fléau école harcèlement scolaire signes alerte
Insidieux, le harcèlement scolaire fait des ravages auprès des élèves les plus fragiles qui, souvent, gardent le silence. ©Shutterstock

Un jeune sur dix serait victime de harcèlement scolaire. Une souffrance violente dont il faut savoir identifier les signes pour avoir une chance de l’enrayer, comme l’explique Catherine Verdier, psychologue et thérapeute, spécialiste des enfants et des adolescents.

Avec 750 000 cas signalés chaque année en rance, le harcèlement scolaire est un fléau qui, malgré les initiatives locales ou gouvernementales, laisse souvent ses victimes démunies. Selon l’Unicef la moitié des 13-15 ans témoignent ainsi avoir été au moins une fois déjà victimes d’actes de violence plus ou moins graves à l’école.

Une situation qui, dans certains cas, se transforme en cauchemar, face à la dureté physique et psychologique du harcèlement et, souvent, à l’absence de réaction du corps enseignant. La psychologue Catherine Verdier, formatrice au Centre de Formation au Harcèlement Scolaire, explique le processus qui entraîne le phénomène et donne quelques clés pour en détecter les principaux signes.

 

Qu’est-ce que le harcèlement scolaire ?

Catherine Verdier : « Le harcèlement scolaire est une violence répétée, continue et à long terme de la part d’un ou plusieurs élèves à l’égard d’un autre. Il relève d’un rapport de domination, de prise de pouvoir et d’intention de nuire. Ce qui au départ est perçu comme un jeu finit par déraper et s’installer dans la durée. Le processus est amplifié par le phénomène de groupe : l’intimidateur développe sa popularité, et les suiveurs y voient un moyen de s’intégrer, voire d’échapper eux-mêmes aux brimades. »

 

Harcèlement scolaire : les signes qui alertent

Quels sont les signes révélateurs de harcèlement scolaire ?

« Les victimes, par pudeur, honte ou volonté de s’en sortir par elles-mêmes, ne parlent pas toujours. Il faut donc savoir identifier les signes. Un changement brutal de comportement doit interpeller, qu’il s’agisse de la perte de la joie de vivre, d’un isolement prononcé, de la baisse des résultats scolaires, d’un manque d’entrain pour les activités extrascolaires… Les autres signes les plus courants sont la perte d’appétit, les problèmes de concentration, un mauvais sommeil, un certain évitement social. Un enfant qui se met à se blâmer de plus en plus souvent, avec une vision négative de lui-même, peut aussi alerter. Ces signes, plus simples à repérer chez les petits, sont très durs à distinguer chez les adolescents. »

 

Peut-on identifier un harceleur potentiel ?

« Un harceleur est beaucoup plus difficile à détecter, mais il faut être sensible à des excès de colère, sautes d’humeur, comportements autodestructeurs et imprudents, émotions excessives… »

 

Harcèlement scolaire : les clés pour bien agir

Quels conseils donneriez-vous aux parents ?

« D’être vigilants, d’abord, et surtout de parler avec leurs enfants. De ne pas mettre cette question sous le tapis, tant de manière préventive que pour y mettre fin. Il est important en effet de prévenir ses enfants des dangers du net, de leur apprendre les bons comportements à adopter en cas de problèmes, de sensibiliser les plus jeunes, à travers des livres ou des films dédiés. Et il est plutôt déconseillé, en cas de harcèlement scolaire avéré, de ne pas intervenir directement, ce qui, au collège surtout, peut devenir contreproductif et se retourner contre l’enfant. »

 

Quelles solutions existe-t-il ?

« Chaque académie dispose d’un référent chargé du harcèlement scolaire. Un changement d’établissement peut parfois s’imposer. En attendant, il existe un numéro vert, le 30 20, qui permet de signaler les situations de harcèlement. Il est aussi toujours possible de déposer une main courante ou de porter plainte. Un centre de formation spécifiquement dédié aux professionnels a aussi ouvert ses portes à Lyon à l’automne 2019. »

 

Les enfants fragiles premiers touchés

Qui sont les victimes ?

« N’importe qui peut en être victime, mais il existe bien sûr des profils à risque : les enfants faisant preuve d’hypersensibilité, timides ou craintifs, surdoués ou précoces, DYS (dyslexiques, dysphasiques…), en difficulté scolaire ou au contraire très bons élèves, en surpoids, en situation de handicap, déstabilisés sur le plan familial par un décès ou un divorce… Les questions d’identité, qu’il s’agisse de l’accent, de la couleur de peau ou de l’orientation sexuelle peuvent aussi engendrer du harcèlement scolaire, qui prospère sur le rejet de la différence. »

 

Qui sont les harceleurs ?

« Comme pour les victimes, il y a des profils à risque. Les leaders, souvent intelligents et populaires, manifestent un manque d’empathie et une absence de culpabilité qui peut perdurer toute la vie (un harceleur au travail peut avoir harcelé durant sa scolarité). Autres profils, les anciens harcelés qui ne souhaitent plus être une victime, ou encore les enfants subissant de la violence chez eux ou du harcèlement au sein de la fratrie. On trouve aussi les enfants rois, tyranniques chez eux et qui reproduisent ce schéma dans la cour de récréation.

Chaque situation de harcèlement étant différente, un enfant peut devenir intimidateur sans forcément en avoir le profil, dans le cas par exemple d’une situation où deux enfants ne s’entendent pas et sont dans une relation toxique (jalousie, compétition, opposition) sur laquelle viennent se greffer les autres. Ou encore d’une situation de harcèlement où toute la classe va s’en prendre à une élève sans véritable leader avéré. »

 

Qu’en est-il des suiveurs ?

« Le harcèlement, dont le rire est le carburant, n’existe effectivement pas sans suiveurs. Il s’agit là aussi fréquemment d’anciens harcelés, souvent écartelés par la situation mais qui ont un trop grand besoin d’appartenance au groupe pour réagir. »

 

Des violences physiques, verbales et psychiques

Quels sont les types de violence auxquels sont confrontées les victimes ?

« On en recense cinq sortes : les violences physiques (jeux dangereux, vols d’affaires, coups), verbales (moqueries, dénigrements, insultes), sociales (racket, isolement, rejet dans la cour, à la cantine ou dans les équipes sportives) et sexuelles (gestes obscènes, attouchements), auxquelles on ajoute le cyberharcèlement. Les violences physiques ou sexuelles viendront plutôt de garçons, quand les filles feront plutôt usage de harcèlement social, avec des mensonges, des rumeurs… »

 

Quelles sont les conséquences sur le quotidien du harcelé ?

« La principale réside dans la perte de l’estime de soi, qui à l’époque de la construction de la jeune victime peut causer des dégâts pour la vie entière, si elle n’est pas restaurée. Elle se traduit à court terme par un désinvestissement scolaire, une chute brutale des résultats, de l’absentéisme, des maladies psychosomatiques… Les violences physiques laissent des traces, qu’ils s’agissent de bleus ou de lésions. Le harcèlement scolaire est responsable d’un tiers des phobies scolaires, et peut dans les cas les plus radicaux déboucher sur des dépressions, voire sur la volonté de mettre fin à ses jours. »

 

À SAVOIR

Le tout premier Centre français de Formation au Harcèlement Scolaire (CFHS), ouvert en septembre à Lyon. Sa mission, proposer des cycles de formations de trois jours aux différents professionnels (éducation, santé, droit) susceptibles d’être en contact avec des cas de harcèlement scolaire. À l’origine, l’association HUGO, fondée en 2018 par Hugo Martinez pour sensibiliser le public, initier des actions en faveur d’une lutte efficace, accompagner les victimes et, donc, former les professionnels.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here