Danger de l'alcool pour le foetus
Une seule option durant la grossesse: refuser toute sollicitation alcoolisée ! ©Freepik

Les effets d’une alcoolisation durant la grossesse, même épisodique, peuvent s’avérer bien plus désastreux pour le bébé qu’on ne le pense. Entre malformations, déficiences intellectuelles et troubles du comportement, plus de 15 000 enfants naissent chaque année avec des troubles causés par l’alcoolisation foetale. Le point sur ces TCAF avec Maud-Catherine Barral, sage-femme à l’Hôpital Femme Mère Enfant, à Lyon.

Boire durant la grossesse présente un risque majeur pour la santé du nourrisson. En France, 1,3 million de Français vivraient ainsi avec les séquelles plus ou moins graves du syndrome d’alcoolisation fœtale. On recense en effet jusqu’à 400 pathologies directement engendrées ou simplement favorisées par les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF).

Les chiffres (15 060 naissances concernées chaque année) révèlent l’ampleur du phénomène et la nécessité d’une sensibilisation plus stricte. Entre méconnaissance des conséquences et pression sociale, nombre de femmes transgressent en effet la règle. Elles oublient qu’un seul épisode de forte alcoolisation suffit à provoquer des dommages parfois irréversibles.

Après le Safthon et la journée mondiale de lutte contre les TCAF, Maud-Catherine Barral, sage-femme spécialisée dans les addictions à l’HFME de Lyon, lève le voile sur un danger largement sous-évalué dans notre pays.

 

Boire pendant la grossesse : des effets pour toute la vie

En quoi consistent les troubles causés par l’alcoolisation fœtale, ou TCAF ?

Il s’agit des nombreux effets sur la santé d’un bébé liés à une consommation d’alcool par la future maman. La molécule d’alcool passe librement la barrière placentaire. Elle peut-être délétère pour le fœtus, qui n’a pas la capacité d’éliminer l’alcool.

 

Quels sont les effets sur le fœtus ?

Effets de l'alcool sur le foetus
Des conséquences multiples, dès la naissance et jusqu’à l’âge adulte. ©SAF

Ils varient selon la quantité d’alcool absorbée et le stade de développement du fœtus. Boire en tout début de grossesse, au moment de la fabrication de l’embryon, peut entraîner des malformations des organes, qu’il s’agisse du cœur, du foie, des poumons ou du cerveau. Après l’embryogénèse (4eme semaine, NDLR), l’alcool a des effets toxiques sur le cerveau. On peut alors observer des atteintes de l’ordre de déficiences mentales, de retards de croissance, de troubles DYS, de troubles du comportement… Nous nous battons pour que de nombreuses pathologies soient reconnues comme liées à une consommation d’alcool pendant la grossesse.

 

Quand détecte-t-on les TCAF ?

Parfois, dès la naissance ou rapidement après, lorsqu’il s’agit de dysmorphies faciales, de retards de croissance, de diminution du tonus musculaire. En revanche, certains troubles ne sont détectés que bien plus tard, lorsque l’enfant entre à l’école, voire à l’âge adulte.

 

Les enfants dont les mères ont bu durant leur grossesse sont-ils tous victimes de TCAF, même mineurs ?

Les TCAF concernent 1 à 2% des naissances. Ils ne sont pas systématiques. Chaque enfant présente une vulnérabilité propre. On ne peut pas la prédire. Pour une consommation d’alcool équivalente, certains bébés n’auront aucune séquelle. D’autres présenteront des atteintes importantes. Face à cette inégalité, le seul moyen d’y échapper est donc de supprimer toute consommation d’alcool pendant la grossesse, et même au moment d’envisager la grossesse.

 

Une seule “cuite“ suffit à faire des ravages

Boire un simple verre pendant la grossesse est-il dangereux ?

Plus l’alcoolémie est aigue et répétée, plus le risque est élevé pour l’enfant de présenter un syndrome d’alcoolisation fœtal complet. Mais une consommation épisodique et/ou étalée peut aussi entraîner des séquelles, si elle est excessive. Un seul verre n’est généralement pas dangereux. Mais s’il est consommé au mauvais moment, combiné à d’autres toxiques, s’il y a une vulnérabilité génétique, il peut entraîner de lourdes conséquences. Je suis souvent confrontée à des futures mamans inquiètes d’avoir consommé de l’alcool alors qu’elles ne savaient pas qu’elles étaient enceintes. Dans ce cas, plus l’arrêt est précoce, meilleur sera le pronostic pour l’enfant.

 

Pourquoi les femmes enceintes s’accordent-elle encore ce genre de petits écarts ?

Parce que la France, très certainement pour des raisons culturelles, souffre d’un véritable déni collectif sur l’alcool, qu’il s’agisse des femmes enceintes, de l’entourage mais aussi des soignants. D’où l’importance d’un événement comme le Safthon pour informer le grand public de la nécessité d’éviter les sollicitations. Chacun a un rôle à jouer : comment en effet refuser une simple coupe de champagne, à Noël, proposée sous prétexte que sa propre mère a bu sans problème durant sa grossesse ? Si chacun adhère au principe du zéro alcool comme principe de précaution, ce sera beaucoup plus facile pour la femme enceinte.

 

Les Français et l’alcool : un sujet encore tabou

La prise de conscience en appelle donc à un changement de mentalité ?

Oui, car à la différence du tabac il est encore très compliqué de parler d’alcool en France. Dans ce pays qui en consomme beaucoup, l’alcool est considéré comme festif et donc positif. On me répond très souvent durant mes consultations que la dernière coupe consommée l’a été pour fêter le test de grossesse ! On a l’impression que les gens savent, mais ne pratiquent pas. Pourtant, on ne dit pas ‘’zéro cuite’’, mais bien ‘’zéro alcool’’ ! Chaque verre est une prise de risque. C’est le rôle de chacun de soutenir la femme enceinte, de ne pas lui proposer d’alcool. Avoir tous le même discours permettra enfin de le rendre audible.

 

De quelle prise en charge peuvent bénéficier les femmes concernées ?

L’accompagnement est adapté pour les patientes souffrant de problèmes avec leur consommation d’alcool. Ou qui ont consommé pendant leur grossesse sans le savoir, voire simplement consommé épisodiquement… Nous proposons un parcours de soin spécifique : un accompagnement  pour éviter de nouvelles consommations, un suivi psychologique si besoin (il y a beaucoup de femmes avec des histoires de vie compliquées, maltraitance dans l’enfance, violence, isolement…) et un suivi de la grossesse adapté (une échographie pré morphologique si nécessaire, voir échographie supplémentaire auprès d’un échographiste référent) et la possibilité en maternité d’être accompagnée au sein de l’USAP (unité d’accompagnement à la parentalité) de la maternité de l’HFME.

 

À SAVOIRLa quatrième édition du Safthon a eu lieu le 9 septembre, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre les Troubles causés par l’alcoolisation fœtale. Cette campagne événementielle visait à sensibiliser les femmes enceintes, futures femmes enceintes, entourage et soignants sur les dangers de la consommation d’alcool pour le bébé.

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