Selon Jean Yves Grall, directeur de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes, la sortie de crise semble accessible mais "personne ne peut prédire l'apparition d'un variant qui échapperait à la vaccination". ©P.Auclair

Directeur général de l’Agence régionale de santé, le docteur Jean-Yves Grall coordonne depuis février 2020 la lutte contre l’épidémie de coronavirus en Auvergne-Rhône-Alpes. Une mission à la fois passionnante et éprouvante. Il revient sur cette année et demie de mobilisation et évoque la sortie de crise. Sans certitude.

Bientôt un an et demi de pandémie de Covid-19 en France. Pensiez-vous au printemps 2020 vivre une épreuve d’aussi longue haleine ?

Honnêtement, non. D’autant qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, on a été confronté à la Covid-19 dès le 7 février 2020 avec le premier cluster en Haute-Savoie. Depuis, nous sommes sur le pont ! Nous n’imaginions pas que cela durerait aussi longtemps et rien ne dit que c’est fini…

 

Et durant ce laps de temps, vous avez dû traverser plusieurs crises…

Effectivement, nous avons connu la phase de découverte de l’épidémie, au printemps 2020, avec les premiers clusters et un impact hospitalier assez modéré. La deuxième vague, à partir de la mi-août 2020, avec une accélération majeure en début d’automne, a été beaucoup plus brutale. Auvergne-Rhône-Alpes s’est retrouvé dans l’œil du cyclone. Les taux d’incidence sont montés très vite. Ils ont sextuplé en un mois, entre le 1er octobre et le 1er novembre. Parallèlement, les besoins en réanimation ont augmenté de manière exponentielle, au point de se retrouver devant une situation extrêmement préoccupante au niveau des capacités de réanimation. Heureusement, la mobilisation de tous a permis de surmonter cette deuxième vague très puissante. 

 

Avec du recul, avez-vous compris pourquoi la région Auvergne-Rhône-Alpes avait été autant impactée par la deuxième vague, à l’automne dernier ?

Il n’y a pas de véritable explication. Juste des supputations. La première vague avait été plutôt modérée dans notre région. Peu d’habitants de certaines zones avaient été en contact avec le virus. Il y a donc eu peut-être un effet naïf, comme en Auvergne, par exemple, beaucoup plus touchée en seconde vague., Il y a eu également le phénomène de conurbation, notamment entre Lyon et Saint-Etienne.

 

“Je retiens le courage et l’implication du monde hospitalier”

Qu’avez-vous appris durant cette période et ces crises sanitaires successives ?

Beaucoup de choses… et nous continuons d’apprendre ! Je retiens d’abord la résilience, le volontarisme, le courage et l’implication totale du monde hospitalier. Rien n’aurait été possible sans la mobilisation sans faille de tous établissements de santé, publics et privés. Je retiens aussi la formidable capacité d’adaptation des équipes de l’Agence régionale de santé, au siège comme dans les délégations départementales. Nous avons su travailler de manière réactive et pragmatique. Ensuite, il faut saluer la coopération exemplaire entre tous les services de l’Etat pour faire face à cette crise inédite. En Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons ainsi pu travailler en totale synergie avec le préfet de Région et les préfectures départementales. Nous avons appris à nous connaître, à œuvrer ensemble de manière coordonnée pour porter haut, je trouve, les couleurs de l’Etat. Une cohésion exemplaire.

Cela étant, les ARS ont pu parfois injustement être mises en cause sur des sujets pour lesquels elles n’avaient pas directement la main comme la gestion des masques ou les données de suivi de l’épidémie.

 

Vous semble-t-il que les ARS ressortent renforcées de cette crise sanitaire ?

Il me semble, en tous les cas en Auvergne-Rhône-Alpes, que l’Agence régionale de santé est mieux connue. Elle a su faire face aux vagues successives en mobilisant et en coordonnant tous les acteurs de santé du territoire. Je crois que tout le monde reconnaît que nous avons su gérer, comme je le dis souvent en forme de clin d’œil, avec « OMS » : Ordre, Méthode, Sang-froid.

 

Covid-19 : “les décisions que nous avons pu prendre ont été adaptées”

Avez-vous des regrets par rapport à la gestion de la crise Covid depuis son déclenchement ?

Des regrets, je ne sais pas à ce stade. Nous sommes encore pleinement dans la gestion de la crise et il faudra analyser tout ceci en temps voulu. J’ai toujours envisagé les choses de la façon la plus pragmatique et réaliste possible. Vue la violence du phénomène, il me semble que les décisions que nous avons pu prendre ont été adaptées.

 

De nombreuses opérations ont été déprogrammées en raison de l’encombrement des services de réanimation. Ne craignez-vous que cette priorité absolue donnée à la Covid soit préjudiciable à moyen terme ?

Je ne pense pas. Les déprogrammations ont été décrétées pour deux raisons différentes. Durant la première vague, il fallait gérer le matériel, de consommables, d’équipements de protection, de produits anesthésiques. La problématique de la deuxième vague était différente. Il fallait augmenter nos capacités de réanimation en libérant du personnel via la déprogrammation d’opérations non urgentes. Nous avons ainsi pu passer de 560 à près de 1230 lits de réanimation en un mois. Au plus fort de la crise, ce sont 80 personnes qui étaient admises chaque jour en réanimation pour Covid. Ce sont les transferts inter ou intra régionaux, ainsi que les déprogrammations, qui nous ont permis de ne pas être submergés par la vague. Nous n’avions pas le choix. Donc, j’assume totalement les mesures activées dans le cadre du Plan Blanc, sachant que ces déprogrammations ne concernaient pas notamment la cancérologie, les greffes et les opérations urgentes. En tout état de cause, la décision finale de maintenir ou non une opération programmée revenait à chaque médecin en fonction du caractère vital de l’opération ou de la perte de chance engendrée par un report.

 

“Personne ne peut prédire un variant qui échapperait à la vaccination”

Avec la fin du confinement, ne craignez-vous pas un « remake » de l’été 2020 avec un relâchement synonyme de reconfinement à l‘automne ?

Oui et non. Oui, car le virus de la Covid-19 circule toujours et le moindre respect des gestes barrières, associé à l’inconnu de nouveaux variants, fait planer la menace d’une reprise de l’épidémie. Non, car la campagne de vaccination porte déjà ses fruits, notamment chez les personnes âgées et les plus fragiles, et sa montée en puissance devrait réduire considérablement les risques de formes graves et donc d’encombrement des services hospitaliers. Cependant, personne ne peut prédire l’apparition ou non d’un variant qui échapperait à la vaccination. D’où la nécessité de conserver les gestes barrières, le port du masque, le lavage des mains, la distanciation sociale… C’est juste du bon sens.

 

Mais alors, quand retrouvera-t-on une vie normale, sans masque ni contrainte sanitaire ?

Difficile de répondre. Dans un avenir, même proche, on portera moins le masque notamment en plein air. Il sera recommandé sans doute de façon plus ciblée et plus circonstanciée.

 

En conclusion, quel enseignement retenez-vous de cette crise sanitaire liée à la Covid-19 ?

Une chose basique, mais que nous avons (re)découvert depuis le printemps 2020 : les gestes simples d’hygiène collective et l’importance de la vaccination. Il ne faudra pas l’oublier pour prévenir les futures épidémies.

 

À SAVOIR

Le docteur Jean-Yves Grall est le directeur de l’Agence régionale de Santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, partenaire du groupe Ma Santé. Les agences régionales de santé sont chargées du pilotage régional du système national de santé. Elles déclinent les politiques nationales du ministère de la Ministère de la Santé et les adaptent en fonction des spécificités des régions.

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