Psychiatrie : les "oubliés" de la douleur traités à Lyon

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L’hôpital Saint-Jean-de-Dieu est l’unique centre français accueillant les grands oubliés de la douleur que sont les patients souffrant de troubles psychiatriques. Ceux chez qui les maux psychiques se conjuguent aux maux physiques.

20 millions de Français souffriraient de douleurs chroniques plus ou moins accentuées. Dont l’origine, dans certains cas, demeure inexpliquée. Unique en France, le centre antidouleur spécialisé en psychiatrie de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu contribue à résoudre une partie de l’énigme.

La notion de douleur colporte son lot d’idées reçues contre laquelle la médecine n’a de cesse de se battre et d’évoluer. « On prétendait, il y a 30 ans à peine, que les nourrissons ne souffraient pas », rappelle ainsi Nathalie Aulnette. La directrice de la Fondation APICIL, organisme dédié au financement de la lutte contre la douleur, illustre tout le chemin parcouru vers la reconnaissance de la souffrance comme une pathologie à part entière.
Les consultations antidouleur, aujourd’hui, sont très répandues en milieu hospitalier. L’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, à Lyon, est toutefois le seul en France à proposer une évaluation et un traitement de la douleur en psychiatrie. « Nous sommes un peu le dernier recours. Nous recevons des patients pour qui l’ensemble des explorations n’a pas abouti », explique le médecin algologue du centre, le docteur Eric Bismuth. L’équipe pluridisciplinaire s’attache à résoudre l’énigme des souffrances ressenties par les grands ‘’oubliés’’ de la douleur. Ceux chez qui les maux psychiques se conjuguent aux maux physiques. « La douleur est une sensation mais aussi une émotion. Psyché et soma sont forcément intriqués », confirme la directrice de la fondation Apicil, qui a soutenu financièrement le projet dès son origine, en 2007 (37 000€ au total).
Le patient, qu’il soit adressé par un centre médico-psychologique (CMP) ou par son médecin, est d’abord reçu conjointement par un algologue et un psychologue. Le début d’une prise en charge pouvant s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années, et durant laquelle divers spécialistes peuvent être sollicités. Initiée par le médecin-chef du département de médecine somatique de l’hôpital, le dr Jean-Pierre Lassaigne, et soutenue par l’Agence Régionale de Santé, cette consultation douleur en psychiatrie unique en son genre est aujourd’hui victime de son succès. La prise de rendez-vous, aujourd’hui, est en effet à 3 mois, contre 3 semaines en 2009, avec plus de 2000 prises en charge recensées entre janvier et septembre 2014. L’illustration d’une véritable attente médicale. Et d’un exemple à suivre…

Traitement douleur psychiatrie
Le docteur Jean-Pierre Lassaigne, la directrice de la Fondation APICIL Nathalie Aulnette et le médecin algologue Eric Bismuth.

A SAVOIR

Le Centre régional d’évaluation et de traitement de la douleur en psychiatrie de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu (établissement spécialisé en psychiatrie) accueille les patients de tous âges présentant des troubles psychiatriques ou psychologiques. Composée d’une dizaine de personnes, l’équipe du centre regroupe des médecins (algologue, psychiatre, neurologue, rhumatologue), des cadres de santé, des infirmiers, un psychologue, un ostéopathe et un psychomotricien.
Contact 04 37 90 11 20 (ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h).
Plus d’infos sur www.arhm.fr

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1 COMMENTAIRE

  1. Mon dieu comme ils sont choux !
    Et une photo d’église juste au-dessus … pour y faire dire une petite messe en l’honneur des défunts patients qu’il traitent ?
    Je ne plaisante pas, hélas ! En effet, « Le Quotidien du Médecin » a récemment publié le résultat d’une étude alarmante sur le taux de mortalité en psychiatrie. Elle a été réalisée par la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale du Nord-Pas-de-Calais, comparant les causes de décès de plus de 4000 patients psychiatriques avec ceux de la population générale.
    Utilisant les certificats de décès de l’INSERM, l’étude rapporte que le taux de mortalité en population psychiatrique est 3 à 4 fois plus élevé qu’en population générale, et peut même être jusqu’à 20 fois supérieur chez les sujets entre 35 et 54 ans.
    Sur la période étudiée étalée sur 5 ans, 473 patients sont décédés, soit un taux de 10,7%. Dans la moitié des cas les décès sont survenus non pas à cause des soi-disant pathologies psychiatriques, mais suite à des problèmes cardiovasculaires et pulmonaires. Le taux de suicide y est 20 fois plus fréquent qu’en population générale, et les décès d’origine accidentelle sont quant à eux 10 fois plus fréquents.
    Cela signifie qu’une personne traitée en psychiatrie aurait plus de chances de mourir qu’une personne non traitée vivant dans la population générale.

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