"5 % de tous les cancers mondiaux sont liés au HPV", explique le Dr Hélène Péré. ©freepik

Depuis le 1er janvier 2021, la vaccination contre les papillomavirus humains est étendue aux jeunes garçons âgés de 11 à 14 ans. Ces virus, essentiellement transmissibles par voie sexuelle, sont la cause de 5 % des cancers mondiaux et provoquent des milliers de décès, chaque année. Ces infections très répandues chez les filles, et pour qui les effets de la vaccination ont clairement démontré leur efficacité, le sont également de plus en plus chez les garçons. Explications.

Sur les 200 types différents de papillomavirus humains, 12 ont été déclarés comme étant à haut risques ou potentiellement cancéreux. Cancers du col de l’utérus, ORL, de l’anus, du pénis… Dès l’âge de 11 ans, avec la vaccination HPV, les garçons et filles peuvent être protégés contre ces cancers liés au papillomavirus. Touchant en grande majorité les femmes, ces cancers concernent de plus en plus la gent masculine. Sur plus de 6 300 nouveaux cas de cancers causés par le papillomavirus en France, chaque année, un tiers sont des hommes.

 

Les hommes plus susceptibles aux infections HPV

De plus en plus d’hommes sont contaminés par les différents papillomavirus humains. On constate de plus en plus de cancers du larynx ou encore de l’anus chez l’homme, quelle que soit son orientation sexuelle. « Ils sont plus susceptibles que les femmes aux infections HPV », explique la Dr Hélène Péré, virologue à l’HEGP à Paris. En effet, les infections sont plus fréquentes chez les hommes tout au long de leur vie. La cause ? Ils sont moins bien armés que les femmes car leur immunité naturelle est moins efficace. « Ces infections peuvent-être transmises malgré l’usage de préservatifs avec des sextoys ou encore la pratique du sexe oral », continue la docteur.

La plupart de ces infections sont asymptomatiques et sont éliminées naturellement. Mais lorsque l’infection persiste à cause des HPV à haut risques, elle peut entraîner le développement de lésions pré-cancéreuses puis par la suite des cancers. « Il faut 10 à 20 ans avant le développement potentiel d’un cancer. Un chemin long entre l’infection et le développement du cancer », explique la docteur Hélène Péré.

Aujourd’hui chez les hommes, 50 % des cancers du pénis sont associés au HPV. En France, en 2015, 1060 hommes ont eu un cancer de l’orophynx, 360 un cancer de l’anus, 300 un cancer de la cavité orale, du larynx et du pénis, en lien avec le papillomavirus.

 

La vaccination HPV mixte a débuté en janvier 2021

En janvier 2021, plus de 420 millions de doses de vaccins HPV ont d’ores et déjà été distribuées. Actuellement, 33 pays comme l’Australie, les Etats-Unis, la Belgique ou encore l’Italie ont déjà installé une vaccination HPV mixte dans leur programme de vaccination. En France, la recommandation de l’élargissement de la vaccination HPV aux garçons avait été ajoutée au calendrier vaccinal 2020. La mise en oeuvre effective était prévue au 1er janvier 2021.

La vaccination HPV est recommandée à l’ensemble des adolescents filles et garçons, aux mêmes âges et aux mêmes modalités. De 11 à 14 ans révolus avec deux doses. Un rattrapage est possible entre 15 et 19 ans révolus avec 3 doses. Les autres modalités de cette vaccination restent inchangées.

En se vaccinant, un garçon se protège lui-même mais également les autres. Au-delà de sa propre protection, un garçon vacciné permet de protéger les filles non-vaccinées et permet de freiner la transmission des papillomavirus au sein de la société. Vacciner les garçons est donc un frein mais l’augmentation de la couverture vaccinale des filles reste la priorité.

 

La vaccination HPV fait débat

Alors que plus de 75 % de la population interrogée est favorable à la vaccination en générale (d’après le Baromètre Santé 2017), 40 % sont défavorables à certaines vaccinations dont 4,9 % à la vaccination HPV. Un constat qui met en lumière les questions que se posent les parents. Hésitants, ils ne savent pas si vacciner leurs enfants contre le HPV n’est pas dangereux. Un manque d’informations, de fausses croyances et certaines convictions de professionnels de santé peuvent être à l’origine de ces hésitations. Des doutes qui subsistent même avec les nombreuses études scientifiques.

Actuellement, le recul sur la vaccination contre le HPV est plus important. Les premières études sur cette vaccination ont apporté de nombreuses réponses. Notamment en Australie où 9 ans après l’introduction d’un programme de vaccination HPV, les infections HPV couvertes par la vaccination ont pratiquement disparu chez les Australiennes âgées de 18 à 24 ans. Une récente étude, réalisée sur plus d’1,6 millions de jeunes filles et femmes, confirme l’efficacité de la vaccination HPV. Cette dernière observe une réduction de risque du cancer du col de l’utérus. Une réduction encore plus significative lorsque la vaccination est faite jeune.

Des études menées chez les femmes mais pas chez les hommes. Il s’agit d’une des principales remises en cause. Le recul de ce vaccin chez les garçons n’est pas estimé suffisant pour beaucoup.

Par ailleurs, le Comité Consultatif Mondial pour la Sécurité des Vaccins (GACVS/OMS) a examiné l’ensemble des données de sécurité des vaccins anti-HPV et conclu dans son rapport, datant de 2017, que ces vaccins ne sont pas dangereux. Comme tous les vaccins, seuls des effets indésirables bénins peuvent être observés : fièvre, douleurs musculaires, etc.

 

Les médecins généralistes en première ligne pour inciter à faire ce vaccin

D’après le Baromètre Santé 2017, 95 % de la population fait confiance à son médecin généraliste sur les informations concernant les vaccins. Ils sont mêmes 81 % à considérer que leur médecin généraliste comme la première source d’informations sur les vaccins. « Le moteur essentiel est la communication » affirme le Dr Olivier Rumilly, médecin généraliste à Saint-Fargeau-Ponthierry. En effet, ce dernier estime que le médecin généraliste est l’acteur central dans la discussion avec les parents et les enfants. Il a généralement la confiance des parents et peut donc, par conséquent, mettre en avant les bénéfices de cette vaccination pour les garçons comme pour les filles.

La Haute Autorité de Santé estime que la proposition vaccinale anti-HPV doit être systématique par les professionnels de santé en abordant très tôt le sujet avec les parents et leurs enfants. Cela permettrait de lever les craintes et doutes autour de ce vaccin.

« C’est un challenge des médecins généralistes français avec le soutien des pouvoirs publics », conclut le docteur Olivier Rumilly.

 

À SAVOIR

Même si votre vie sexuelle a commencé, il est recommandé de se faire vacciner. « Entre 17 ans et 30 ans, 90 % des gens rencontrent au moins un type de papillomavirus », explique le professeur Philippe Descamps, gynécologue-oncologue au CHU d’Angers. Cependant, on ne rencontre pas les 12 types de papillomavirus à hauts risques donc il est recommandé de se vacciner même en étant plus âgé. Il ne faut pas conditionner sa protection avec le début de sa vie sexuelle.

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