Une femme souffrant des fortes chaleurs en période de canicule.
Selon les experts, le nombre d'épisodes caniculaires augmente trop vite pour que le corps humain soit en mesure de s'acclimater. ©Depositphoto / AntonioGuillemF

Une nouvelle vague de canicule s’abat sur le pays. Avec à la clé de lourdes conséquences sur la santé des plus fragiles, mais pas seulement. Les méfaits de la hausse des températures sur la santé à court terme sont en effet tout aussi inquiétants que les menaces qui pèsent sur la durée, les épisodes de fortes chaleurs étant voués à se multiplier à l’avenir et à mettre les organismes à rude épreuve. Du « simple » coup de chaleur à l’aggravation de pathologies loudes en passant par les effets néfastes de la pollution et même les pandémies, le Dr Claire Berlioz, médecin généraliste près de Lyon, dresse l’accablant détail des incidences sanitaires de la généralisation des périodes de fortes chaleurs.

La vague de fortes chaleurs qui frappe le pays, et Lyon en particulier, a de lourds retentissements sur la santé. Sans surprise, la préfecture du Rhône et l’Agence Régionale de Santé ont accompagné leur communiqué annonçant le placement du Rhône sous vigilance jaune canicule d’un rappel des règles préventives de base.

Car les fortes températures mettent dangereusement à mal l’organisme, qui devra toutefois s’y habituer. En effet, la tendance ne va pas s’inverser dans les prochaines années, bien au contraire. Sous l’effet du réchauffement climatique, les canicules et grandes chaleurs vont se multiplier, et pas seulement durant l’été. Dans ces conditions, l’être humain sera-t-il capable de supporter des températures dépassant régulièrement les 40°?

Généraliste à Millery (Rhône), le Dr Claire Berlioz est cofondatrice du collectif Peps’l. Ce mouvement regroupe des professionnels de santé soucieux des effets du réchauffement climatique et de la dégradation de l’environnement sur la santé. Elle est également membre de l’Alliance Santé Planétaire, association fondée en janvier 2021 pour alerter sur les bouleversements profonds qui mettent en péril la santé publique à travers le monde (lire À SAVOIR). Y compris en France. Pour se convaincre de l’urgence, « il suffit de regarder le bilan de la canicule de 2003, qui a fait 15 000 morts en France et 70 000 en Europe. Et c’était il y a presque 20 ans ! Il faut une prise de conscience massive de la population pour modifier les comportements et tenter d’enrayer la catastrophe qui se prépare ».

Quels sont les retentissements des grands chaleurs sur la santé ?

Les effets de la chaleur doivent être distingués en deux classes, aussi graves l’une que l’autre. Il y a les effets directs, que l’on mesure facilement en période de canicule, et les effets indirects, tout aussi redoutables. Et ceci est valable pour l’ensemble de la population, pas uniquement les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les malades chroniques.

Fortes chaleurs : gare à l’hyperthermie majeure

Concernant les effets directs, comment l’organisme réagit-il à la hausse des températures ?

Il s’adapte jusqu’à un certain niveau de régulation thermique, qui parfois est dépassé. Nous sommes faits pour vivre à 37°, pas à 40°. Lorsque la température du corps s’élève au dessus des valeurs normales, il se met en hyperthermie, l’un des premiers dangers de la hausse du mercure. Il est souvent lié à la déshydratation, lorsque le volume d’eau présent dans notre organisme diminue du fait de la chaleur et de la transpiration.

Quels sont les symptômes d’un coup de chaleur ?

Un syndrome d’épuisement par la chaleur se manifeste par des maux de tête, des nausées, de la fatigue, des vertiges, des étourdissements voire des malaises. En cas d’hyperthermie majeure, au-delà de 40°, des troubles neurologiques graves peuvent apparaître : hallucinations, convulsions et même comas pouvant conduire au décès. Cela concerne surtout les publics qui ne sont pas en capacité de gérer les premiers symptômes : nouveaux-nés, jeunes enfants, personnes âgées dépendantes, personnes handicapées, adultes exposés massivement à la chaleur comme les ouvriers du BTP ou les sportifs.

Un risque décuplé d’AVC, de cancers, de maladies neurologiques…

Quelles sont les autres incidences de la chaleur sur la santé ?

Plus il fait chaud, plus le risque de pathologies graves augmente, notamment en fonction des antécédents. Les épisodes caniculaires favorisent les risques cardiovasculaires, la formation de caillots de sang responsables d’AVC, de phlébites ou d’embolies pulmonaires. La déshydratation entraîne également une majoration du risque de calculs rénaux et de coliques néphrétiques. La chaleur peut aussi contribuer à déséquilibrer un diabète. Et, surtout, elle est source de stress pour l’organisme, ce qui rend plus irritable. Chez les malades psychiatriques, cela accentue le développement de psychoses, de syndromes anxiodépressifs…

Quels sont les effets indirects de la chaleur ?

La chaleur amplifie la pollution, ce qui génère une majoration du risque d’AVC, de maladies neurologiques type Alzheimer ou Parkinson, et bien sûr de cancers. Mais elle amplifie surtout le risque de maladies respiratoires, à l’image des BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive, NDLR) et de l’asthme. Sous son effet, et en raison de la concentration de CO2, la saison pollinique s’allonge et il y a de plus en plus de pollens allergisants, qui engendrent asthme, rhinites, conjonctivites… Cela n’a rien d’anodin et on oublie que des gens, en France, continuent de mourir d’asthme. Il ne faut pas oublier un autre effet indirect, et non des moindres : le réchauffement climatique contribue à l’émergences des pandémies. Celle que nous vivons a de forte chance d’être la première d’une longue série.

Sur le plan pratique, quels conseils faut-il observer pour se protéger de la chaleur ?

Ils sont basiques, mais ils méritent d’être rappelés car nous sommes tous étonnés de constater, lors de nos consultations, que certains les ignorent encore.

  • S’hydrater régulièrement, même lorsque l’on a pas soif : au moins 1,5 à 2 litres par jour.
  • Éviter l’alcool.
  • Manger, même lorsque l’on n’a pas faim, en privilégiant les fruits, légumes frais, soupes froides…
  • Se protéger au maximum de la chaleur, en cherchant l’ombre, en fermant les volets dans la journée, en aérant la nuit lorsqu’il fait frais.
  • Se mouiller le corps plusieurs fois par jour, sans se sécher.
  • Éviter les efforts physiques.
  • Se rendre dans des endroits frais, comme les musées, les cinémas, les centres commerciaux.
  • Prendre des nouvelles des personnes les plus fragiles et isolées.
  • S’inscrire sur la liste des personnes vulnérables en mairie.

Le site de Santé publique France compile toutes les bonnes réactions à avoir en cas de fortes chaleurs. Et je rappelle qu’il existe une plateforme accessible à tous : Canicule Info Service au 0800 06 66 66.

À SAVOIR

Le concept de santé planétaire est une approche lancée en 2015 par la revue scientifique The Lancet. Elle vise à mettre en avant l’impact des activités humaines sur l’environnement et sur la santé des êtres humains, mais aussi des autres écosystèmes (animaux, végétaux, etc.) Le but de ce concept est de remodeler le domaine de la santé publique, historiquement dédié à la santé humaine, en y intégrant les systèmes naturels (la planète elle-même).

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here