Gérard Chantegret, greffé en 2001: ''Être donneur, cela sauve des vies !''
Gérard Chantegret, greffé en 2001: ''Être donneur, cela sauve des vies !''

Victime d’un deuxième infarctus à l’âge de 45 ans, le Lyonnais Gérard Chantegret doit son salut à une greffe cardiaque en 2001. Une renaissance dont il témoigne aujourd’hui pour rappeler toute l’importance du don d’organe.

Gérard Chantegret, 64 ans, a été greffé il y a seize ans suite à deux arrêts cardiaques. Il milite aujourd’hui en faveur du don d’organe au sein de l’antenne rhônalpine de la FGCP (Fédération nationale des Greffés du Cœur et/ou des Poumons), dont il est le trésorier.

Dans quelles circonstances avez-vous fait vos arrêts cardiaques ?

Je n’avais que 39 ans à mon premier infarctus, en 1992. J’étais entrepreneur en bâtiment, et je travaillais énormément. J’ai alors vendu mon entreprise, mais je suis resté pour aider mon repreneur, tout en enseignant auprès des Compagnons du Tour de France, puis dans un lycée à Bron. Je travaillais encore de 6 heures à 1 heure du matin : c’est là que j’ai été victime d’un deuxième infarctus, en 1998. J’ai passé six mois à l’hôpital Saint-Joseph, en service de réanimation. Et le verdict est tombé : c’était la greffe cardiaque, ou rien d’autre. J’avais 45 ans, deux filles… Mais on m’a dit qu’avec une greffe, je pourrais vivre jusqu’à 20 ou 30 ans de plus !

Quand avez-vous été inscrit sur la liste d’attente ?

C’était au printemps 1999. J’ai d’abord suivi le circuit traditionnel, en étant hospitalisé huit jours à l’hôpital Louis Pradel pour y subir les examens nécessaires dans le cadre du bilan prégreffe, qui sert à déterminer s’il n’y a pas de contre-indications médicales. J’ai fait des allers-retours dans d’autres hôpitaux lyonnais, et je suis allé passer huit autres jours dans le service de cardiologie de l’hôpital Saint-Joseph. Mon dossier a finalement été validé, et j’ai alors été inscrit sur le fichier des patients en attente de greffe.

«  L’appel peut venir n’importe quand »

Comment avez-vous vécu cette attente ?

On sait que la greffe sera la seule chose qui nous tirera d’affaire. Sinon, c’est le troisième infarctus, très certainement fatal. Je me suis donc efforcé de vivre sereinement la situation. Je venais tous les trois mois pour mes consultations. Mais je ne m’éloignais jamais très loin de mon téléphone portable, car l’appel peut venir n’importe quand ! C’est quelque chose pour lequel on est préparé, à travers un suivi psychologique délivré à l’hôpital neuro.

Etiez-vous préparé à la fausse joie provoquée par le premier appel ?

Bien sûr. J’ai été appelé une première fois en août 2000, un soir vers 20 heures. Je suis allé à l’hôpital avec ma femme et on m’a préparé pour descendre au bloc. J’ai attendu jusqu’à 2 heures du matin, mais on m’a finalement annoncé que la greffe n’aurait pas lieu. Je savais que j’avais une chance sur deux, j’étais prévenu et je l’ai donc beaucoup mieux vécu que ma femme et mes filles, qui étaient catastrophées. C’est vrai que cela arrive régulièrement, mais la majorité des gens sont greffés au bout de six mois. Le souci, c’est que j’ai le groupe sanguin le plus rare : il y a donc statistiquement moins de donneurs compatibles.

Greffe du cœur, une longue convalescence

Le deuxième appel, heureusement, fut donc le bon ?

J’ai attendu jusqu’au 16 février 2001. Cette fois-ci, j’ai été appelé à 1 heure du matin. J’ai à nouveau été préparé, et le chirurgien est finalement venu me chercher à 7 heures. Je suis sorti du bloc à 12h30, mais je ne me suis réveillé que le lendemain soir, avec l’étrange sensation que je n’avais pas été greffé, car je ne ressentais aucune douleur ! Mais c’était pourtant bien le cas.

Comment s’est déroulée votre convalescence ?

Je suis resté huit à neuf jours en réanimation, puis un mois en unité de soins post-opératoires, avec des électrocardiogrammes quotidiens et des biopsies chaque semaine pour vérifier qu’il n’y ait pas de rejet du greffon. Il a d’ailleurs fallu, trois semaines après la transplantation, qu’on m’installe une pile cardiaque. Je suis ensuite parti quatre semaines dans un centre de convalescence à Hyères, où j’ai entamé ma rééducation. C’est une période où j’ai du réapprendre à manger, à marcher, et surtout à respirer.

« Je n’avais plus que trois semaines à vivre »

Vivez-vous aujourd’hui dans la crainte d’un rejet ?

La possibilité d’un rejet existe en permanence, trois semaines après la greffe comme quinze ans après. C’est pour cela que l’on suit un traitement à vie, et je n’ai jamais oublié de prendre mes médicaments, en 16 ans de greffe ! Certains greffés, notamment les plus jeunes, pensent parfois que cela n’est pas indispensable : les rares que l’on revoit ne sont pas en bon état… Alors quand on sait que c’est une question de survie, on s’y astreint sans difficulté.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

L’autopsie de mon ancien cœur a révélé que je n’avais plus que trois semaines à vivre. 67% de mon cœur ne fonctionnait plus, je marchais comme un vieillard… Aujourd’hui j’ai 64 ans, quatre petits-enfants, et même si je m’essouffle vite, je me bats pour les accompagner le plus longtemps possible. Je me sens même prêt à battre le record du monde de longévité de greffe ! J’ai repris une vie normale, et j’en profite : tous les matins, je suis heureux de me lever et de repartir pour une journée. Je suis un miraculé ! Et j’en témoigne dès que j’en ai l’occasion.

Quel message délivrez-vous à l’occasion de ces témoignages ?

Que si je n’avais pas eu de donneur, je ne serais pas là pour en discuter. Le don est essentiel, mais il y a encore trop de gens qui s’y opposent, parfois par simple méconnaissance. Être donneur, cela sauve des vies !
Plus d’infos sur le site de la Fédération nationale des Greffés du Cœur et/ou des Poumons

A SAVOIR

Tout citoyen est un donneur potentiel, à moins de s’y être opposé de son vivant. La plupart des refus sont liés à un contexte culturel ou technique, ou tout simplement à des préjugés et une méconnaissance de la loi. Deux tiers des refus émanent ainsi des proches du donneur, et non du donneur lui-même.
Il est également possible d’être donneur de son vivant, dans des conditions très particulières (liberté du consentement, compatibilité, absence de risques).
Pour en savoir plus sur le don d’organes

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