Un homme âgé reçoit la double vaccination grippe et covid-19.
Les personnes âgées de plus de 65 ans font partie des cibles prioritaires de cette nouvelle campagne de vaccination contre la grippe. ©Freepik

Faut-il avoir peur de la double vaccination grippe et Covid-19 ? Alors que les deux épidémies vont cohabiter cet hiver, ces craintes ne doivent pas freiner les campagnes de vaccination ouvertes aux publics les plus fragiles. D’abord parce que les épidémiologistes, après deux années de calme relatif, redoutent un « retour en force de la grippe » dans un contexte de faible couverture vaccinale. Mais aussi parce que ces réticences ne sont pas justifiées, tant le risque d’effets secondaires décuplés en cas de double injection est réduit. Les explications du Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, responsable du pôle régional de veille sanitaire à l’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes.

La campagne de vaccination contre la grippe s’est ouverte le mardi 18 octobre. Un mois après celle relative au Covid-19, dont la huitième vague bat son plein.

Absente durant l’hiver 2020-2021, la grippe est réapparue de manière mesurée en 2021-2022, donnant une fausse impression de sécurité. Car notre immunité globale contre la grippe a bel et bien baissé depuis deux ans. Et si deux-tiers des 57 000 passages aux urgences, entre mars et mai 2022, concernaient les moins de 15 ans, les populations fragiles restent en première ligne.

Alors que la couverture vaccinale est faible, les épidémiologistes s’inquiètent très clairement d’un « risque sérieux d’épidémie » pour cet hiver. Les niveaux d’alerte sont pour l’instant très bas, selon le dernier bulletin grippe de Santé Publique France. Mais les autorités sanitaires tirent déjà la sonnette d’alarme, incitant à une double vaccination grippe et Covid-19 des publics les plus vulnérables.

Les deux vaccins peuvent en effet être administrés le même jour, et ce sans risque aucun, comme l’explique le Dr Anne-Sophie Ronnaux-Baron, responsable du pôle régional de veille sanitaire à l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

Débuter une campagne de vaccination anti-grippe en pleine campagne de rappel contre le Covid-19 est-il compatible ?

Bien sûr. La Haute Autorité de Santé a montré en septembre dernier que les vaccinations contre la grippe et le Covid-19 pouvaient être coordonnées, notamment parce que les populations visées au premier chef vont se retrouver doublement exposées, avec des coinfections possibles et des conséquences potentiellement graves pour leur santé.

La vaccination anti-grippe « prise en charge à 100% »

Quels sont justement les publics ciblés ?

Les publics prioritaires sont les mêmes pour les deux vaccins : les personnes de 65 ans et plus, celles qui souffrent de pathologies chroniques, les femmes enceintes… La grippe peut avoir des conséquences très lourdes pour ces personnes vulnérables. 70% des personnes admises en ‘’réa’’ l’an dernier présentaient un facteur de risque sévère. C’est la raison pour laquelle ces patients à risque reçoivent un courrier incitatif, doublé d’un bon de prise en charge à 100%. Et que le vaccin contre la grippe leur est réservé jusqu’au 15 novembre.

Peut-on recevoir les deux vaccins simultanément ?

Une personne à risque peut tout à fait se faire vacciner le même jour, avec deux types de vaccins différents. Les deux injections sont toutefois réalisées à deux endroits distincts, soit généralement une sur chaque bras. La double vaccination est réalisée sur le même lieu par la même personne, qu’il s’agisse du médecin, du pharmacien ou d’un infirmier.

Pas d’effets secondaires en plus avec la double injection

Doit-on redouter des effets secondaires décuplés ?

Absolument pas. Les risques d’effets secondaires de ces vaccins sont minimes et bénins : des douleurs légères au point d’injection accompagnées de possibles rougeurs, parfois des maux de tête et de la fièvre. Mais ces signes disparaissent très rapidement et, surtout, ne se surajoutent pas en cas de double injection.

Que faire en cas de réticences ?

Il ne faut pas que ces réticences freinent la vaccination ! L’enjeu est trop important et il est donc possible de se faire vacciner en deux temps. Il n’y a d’ailleurs aucun délai précis à respecter. Mais autant ne pas traîner.

Pourquoi la vaccination contre la grippe peine-t-elle : est-ce lié au Covid ?

La faiblesse de la couverture vaccinale contre la grippe n’est pas nouvelle. Durant la campagne 2021-2022, on a constaté que seuls 56,8% des plus de 65 ans et 34,3% des jeunes malades chroniques étaient vaccinés. Chaque année, on a pourtant entre 2 à 6 millions de personnes infectées ! C’est vrai qu’en 2020-21, les confinements liés à l’épidémie de Covid ont engendré une absence exceptionnelle de la grippe. Mais elle a à nouveau circulé durant la saison 2021-2022, très tardivement d’ailleurs. Le pic a été relevé au printemps, ce qui montre à quel point cette maladie reste imprévisible.

Le grand public accessible au vaccin dès le 15 novembre

Cette campagne vise particulièrement les professionnels de santé. Pourquoi ?

Tout simplement en raison d’une mauvaise adhésion de leur part à la vaccination, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation. Les professionnels de santé ont pourtant un rôle d’exemplarité à jouer. Les patients les considèrent comme des interlocuteurs de confiance. L’objectif est qu’ils se protègent eux-mêmes, pour continuer leur activité de soins, et qu’ils protègent les patients les plus fragiles.

À partir de quand et dans quelles conditions le reste de la population pourra-t-il se faire vacciner ?

À partir du 15 novembre, tout le monde pourra avoir accès au vaccin contre la grippe. Si l’on a moins de 65 ans, sans maladie chronique, sans grossesse, il faudra s’acquitter du vaccin dont le montant s’élève à 6 à 10€ en fonction du vaccin et de la pharmacie. Pour cette population également, la double vaccination est possible. En revanche, le vaccin contre le Covid-19, lui, est gratuit.

Doit-on s’inquiéter de la concomitance de l’épidémie de grippe avec la huitième vague de Covid-19 ?

Dans la mesure où l’on respecte les mesures de prévention, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Par la vaccination, tout d’abord. Mais aussi en réadoptant des gestes barrières trop vite abandonnés. Il est pourtant essentiel de les maintenir pour lutter efficacement contre la circulation et la transmission des virus hivernaux, dans la continuité de la crise Covid : port du masque dans les transports, les établissements de santé et médico-sociaux, lors de rassemblements ou dans les lieux clos comme les locaux professionnels. Mais aussi se saluer sans s’embrasser ou se serrer la main, et tousser ou éternuer dans son coude. Si l’on doit faire ce rappel, c’est bien parce que le Covid et la grippe continuent de tuer.

À SAVOIR

Les publics prioritaires à la vaccination contre la grippe sont, du 18 octobre au 15 novembre les personnes de 65 ans et plus, les personnes immunodéprimées, souffrant de pathologies chroniques (insuffisances respiratoires, cardiaques ou rénales, diabète, BPCO, asthme ou obésité). Le vaccin est également fortement recommandé pour les proches de personnes immunodéprimées et de nourrissons de moins de 6 mois.

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