait une autre vaccination obligatoire que nous ne faisons plus: le vaccin contre variole. C’est grâce à ce caractère obligatoire que la variole a été éradiquée de la planète et qu’un des virus polio va être certifié éradiqué à la fin de l’année. On comprend donc mieux tout le bénéfice à maintenir une couverture vaccinale élevée pour que certains virus ne soient pas réintroduits, même s’il n’existe qu’un nombre minime de cas dans le monde. Si l’immunisation de la population s’arrête, ces virus réapparaîtront, proliféreront à nouveau et tout l’investissement sanitaire consenti depuis plus de 50 ans risque d’être perdu. Il faut en être conscient.

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Le virologue Bruno Lina est favorable au racatère obligatoire du vaccin
“Si on arrête de vacciner, certaines épidémies réapparaîtront”, affirme le virologue lyonnais Bruno Lina ©P.Auclair

A savoir

Depuis 2013, la première vaccination polyvalente (anti-diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite et infections invasives et hépatite B) ne nécessite plus que deux injections. Les nourrissons sont vaccinés à deux et quatre mois avec un simple rappel à 11 mois. A l’âge adulte, les rappels anti-diphtérie, tétanos et poliomyélite sont fixés à 25, 45 et 65 ans, puis à 75 et 85 ans alors qu’auparavant, un rappel tous les dix ans était préconisé.

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2 Commentaires

  1. On peut s’étonner de ce que M. LINA soutienne que:
    – le tétanos est immunisant ( ” Le tétanos, comme la diphtérie et la polio, existent toujours. Il est important que nos enfants soient immunisés comme contre ces trois agents infectieux ” )
    – le vaccin a éradiqué la variole alors que l’OMS reconnaît que l’éradication est moins due au vaccin qu’à l’isolement des cas (“Auparavant, il y avait une autre vaccination obligatoire contre la variole. Grâce à ce caractère obligatoire, la variole a été éradiquée de la planète et un des virus polio va être certifié éradiqué à la fin de l’année.”)
    – “Je suis favorable au maintien du caractère obligatoire de la vaccination”
    L’obligation d’un acte médical infectant sur un individu en bonne santé avec des risques et pour une efficacité incertaine contrevient formellement notamment à la loi Kouchner qui exige le consentement préalable de l’individu…

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