La mauvaise observance des médicaments creuse le trou de la sécurité sociale
Moins de 4 Français sur 10 suivent correctement leur traitement... ©Jarmoluk

Une enquête révèle que les Français ne suivent pas à la lettre les prescriptions médicamentales. A peine 40% font preuve de rigueur dans le suivi de leur traitement. A la clé, beaucoup de dépenses inutiles et des risques accrus pour la santé des patients.

Fidèle à leur réputation, les Français désobéissent même à leur médecin ! Selon une enquête que vient de publier le cabinet spécialisé en santé IMS Health, près d’un quart de nos compatriotes ne suivent à la lettre leurs prescriptions médicales. Un défaut d’observance (1) des médicaments qui a un coût sur le plan économique et humain, avec à la clé d’importants risques de complications. Réalisée durant douze mois auprès de 6 400 pharmacies et 17 000 patients sur 6 pathologies chroniques représentant environ un quart des dépenses de médicaments en France, l’étude révèle notamment qu’un meilleur respect des prescriptions par les patients permettrait de réaliser plus de 9 milliards d’économie par an. “Il s’agit d’une estimation prudente qui ne tient compte que des coûts médicaux directs et n’inclut ni la rééducation ni les arrêts de travail“, explique Stéphane Sclison, le directeur de la stratégie d’IMS Health, qui précise que “l’observance constatée est basée uniquement sur les prescriptions honorées par les pharmaciens. Elle ne tient pas compte des médicaments achetés mais non consommés par les patients“. Des chiffres loin d’être négligeables dans un contexte de déficit récurrent de l’assurance maladie.
Les données statistiques sont particulièrement éloquentes pour les patients souffrant d’hypertension artérielle, 60% d’entre eux ne suivant pas leur traitement correctement, s’exposant à un risque avéré d’accident vasculaire cérébral (AVC). Parmi les cinq autres pathologies étudiées, IMS Health note que l’observance médicamenteuse est très faiblement observée dans le traitement de fond de l’asthme (seulement 13%), chez les insuffisants cardiaques (36%) et chez les diabétiques de type 2 (37%). Les prescriptions médicales sont davantage suivies pour les traitements de l’excès de cholestérol  (44%), la meilleure observance étant toutefois observée chez les patients souffrant d’ostéoporose (52%), maladie générant une fragilisation osseuse chez les personnes âgées.
Pour expliquer cette mauvaise observance, les experts d’IMS Heatlth avancent plusieurs raisons, en particulier la méconnaissance des pathologies par les patients, induisant sous-estimation des risques. La mauvaise compréhension des traitements, l’absence de symptômes, la chronicité de la maladie , une éventuelle dépression associées, voire la croyance et la superstition, figurent aussi parmi les facteurs avancés pour justifier ce défaut d’observance. En s’associant à cette enquête réalisée auprès du quart des officines françaises, Denis Delval, président du CRIP (Cercle de réflexion de l’inustrie pharmaceutique), souhaite
documenter de façon fiable l’ampleur du phénomène en France, pour pouvoir porter sur la place publique le débat concernant l’observance et ses leviers d’amélioration. » Et de préciser: « s’il y a de nombreux facteurs, il n’y a pas de recette magique mais de nombreuses solutions segmentées selon les acteurs de santé concernés. » Ainsi pour les industriels, l’enjeu est de rendre le médicament plus attractif, en adaptant le nombre de prises par jour ou par mois.
Claude Le Pen, professeur d’économie de santé, défend pour sa part « la recherche galénique, considérée, à tort, comme moins noble, mais dont dépend l’observance et donc l’efficacité du traitement. » Selon le consultant d’IMS Health, « contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’observance au traitement n’est pas liée seulement à la gravité objective de la pathologie, mais aussi à la maladie telle que le patient la vit. Pour autant, il ne s’agit pas de stigmatiser le patient. C’est un phénomène global multifactoriel où il n’y a ni coupable ni punition, mais la nécessité de mettre en place les meilleures conditions possibles pour que le patient tire bénéfice de son traitement ». En conclusion, Stéphane Sclison, directeur de la stratégie d’IMS Health,  constate qu’ «une minorité de patients bénéficie de la pleine efficacité du traitement. En améliorant l’observance, on améliore l’efficacité de traitement et dès lors, on peut aussi changer le regard sur le médicament : ne plus le réduire à un coût, mais l’envisager comme un facteur d’efficience ».
Dans une précédente étude à l’échelle planétaire publiée en 2012, IMS Health avait estimé qu’un meilleur usage des médicaments permettrait de réaliser 400 milliards d’euros d’économies dans 186 pays, dont près de 70% directement liés à la non observance des traitements.

(1) Un patient est considéré comme observant (respectant la prescription médicale) s’il suit son traitement à 80% ou plus dans la durée et en termes de dosage.

A savoir

L’étude d’IMS Health a permis de dégager quatre axes stratégiques d’amélioration en matière d’observance médicamenteuse (le patient, la pathologie, le traitement et l’environnement) et six grands leviers à actionner à l’avenir:

  • Meilleur information du patient

  • Formation des professionnels de santé à la communication sur l’observance

  • Incitation des professionnels de santé à promouvoir l’observance

  • Création d’outils simples à utiliser, que ce soit en consultation ou à distance (SMS de rappel, e-mailing, assistance téléphonique etc)

  • Mobilisation des associations et de l’entourage des malades

  • Sélection de l’observance comme « grande cause nationale »

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