"L’amiante continue de tuer en France"

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L'amiante est à l'origine de nombreux cancers
L'amiante continue de tuer en France ©Manuguf

A l’origine de nombreux cas de cancers, l’amiante continue de tuer en France, de nombreuses années après son exposition. Quelles sont les pathologies les plus fréquentes ? Comment les détecter ? Les explications du docteur Vincent Bonneterre, praticien hospitalier en médecine et santé au travail à Grenoble.

A l’origine de nombreux cas de cancers en France, l’amiante continue de tuer de nombreuses années après son exposition. Quelles sont les pathologies les plus fréquentes ? Comment les détecter ? Les explications du docteur Vincent Bonneterre, maitre de conférence, praticien hospitalier en médecine et santé au travail, en charge du centre de consultations de pathologies professionnelles et environnementales du CHU de Grenoble.

Quelles pathologies peut-on développer lorsque l’on a été au contact de l’amiante au cours de sa carrière ?

Bien entendu, les maladies que l’on redoute le plus sont les pathologies cancéreuses touchant principalement le poumon ou son enveloppe, la plèvre, ou celles qui peuvent engendrer une insuffisance respiratoire. Il peut s’agir d’une fibrose du poumon appelée « asbestose », voire d’une fibrose de la plèvre qui empêche le poumon de s’expendre correctement. Néanmoins, et fort heureusement, les atteintes les plus fréquemment liées à l’amiante sont des affections considérées comme bénignes: les fameuses « plaques pleurales » que l’on considère parfois davantage comme un marqueur d’exposition que comme une réelle pathologie.

De quoi s’agit-il ?

Les plaques pleurales sont des épaississements de la plèvre, l’enveloppe du poumon. Leur dépistage est parfois fortuit, ou parfois détecté chez les gens exposés à qui l’on fait des scanners de dépistage. Schématiquement, les fibres d’amiante inhalées peuvent migrer au sein du poumon et irriter la plèvre. Cela produit alors des sortes de cicatrices. Il n’y a pas de douleur, ni d’altération de la fonction respiratoire. On retrouve ces plaques chez des personnes qui ont été exposées professionnellement, mais aussi pour des expositions familiales (des épouses ayant nettoyé les bleus de travail des maris par exemple), ou des expositions environnementales.

 

La fibrose, à l’origine d’insuffisances respiratoires

Les épanchements sont-ils des atteintes plus sérieuses ?

Les épanchements pleuraux (appelés aussi pleurésies) correspondent à la présence de liquide entre les deux feuillets de la plèvre, provoquée par une inflammation. Leur répétition peut engendrer une fibrose de la plèvre et le poumon n’a plus autant de souplesse pour suivre la cage thoracique. Il faut se méfier que ces épanchements ne soient pas un signe avant-coureur de mésothéliome (une tumeur de la plèvre).

Les fibroses pulmonaires sont-elles fréquentes ?

Historiquement, il s’agit de la première pathologie attribuée à l’amiante au début des années 1900. Les fibroses pulmonaires (asbestoses) se rencontrent chez les gens très exposés, par exemple ceux qui travaillaient dans la production de textiles en amiante, sur les chantiers navals, ceux qui réalisaient du calorifugeage ou qui ont usiné beaucoup d’amiante-ciment . Il y a différents degrés de gravité en fonction de l’importance de la fibrose : de peu de symptômes à l’insuffisance respiratoire. Du fait des mesures prises progressivement pour réduire l’usage de l’amiante et diminuer les expositions, avant même son interdiction en 1997 en France, on voit moins ce type de cas aujourd’hui, et surtout ils sont beaucoup moins graves. Mais ils peuvent se révéler de façon très tardive. On rapporte des cas intervenus 40 ans plus tard.

Quels sont les cancers les plus fréquents liés à l’amiante ?

Les pathologie cancéreuses les plus fréquentes sont le cancer du poumon (lien retenu depuis les années 1950) et celui de la plèvre qu’on appelle mésotheliome (cas décrits surtout depuis les années 1960). Le mésothéliome est la maladie emblématique de l’amiante : on estime que 80% des cas environ lui sont attribuables. Cette exposition est d’origine très majoritairement professionnelle. Les secteurs les plus associés sont les chantiers navals, la transformation de l’amiante, les travailleurs du BTP (plombiers, électriciens, etc), les chaudronniers, les soudeurs, les travailleurs de  la chimie, de la métallurgie. Ils peuvent encore se découvrir malades 30 ou 40 ans après. C’est une pathologie qui est très surveillée. En effet, il existe en France depuis 1998, un programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM) et depuis peu (janvier 2012) c’est une maladie à déclaration obligatoire, suivie par l’InVS (Institut de veille sanitaire). Actuellement, ce sont encore environ 800 nouveaux cas par an en France chez les hommes et 300 cas chez les femmes.
Les cancers du poumon sont plus fréquents encore. Il n’existe pas de « signature » permettant de savoir si le cancer est lié principalement à l’amiante ou à une autre cause comme le tabagisme, mais on sait qu’il existe une synergies de ces deux toxiques, ce qui aboutit presque à un risque multiplicatif.
Enfin, plus récemment, il a été reconnu que certains cancers du larynx, mais aussi de l’ovaire pouvaient être reliés à l’amiante.

De multiples professions ont été exposées à l’amiante

Les risques d’exposition se limitent-ils aux entreprises répertoriées comme ayant exposé leur salariés à l’amiante ?

Non, bien sûr, il n’y a pas que dans les sociétés répertoriées comme telles que les travailleurs ont été exposés à l’amiante. On sait ainsi que les artisans retraités ont été plus fréquemment exposés que les salariés. La nature des expositions peut être très variable : on rencontre des artisans qui ont utilisé un morceau d’amiante pour protéger leurs soudures, et de nombreux artisans du BTP exposés soit par leur propre activité, soit par le voisinage d’autres corps de métier, des mécaniciens automobiles, etc. Il ne faut donc pas considéré que seules les grandes entreprises, certes associées à davantage de bruit médiatique, ont été responsables d’une exposition à l’amiante. Il y a aussi des “niches” : les prothésistes dentaires par exemple ont utilisé de l’amiante dans leur cylindres utilisés pour couler les prothèses métalliques à haute température. Ils peuvent donc également développer des pathologies.

Peut-on espérer, alors que l’interdiction de l’amiante est loin derrière nous (1997 en France), avoir passé le pic des des déclarations de ces maladies ?

Nous espérons l’atteindre mais pour les mésotheliomes, le dernier bulletin épidémiologique publié par l’Institut de Veille sanitaire indique qu’il ne l’avait pas encore été. Le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année n’a pas encore clairement commencé à baisser.

Est-on aujourd’hui à l’abri de “tomber” sur de l’amiante dans l’exercice de son métier ?

Bien qu’interdite, l’amiante est encore présente dans certains matériaux, et des gens sont aujourd’hui encore forcément amenés à intervenir pour la déposer. La dépose et l’intervention sur ce type de matériaux sont désormais très “procédures” (plans de démolition, retrait ou confinement d’amiante). Néanmoins, il est toujours possible d’ignorer la présence d’amiante et d’usiner des matériaux contenant de l’amiante.

 

A savoir

L’amiante est une fibre minérale naturelle massivement utilisée pendant plus d’un siècle, dans des milliers de produits à destination industrielle ou domestique, pour ses performances techniques remarquables associées à un faible coût. Interdit en France depuis 1997, l’amiante est toujours présent dans les bâtiments construits avant cette date. Des dizaines de millions de mètres carrés de matériaux amiantés sont encore en place (source: inrs).

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