Thérapie Jeux vidéo
Certains psychologues utilisent les jeux vidéo pour faire de la médiation thérapeutique. © Canva

La médiation thérapeutique par le jeu vidéo consiste à proposer un objet qui permet aux personnes de passer par le jeu pour pouvoir s’approprier des expériences douloureuses. Quid de cette pratique avec Guillaume Gillet, psychologue clinicien et psychothérapeute lyonnais.

Lorsque dans le domaine de la santé la question des jeux vidéo est soulevée, des clivages apparaissent. Avec d’un côté les plus sceptiques, presque technophobes (contre les technologies), qui accusent le dispositif comme étant à l’origine de divers maux, dont l’addiction par exemple. Et de l’autre côté, au contraire, les technophiles (passionnés de technologies) qui vantent les mérites de l’objet ludique.

Au milieu de tout cela, il y a ceux qui s’intéressent à la relation à l’autre par la machine.  Des psychologues qui utilisent alors le jeu vidéo comme un objet de médiation. Cela dans le but d’aider les gens à s’approprier subjectivement des vécus qu’ils n’ont pas pu transformer.

 

Plusieurs modèles de la médiation par les jeux vidéo

La médiation par les jeux vidéo existe sous plusieurs modèles qui dépendent de l’approche théoriques à laquelle le thérapeute se réfère. Guillaume Gillet utilise “l’approche psychodynamique de la médiation thérapeutique” développée par le Centre de recherche en Psychopathologie et Psychologie Clinique (CRPPC) de l’Université Lumière Lyon 2.

Dans cette approche, l’objet de médiation s’utilise comme un moyen de contourner les difficultés auxquels une personne peut être confrontée lorsqu’elle souffre. C’est un objet par le détour duquel le patient va parler tout en jouant. Cela va lui permettre d’aborder ce qui le souffrir sans que cela se fasse de manière frontale et donc moins violente. Au fond la médiation thérapeutique consiste à offrir les conditions permettant de revivre de manière non-traumatique des expériences traumatiques.

Aussi, ce modèle permet au patient d’accepter d’être en lien avec quelqu’un par le biais d’un objet. Il peut de cette manière, déposer, transférer ou déplacer un certain nombre d’enjeux de sa vie sur l’objet de médiation. Guillaume Gillet explique qu’en jouant “cela permet à la vie psychique du patient d’être matérialisable, saisissable et plus manipulable pour parvenir à y trouver une issue”.

© Charlène Robert / Canva

Des jeux adaptés aux patients

Les psychologues travaillent généralement en fonction de ce qu’ils savent de la personne. Ainsi, sur la médiation par le jeu, il y a une réflexion autour du type d’interface, autour de la manette mais aussi du logiciel proposé.

Il faut que le jeu soit suffisamment proche de la problématique du patient pour qu’il puisse transférer sa vie psychique sur cet objet. Il faut être attentif vigilant au choix du jeu en fonction du patient. Comme l’explique le psychologue, “Dans certain cas, avec un enfant qui est très agité, il ne lui sera pas proposé un jeu de running, où les personnages courent tout le temps et où il faut énormément de réflexes, car cela pourrait risque d’accentuer l’excitation. Il utilisera le jeu pour s’agiter et non pas pour penser“.

 

La médiation par le jeu, une pratique d’initiés

S’il ne faut pas être un expert des jeux vidéo il faut néanmoins avoir des connaissances sur l’objet de médiation. Comme avec tout objet artistique, il est plus facile de prendre en main un objet lorsqu’on l’apprécie soi-même et que l’on a vécu soi-même des expériences de transformation.

Mais il n’est pas exclu que dans des groupes de psychothérapeutes, l’un s’y connaisse tandis que l’autre pas. “Cela peut être intéressant car celui qui est naïf sur les jeux ne sera pas forcément influencé par le filtre de ce que l’autre aura déjà appris. Cela permet d’avoir des regards croisés.

 

La médiation va plus loin que la relaxation

Si certains jeux sont utilisés et conseillés pour leurs vertus relaxantes, comme l’explique Guillaume Gillet, “cela n’apaise que temporairement”. Pendant le soin, dans le modèle de la médiation thérapeutique par le jeu vidéo, il y a des composantes de la relation du joueur/patient qui vont se loger dans le jeu. Cela va permettre d’avancer avec le psychothérapeute.

En fonction des problèmes du patient, les médiations ne se dérouleront pas de la même manière.Le psychologue nous explique que  pour une personne atteintes de troubles anorexiques graves, les séances pourront être faites uniquement de jeux, pour leur faire accepter qu’elles peuvent prendre du plaisir sans se sentir coupable”.

 

Les apports de la médiation par le jeu

Avec certains patients, il est possible d’utiliser des jeux où le personnage fait de mauvais choix, prends des directions douteuses, voire mauvaises. Les psychothérapeutes utilisent ces jeux avec des personnes qui ont des problèmes avec l’agressivité, et la confiance en eux. Guillaume Gillet explique que cela permet de montrer “des situations d’agressions où il n’y a pas de représailles. Le but étant de leur faire comprendre qu’il n’y a pas de raisons de se sentir coupable. Et ce, lorsque c’est un jeu et que l’agressivité ne détruit pas tout.”

La médiation thérapeutique par les jeux vidéo est encore peu exercée en France. D’autres modèles d’utilisations du jeu vidéo en terme de soins thérapeutiques existent. Des modèles tels que les approches cognitivo-comportementales qui utilisent des logiciels de réalité virtuelles.

 

À SAVOIR

La médiathérapie n’est pas une pratique nouvelle. Elle est apparu lorsque les praticiens ont constaté que le face à face ne fonctionnait pas sur tous patients. Il existe un modèle standard de la médiation thérapeutique. Ainsi, Il est possible de faire presque de tout en médiation : du poney, de la boxe, au dessin...Il y a alors un fond commun à toutes ses médiations mais des spécificités en fonction de l’objet étudié.  

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