L'orgasme féminin véhicule beaucoup d'idées reçues
L'orgasme, un objet du désir souvent inassouvi par de nombreuses femmes ©Unplash

Plus rare, plus intense, réservé aux femmes matures… autant d’idées reçues sur l’orgasme ”vaginal” que l’urologue et sexologue lyonnaise Béatrice Cuzin fait voler en éclat.

Peut-on distinguer l’orgasme clitoridien de l’orgasme vaginal ? Au final, n’est-ce pas une même contraction du vagin ?

Tout à fait. On a expliqué aux femmes qu’elles étaient soit clitoridiennes soit vaginales. Mais en réalité, comme l’ont démontré les travaux de l’australienne Hélène O’Connell, le clitoris est un organe de 10 cm de long ! Pendant des années, on l’a réduit au gland, mais il se prolonge en interne et sa racine traverse l’urètre jusqu’au vagin. La stimulation du clitoris peut être donc interne ou externe. Quand le clitoris est stimulé, le bouton se gorge de sang mais les parois du vagin contiennent elles-aussi des corps érectiles.

Nous ne sommes donc pas ou clitoridiennes, ou vaginales ?

Non, anatomiquement, il n’y a aucune raison pour que nous soyons ou l’un ou l’autre. Nous pouvons potentiellement atteindre l’orgasme par ces deux stimulations du clitoris. C’est simplement que l’une est interne et l’autre externe. Tout cela dépend de la curiosité de chacune et des expériences positives ou négatives que l’on a vécues.

Orgasme, cherchez la pôle position !

On considère souvent que la sexualité des femmes « clitoridiennes » serait plus immature que celle des femmes « vaginales » : le fruit d’une longue histoire d’oppression de la sexualité féminine ?

Ce point de vue est très freudien. Freud disait que les femmes avaient peur de la pénétration vaginale, et que seules les plus matures s’y intéressaient, un peu comme si c’était le saint graal. Puis quand la sexologie a commencé à se développer, on a présupposé que la pénétration faisait simplement plaisir aux hommes, et que les femmes préféraient les caresses clitoridiennes. Encore une erreur !
Certains experts ont même théorisé sur ce sujet en essayant de déterminer la durée idéale d’un rapport avec pénétration, qui ne devrait selon eux pas excéder un certain nombre de minutes. A l’inverse, un médecin tchèque a réalisé une étude sur une large cohorte de femmes et en a conclu que celles-ci prenaient plus de plaisir lorsque la pénétration durait plus longtemps.
Bref, les médecins se projettent beaucoup sur ce thème ! En réalité, chacune développe ses propres préférences en fonction de ce qu’elle ressent comme agréable ou parfois désagréable (par exemple, la position du missionnaire lorsqu’on a un stérilet peut être douloureuse car le pénis vient taper sur le col de l’utérus, ndlr).

Est-ce vrai que moins de femmes atteignent l’orgasme dit vaginal ?

Non, il n’y a pas de chiffres précis là-dessus et l’orgasme vaginal n’est pas plus compliqué à atteindre. On peut être l’un ou l’autre à certains moments de sa vie. Cela peut aussi être une question culturelle. En Afrique par exemple, le jeu clitoridien est peu présent dans le couple, d’autant plus que de nombreuses femmes sont malheureusement excisées. Ce qui est important c’est que les deux partenaires puissent dire ce qu’ils aiment pour faire gagner du temps à l’autre. Il existe tant de manières de stimuler le clitoris !  De plus, le cerveau est formaté et peut aimer tel ou tel type de stimulation.

Orgasme, trouver la zone G

Est-ce que l’un des deux orgasmes est plus puissant que l’autre ?

Non, tout cela est très subjectif. L’intensité dépend avant tout de la manière dont la femme ressent cet orgasme, et cela est aussi très lié à la personne qui lui donne.

Existe-t-il des zones à stimuler dans le vagin pour parvenir plus vite au plaisir ?

Il existe une zone G pas un point G. Ce point se trouve à quelques centimètres de profondeur (pas besoin d’un grand pénis !), sur la face antérieure. Les positions où la verge vient appuyer à l’entrée du vagin, vers le haut, stimulent cette zone.

Connaître son anatomie pour mieux jouir

Est-ce que les caresses pendant la pénétration peuvent être un bon moyen de développer le plaisir vaginal ?

Oui, cela peut aider à le découvrir. Cela correspond plus ou moins aux exercices que l’on peut faire avec des boules de geisha. On observe que si l’on appuie sur le clitoris pendant la pénétration, cela va entraîner une contraction du vagin et donc accentuer le plaisir.

Avez-vous d’autres conseils à prodiguer à nos lectrices (et nos lecteurs !) ?

En premier lieu, je dirais qu’il est essentiel que chacune apprenne à mieux connaître son anatomie. Ensuite, certains kiné sexologues donnent des conseils au niveau de la bascule du bassin ou de la contraction des muscles vaginaux. Il faut aussi parfois faire le point avec un spécialiste car l’on peut souffrir de vestibulites, des douleurs à l’entrée du vagin qui limitent le plaisir. Enfin, comme je l’expliquais précédemment, les boules de geisha peuvent être une bonne porte d’entrée pour ressentir que le vagin se contracte avec une énergie vibratoire. Et bien sûr, le lâcher prise et la confiance sont essentiels pour découvrir des territoires inconnus.

Retrouvez la liste de tous les urologues de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

-25% des jeunes filles ignorent posséder un clitoris (selon le Rapport du Haut Conseil à l’Egalité)
-Le clitoris est constitué d’environ 8000 terminaisons nerveuses
-D’une femme à l’autre, le clitoris peut virer du rose pâle au noir
-Environ 80% des femmes qui ont un orgasme clitoridien affirment éprouver ensuite l’envie d’avoir un rapport par pénétration (source :« La fabuleuse histoire du clitoris », Jean-Claude Piquard, éditions H&O).

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