Du prélèvement à la transplantation, les équipes chirurgicales ont un délai très court pour agir.©DR
La greffe cardiaque permet de sauver chaque jour des vie©DR

La transplantation d’organes, malgré son caractère d’urgence, s’appuie en France sur un système parfaitement rodé. Les explications de Laurent Sebbag, médecin cardiologue à l’hôpital Louis Pradel de Lyon, où 70 greffes de cœur ou de poumon sont réalisées chaque année.

Quelles sont les greffes pratiquées à Lyon ?

Aujourd’hui, nous sommes capables de réaliser des transplantations du cœur, du poumon, du rein, du foie, du pancréas, de la cornée, de la moelle épinière, des mains… Chaque établissement lyonnais a sa spécialité : le foie et le pancréas à la Croix-Rousse, le rein à Edouard Herriot, la moelle à Lyon-Sud… A Louis Pradel, ce sont le cœur et le poumon.

''Réparer les vivants'', où comment le coeur de Simon, 19 ans, va sauver la vie d'Anne, 50 ans.©Mars Films
”Réparer les vivants”, où comment le coeur de Simon, 19 ans, va sauver la vie d’Anne, 50 ans.©Mars Films

 

Qui fait le lien entre donneurs et transplantés ?

Le nerf de la guerre, en vue d’une transplantation, est de trouver un organe disponible. En France, c’est l’Agence de la Biomédecine qui recense les donneurs potentiels dans les différents hôpitaux et décide de l’attribution des organes aux différentes équipes hospitalières, en fonction de la gravité de l’état des patients en attente d’une greffe et, bien sûr, de la compatibilité.

Quel est le délai d’attente moyen pour les patients sur liste d’attente ?

58% de la population sera greffée dans les 6 mois. Les autres patients, notamment les moins gravement atteints, pourront attendre jusqu’à 2 ou 3 ans. Mais 10% des patients figurant sur la liste d’attente meurent chaque année, faute de donneurs potentiels.

30% de la population encore opposée au don d’organes

Qui sont les donneurs ?

Il est possible, sous des conditions très strictes, d’être donneur de son vivant. Mais il s’agit la plupart du temps de patients dont la mort encéphalique, autrement dit l’arrêt irréversible du cerveau, est déclarée. Dans le cas d’un accident grave, l’équipe d’urgence va évaluer la situation et déterminer si la victime est sauvable ou non. Si ce n’est pas le cas, des examens sont effectués pour apporter la preuve qu’il peut bien être donneur d’organes, sachant que chaque personne peut donner plusieurs organes. Un entretien avec la famille est également réalisé dans tous les cas. Ceci demande du temps, et dans le cas d’une greffe, celui-ci est compté.

Peut-on refuser d’être donneur ?

La loi fait de toute personne un donneur potentiel. La seule manière de s’y opposer est de s’inscrire sur le registre des refus. Si ce n’est pas le cas, on a l’obligation de se tourner vers les proches de la victime pour leur demander si elle aurait accepté de l’être. Il arrive que l’on se retrouve face à une opposition, dans certains contextes culturels ou ethniques. Nous avons encore des refus exprimés dans 30% des cas, et l’un des enjeux de nos campagnes de sensibilisation est de faire baisser ce chiffre.

Greffe : priorité aux cas les plus graves

Le Dr Sebbag, ici avec Gérard Chantegret, transplanté il y a 16 ans, est l'un des médecins cardiologues de l'hôpital Louis Pradel, à Lyon. ©Philippe Frieh
Le Dr Sebbag, ici avec Gérard Chantegret, transplanté il y a 16 ans, est l’un des médecins cardiologues de l’hôpital Louis Pradel, à Lyon. ©Philippe Frieh

En cas d’accord, comment sont attribués les organes ?

La distribution se fat en fonction d’un tour d’accès parmi les personnes en attente, très réglementé pour éviter les problèmes d’influence. Pour les reins et le foie, il existe un système de score objectif et indépendant : chaque patient cumule des points en fonction de sa pathologie, de sa durée d’attente, etc. Bien sûr, les cas les plus graves étant prioritaires. Cet échelon de priorité nationale concerne les personnes susceptibles de décéder sous quelques jours. Pour le cas d’une transplantation cardiaque, on va nous proposer tous les cœurs disponibles en France et à l’étranger, en espérant trouver une compatibilité.

La distance influe-t-elle sur l’attribution des organes ?

En cas d’attente standard, c’est à dire sans caractère d’urgence vitale, le poids du local intervient. Une greffe d’organe, entre le prélèvement sur le donneur, le transport et la transplantation, étant une course contre la montre, on accorde ainsi plus de chances d’attribution si le donneur est local. Mais il est difficile d’en trouver : l’an dernier, sur les 37 greffes de cœur réalisées à Louis Pradel, seuls cinq donneurs étaient de Lyon.

Du donneur au greffé, une course contre la montre

Pourquoi les transplantations sont-elles plutôt réalisées la nuit ?

L’examen des organes du donneur, l’entretien avec la famille et l’organisation du déplacement peuvent prendre la journée. Et c’est la nuit que l’on a accès au bloc, que les équipes médicales sont disponibles. La journées, elles sont en effet mobilisées pour assurer l’activité chirurgicale courante. Cela nécessite beaucoup de souplesse de la part des équipes. A Louis Pradel, nous avons ainsi une dizaine de chirurgiens capables de réaliser des transplantations.

Comment s’organise la récupération des greffons ?

Lorsque l’on est prévenu de la disponibilité d’un donneur et de la probable compatibilité, le service de coordination hospitalière, basé à Edouard Herriot, organise le départ de l’équipe chargée d’effectuer le prélèvement et de ramener le cœur. Elle se compose d’un chirurgien et d’un interne, qui seront assistés sur place par du personnel dédié. L’acte de prélèvement est un geste médical relativement simple, mais il faut une réelle expertise pour apprécier la qualité du greffon, sans perdre de temps. Il arrive parfois que le chirurgien constate que l’organe n’est pas bon. Du coup, le patient, qui a entretemps été convoqué et préparé, doit rentrer chez lui. Cela se produit en moyenne une fois pour chaque patient.

Pourquoi le transport d’organes se fait-il le plus souvent en avion ?

Le temps est un facteur clé. Le cœur ne peut pas être privé de sang plus de 4 heures. Il faut compter le temps du prélèvement, le transport du greffon et le retour. Lorsque le donneur est dans un rayon de 2 heures, on peut effectuer le trajet en voiture. Mais la plupart du temps, c’est en avion, au départ de Lyon-Bron, où une compagnie aérienne spécialisée assure cette mission vitale. La France est vaste, et ces vols sont indispensables à l’activité de transplantation. Il arrive parfois que l’on ne puisse pas décoller, en cas de mauvaises conditions. Dans ce cas là, le cœur peut être attribué en urgence à un autre patient, dans un autre établissement : voilà pourquoi il est essentiel d’être toujours prêt.
Plus d’infos sur le site de la fédération nationale des greffés du cœur et du poumon

*Réalisé par Katell Quillévéré et adapté du bestseller de Maylis de Kerangal, le film ‘’Réparer les vivants’’ met en scène Tahar Rahim et Emmanuelle Seignier autour d’une histoire de transplantation cardiaque (sortie le 2 novembre 2016).

A SAVOIR


C’est un colloque pluridisciplinaire qui, à l’hôpital, valide l’inscription du dossier d’un candidat à la transplantation sur le fichier de l’Agence de la Biomédecine. En 2015, 21 464 personnes figuraient sur cette liste d’attente.
Selon la Fédération des Associations pour le Don d’Organes et de Tissus Humains, 5746 patients ont été transplantés en 2015, dont 471 du cœur, 345 des poumons, 1355 du foie, 2486 du rein, 78 du pancréas et 3 de l’intestin.
Le nombre de transplantation a augmenté de 30% en dix ans, passant de 4428 en 20065 à 5746 en 2015. Sur cette période, 49198 personnes ont bénéficié d’une greffe. On estime à plus de 57000 le nombre de personnes porteuses d’un greffon en France, depuis la généralisation des transplantations à partir des années 80. La qualité des traitements anti-rejet permet à certains patients de franchir la barre des 30 ans de greffe.

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