Intervention chirurgicale à l'hôpital.
Délaissés durant la première vague, les hôpitaux privés ont ensuite été fortement impliqués aux côtés du public dans la lutte contre la Covid-19. ©DR

Directeur de la Clinique Trenel à Saint-Colombe (Rhône), Bruno Masson a été élu président de la Fédération Hospitalière Privée Auvergne Rhône-Alpes au printemps dernier. Un an et demi après le début de l’épidémie de Covid-19, il estime que cette crise sanitaire inédite aura des effets à long terme sur les rapports entre public et privé.

On a régulièrement salué la mobilisation de l’hôpital public depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Les établissements privés n’ont-ils pas été les grands oubliés de la crise sanitaire ?

Ce fut le cas au début de cette crise, eu printemps 2020. L’ampleur et l’impact de la première vague a eu un effet de sidération auprès des autorités sanitaires qui ont d’abord eu recours au service public hospitalier. Un réflexe naturel. Une fois le choc passé, le secteur privé a vite été sollicité. Grâce à l’Agence Régionale de Santé et son directeur général, Jean-Yves Grall, Auvergne Rhône-Alpes a été précurseur avec une vraie coopération public-privé pour optimiser l’accueil des patients. Le secteur public était chef de file de ce pilotage territorial inédit mais tous les acteurs locaux étaient mobilisés, impliqués.

 

Concrètement, comment ce partenariat public-privé s’est-il traduit ?

Il y a eu notamment un pilotage territorial des lits disponibles pour éviter la saturation des services, ainsi que le transfert de certains patients du public vers le privé. A l’inverse, du personnel du secteur privé a également été en renfort dans certains établissements publics, notamment des infirmiers anesthésistes. Ces renforts ont été possibles sur la base du volontariat, sans être obligé de passer par des réquisitions.

Au plus fort de la crise, l’Agence Régionale de Santé a aussi accordé des dérogations pour créer des secteurs Covid ou ses services de réanimation temporaires dans certains établissements privés. Grâce à cette coordination régionale, on est passé de 550 à 1200 lits en réanimation dans la région, dont 25 à 30% dans le privé. Un chiffre inimaginable quelques semaines auparavant.

 

Au final, “seules certaines opérations non urgentes ont été reportées” à l’hôpital

De nombreuses opérations ont été déprogrammées durant la crise sanitaire. La priorité absolue donnée aux patients Covid ne risque-t-elle pas, à terme, d’aggraver la situation de nombreux autres malades ?

Non, je ne pense pas. L’ARS a su tirer les enseignements de la première vague. Après un effet de sidération légitime, les mesures ont été prises pour opérer en urgence les patients, en évitant les files d’attente et les retards de diagnostic. À partir de septembre 2020, on a ainsi pu prendre en charge tous les Covidés en limitant les déprogrammations. Les urgences étaient traitées au cas par cas. Seules certaines opérations non urgentes ont été reportées.

Bruno Masson, présdent de la Fédération Hospitalière Privée Auvergne-Rhône-Alpes.
Bruno Masson, directeur d’une clinique privé dans le Rhône, est président de la FHP depuis le printemps 2021. ©DR
Cette crise sanitaire peut-elle favoriser à l’avenir – et durablement – une meilleure collaboration entre hôpital public et privé ?

Oui, je le crois. Cette crise Covid a démontré que l’on pouvait rendre possible l’impossible en quelques jours. Dans ce domaine, l’Agence Régionale de Santé a joué pleinement son rôle de coordinatrice régionale afin d’instituer un vrai dialogue entre le public et le privé. Il faudra maintenant en tirer les leçons pour ne pas reproduire certaines erreurs du passé.

 

Manque de main d’oeuvre à l’hôpital : “il va falloir gérer la pénurie”

On évoque souvent les problèmes de personnel dans le secteur de la santé. Les établissements privés de la région sont-ils aussi victimes de cette pénurie de main-d’œuvre ?

Oui, malheureusement. Les responsables des ressources humaines des établissements privés sont confrontés à cette grave pénurie de personnel. Tous les secteurs sont touchés, même si la tension la plus forte est constatée dans les services d’infirmiers, que ce soit dans les soins conventionnels, en ambulatoire, dans les services d’urgence, les soins de suite, la psychiatrie… Il va maintenant falloir gérer cette pénurie qui aura forcément un impact sur l’offre de soins dans la région.

 

Comment expliquer cette pénurie ?

En partie par l’augmentation de l’absentéisme dans les services, absentéisme aggravé par l’épuisement du personnel depuis le début de la crise sanitaire. Jusqu’à présent, on parvenait à gérer les congés, les RTT et les arrêts maladie en faisant appel à l’intérim et aux CDD. Le problème, c’est que l’on ne trouve plus d’intérimaires ! Depuis le début de la crise sanitaire, tous les renforts occasionnels ont été monopolisés par les laboratoires d’analyse médicale et les centres de vaccination.

 

Dans ces conditions, quelle est la solution pour remédier à cette grave pénurie ?

D’une part, il faut augmenter le numerus clausus dans les écoles pour former davantage d’infirmiers. D’autre part, il faut essayer de réduire l’absentéisme en améliorant les conditions de travail du personnel soignant, très mobilisé depuis le printemps 2020, oscillant aujourd’hui entre lassitude et épuisement. Enfin, il faut revaloriser le métier d’infirmier hospitalier. Le Segur de la santé a permis une mise à niveau après dix ans de gel des salaires, avec une revalorisation de 206 euros brut par mois. Mais cela ne suffira pas. C’est d’autant plus inquiétant que l’on est, à mon sens, au début de cette crise de pénurie de personnel.

 

Ouvrir de nouveaux services de réanimation 

La région Auvergne-Rhône-Alpes manque-t-elle aussi d’hôpitaux privés ?

La FHP Auvergne-Rhône-Alpes compte une centaine d’établissements adhérents. L’une des leçons de la crise Covid, c’est surtout que l’on manque de capacité de soins critiques en situations exceptionnelles. Il est urgent d’autoriser l’ouverture de nouveaux services de réanimation, d’en augmenter certains autres. Un comité de retour d’expérience permettra de tirer des enseignements sur l’offre de soins.

 

Quel est l’autre grand défi de l’hospitalisation privée dans les années à venir ?

Faire évoluer la place de l’hospitalisation privée dans la prise en charge du patient. En d’autres termes, l’hôpital privé doit devenir le pivot du parcours de soins du patient, en amont comme en aval.

 

C’est-à-dire ?

L’hôpital privé ne doit plus être seulement un lieu de soins. Il doit jouer un rôle central, une sorte de coordinateur de la prise en charge globale du patient grâce à l’apport, entre autres, des nouveaux outils numériques.

 

À SAVOIR

La Fédération Hospitalière Privée Auvergne-Rhône-Alpes regroupe 103 établissements hospitaliers privés. Ces cliniques et hôpitaux accueillent 768 700 séjours/an (hors urgences, soit un total de 1,2 million de patients en comptabilisant les entrées dans les 18 services d’urgences). Ces établissements privés abritent 11 855 lits, soit 30% des capacités régionales. Ils réalisent 20% des naissances et 20% des séances de chimiothérapie de la région. Pour pratiquer tous ces actes, les 103 cliniques et hôpitaux privés de la région emploient par 15 800 infirmiers, sages-femmes, aides-soignants… ainsi que plus de 4 000 praticiens.

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