Ressortir de chez-vous, ça vous fait peur ? Difficile de retrouver des repères après deux mois de huis-clos forcé... ©Shutterstock

Après presque deux mois de confinement, la vie reprend progressivement son cours. Mais quels impacts ces 55 jours de huis-clos ont-ils eu sur notre santé mentale ? comment retrouver sa “vie d’avant” sans stress ? Pourquoi suis-je perturbé ? Psychologue clinicien à Lyon, Guillaume Chaboud revient sur les effets du confinement et nous explique comment affronter sereinement le déconfinement.

Nous sortons de deux mois de confinement. À l’heure du déconfinement, quels effets cet « enfermement » aura eu sur notre santé mentale ?

L’être humain n’est pas fait pour être enfermé. Il a besoin de voir du monde, de créer du lien social. Pour la plupart le virus a moins été une préoccupation que les difficultés liées à la contrainte : je ne peux plus faire ce que je veux, je ne peux plus sortir, je ne peux plus voir mes amis. Or le propre de l’être humain est d’avoir envie de faire ce qu’on lui enlève. On a coutume de dire que la solitude n’est supportable que quand on l’a choisi. C’est aussi vrai pour la vie en commun. Ces semaines de huis-clos ont inévitablement provoqué des tensions et les relations bancales ou difficiles avant le confinement se sont fragilisées. Au-delà, nous avons pris conscience qu’il y avait des choses plus fortes que nous qui nous obligent à nous adapter. Et ça a été d’autant plus violent qu’il s’est agit de notre santé.

 

Déconfinement : vers une hausse des dépressions ?

Comme cela a été le cas en Chine, va-t-on assister à l’apparition de troubles de stress post-traumatique (TSPT) ? 

Parler de troubles de stress post-traumatique me semble excessif. En revanche, il est probable que l’on assiste à une augmentation de la prévalence de syndromes de stress aigü et de dépression. Pendant le confinement, nous avons déjà observé une augmentation globale du niveau d’anxiété. Particulièrement chez les patients qui étaient déjà fragiles et les gens seuls qui ont subit cette situation.

 

Quid des personnes qui ont perdu un proche et n’ont pas pu assister aux obsèques ?

L’absence de rituels de deuil complique le travail psychique nécessaire à l’intégration et à l’acceptation de la perte de l’autre et on peut s’attendre à un risque de recrudescence de pathologies du deuil, parfois compliquées de syndromes psychotraumatiques. C’est encore trop tôt pour l’affirmer mais on peut penser que quantité de gens vont décompenser quand tout sera terminé et que l’on aura alors, un pic de détresse.

 

Déconfinement : comment vivre sans se méfier de l’autre ?

Pensez-vous que cette période va nous marquer profondément ?

Dans l’ensemble, les Français ont été résilients. Ils ont trouvé des modes d’adaptation, ont réinventé quelque chose qui leur convenait mieux, faisant naître de nouvelles solidarités et inventant d’autres formes de communication. Néanmoins, il va y avoir chez beaucoup une forme de désillusion. Désillusion parce que nous ne sommes pas intouchables ni tout puissants. Certains ont réalisé, à la lumière de cette pandémie, que le monde est dangereux, qu’il peut être hostile à l’humain. Or la perception réelle et immédiate de notre fragilité peut-être anxiogène.

 

Nous allons désormais vivre en sachant que, potentiellement, être en contact avec quelqu’un d’autre est dangereux. Est-ce que cela ne va pas engendrer de la méfiance ?

C’est effectivement un risque. On se rend compte que pour une grande partie des Français, le confinement n’a pas été une partie de plaisir mais qu’ils ont trouvé des moyens de s’adapter. Maintenant on se trouve dans une phase de déconfinement avec des gens qui n’ont pas vécu le même confinement selon qu’ils étaient dans une maison avec jardin ou dans un petite surface sans balcon. Mais aussi selon qu’ils ont continué de télétravailler ou qu’ils ont connu le chômage partiel, voire que leur activité ait été supprimée s’ils étaient commerçants ou restaurateurs.

Il y a un vrai risque que ça divise les gens car ils n’auront pas été exposés au même niveau de tension. De la même façon, porter un masque, dans nos sociétés, n’est pas naturel. On peut craindre que cela ait un impact dans les rapports humains, avec un développement d’un sentiment de méfiance.

 

Le confinement laissera des traces

Peut-on espérer retourner à notre vie d’avant ?

La majorité d’entre nous était impatiente à l’idée de retrouver sa liberté d’aller et venir comme bon lui semble. Hormis les anxieux chroniques pour lesquels la fin du confinement est un peu plus anxiogène, beaucoup ont idéalisé le déconfinement et avaient l’impression que cela allait être « comme avant ». Or il va y avoir un temps d’adaptation nécessaire car ils ont le droit de sortir certes, mais dans des conditions particulières : en étant masqué, sans pouvoir aller boire un verre avec les copains. Les générations actuelles n’ont connu aucune guerre. Elle ne sait pas ce qu’est la contrainte et supporte assez mal la frustration. Pourtant elle découvre et doit accepter que nous n’allons pas pouvoir tout faire, tout de suite.

 

Comment retrouver des repères dans un monde incertain ?

Nous sommes dans une période d’incertitude très déstabilisante qui ne s’est pas s’arrêtée avec la fin du confinement. Le monde a toujours été incertain, les virus ont toujours existé. Mais ce qui change, c’est que ce virus nous atteint nous et que nous n’avons pas, pour le moment, les moyens de le combattre. Certains relativisent et s’en accommoder, d’autres ont peur. Dans tous les cas, cela nous interroge sur notre capacité à ne pas tout à fait maîtriser la situation. Nous avons l’habitude d’anticiper, de contrôler, de prévoir… Nous allons désormais devoir accepter de naviguer à vue. De ne plus anticiper au-delà de quelques semaines, d’avoir des repères à court terme. Et pour se prémunir du climat anxiogène, je recommande de se couper de tous les systèmes d’information en continu et de réduire la connexion aux réseaux sociaux. S’informer deux fois 30 minutes par jours suffit amplement. Pour réduire drastiquement le niveau de stress, il est essentiel de ne pas se poser en consommateur passif et de reprendre le contrôle sur le type et la quantité d’informations que l’on reçoit.

 

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À SAVOIR

Quand faut-il aller consulter ? Tout changement d’humeur ou d’attitude par rapport à votre comportement habituel doit vous alerter. Surtout s’ils s’inscrivent dans le temps. Perte d’envie, d’allant, humeur maussade, repli sur soi… si vous êtes d’un naturel enjoué, ou si vous êtes d’un naturel plutôt calme, un état prolongé de sur excitation avec tendance à l’hyper activité sont des signes d’alerte qui doivent vous inciter à consulter un professionnel.

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