Parents, attention à ne pas investir trop tôt les talents de votre enfant. Laissez-lui le temps de trouver sa voie. ©DR

La définition classique de l’enfant précoce est pour beaucoup centrée autour d’un score de QI. Mais pour Monique de Kermadec, psychologue clinicienne, il existe bien d’autres formes d’intelligence à explorer. Elle livre ses conseils aux parents souvent démunis.

Quelle est votre définition de la précocité infantile ?

Pour moi, il s’agit d’un enfant qui possède des aptitudes qui le démarquent nettement des autres enfants de son âge. Ces aptitudes sont généralement associées à l’intelligence cognitive, mesurée à travers un test de QI. On estime communément qu’un enfant au QI supérieur à 130 est surdoué. Mais un enfant peut aussi faire preuve d’aptitudes exceptionnelles dans d’autres domaines, comme les domaines artistiques ou encore sportifs. Je ne me détache pas totalement du QI, mais j’ai toujours soutenu qu’un enfant précoce était plus qu’un QI.

Un enfant surdoué n’est donc pas nécessairement excellent partout comme pourrait le suggérer un test de QI au dessus de la moyenne ?

Einstein était excellent en mathématiques, mais médiocre dans d’autres matières. Il était notamment dyslexique. Un enfant surdoué peut simplement avoir un don particulier dans certains domaines. Le surdoué qui serait bon en tout, une véritable encyclopédie vivante, est un mythe !

L’enfant surdoué peut aussi être en échec scolaire !

L’enfant surdoué peut ainsi être en échec scolaire ?

Oui, l’enfant surdoué n’est pas forcément bon élève. Certains se reposent sur leurs acquis et ne travaillent pas suffisamment. Quand il faut se mettre au travail, ils refusent de le faire. D’autres sont en échec pour régler leurs comptes avec leurs parents, c’est une forme d’agressivité passive.  Il arrive aussi que les enfants précoces soient dyslexiques comme nous l’avons vu avec le cas d’Einstein, ou qu’ils souffrent de troubles de l’attention. Certains parents vont justement trop se crisper sur l’aspect scolaire. Ce qui compte, c’est simplement que l’enfant contente sa soif d’apprendre, sans être forcément en tête de classe.

Il s’agit donc pour les parents de ne pas chercher à faire de leur enfant un petit génie, mais d’exploiter aussi ses autres formes d’intelligence ?

Le parent est un allier fondamental, mais il n’est pas un coach.  Son rôle est simplement d’offrir un contexte qui permette à l’enfant de développer ses différentes intelligences, sans trop le pressuriser d’un point de vue scolaire.

L’importance de l’intelligence pratique et créative

Quelles sont donc ces autres formes d’intelligence ?

Il y a l’intelligence émotionnelle, et l’intelligence relationnelle, dont on a pas mal parlé ces dernières années, et qui peut faire défaut aux petits surdoués.
Je pense qu’il ne faut pas non plus négliger l’intelligence pratique. Les enfants n’ont parfois pas accès à cet apprentissage de la vie tant ils sont protégés par les parents qui sont de surcroit focalisés sur l’intelligence cognitive. L’intelligence pratique est aussi sous-investie par le système scolaire. Pourtant, apprendre de ses expériences est fondamental pour l’enfant surdoué. Mais on pense que le changer d’école pour qu’il suive un programme adapté à son niveau est suffisant.
Je plaide aussi pour une plus forte reconnaissance de l’intelligence créative. Nous vivons dans un monde où l’on nous apprend à réfléchir de façon formatée. On demande à l’enfant de s’insérer dans ce moule alors qu’il serait plus judicieux de l’inviter à trouver différentes formes de réponses. L’intelligence créative, ce n’est donc pas simplement être bon en dessin, c’est aussi travailler une liberté de penser qui permet d’aborder l’information de différentes manières, et ainsi d’aboutir sur des conclusions précieuses.

Aider l’enfant précoce à développer son intelligence émotionnelle et relationnelle

Pourquoi est-ce que l’intelligence émotionnelle ou relationnelle peut faire défaut aux petits surdoués ?

Les enfants précoces sont souvent des hypersensibles. Ils peuvent aussi agacer les autres parce qu’ils sont dans l’excès. Certains parents donnent très tôt les clefs, d’autres non car ils ne les ont eux-mêmes pas reçues. Le danger est de penser que lorsque l’on est brillant intellectuellement, le reste est secondaire. Or, si on travaille seul dans son coin, on ne peut pas faire valoir ses talents. Quand un parent voit que son enfant est doué, il ne doit absolument pas le mettre dans une tour d’ivoire, au motif que les autres enfants ne seraient pas assez intelligents. Il faut au contraire aider l’enfant à gérer ses relations avec les autres, voire lui apporter un petit soutien psychologique dans certains cas, afin de l’aider à dépasser ses peurs.

Est-ce que pour accompagner au mieux un enfant précoce, il faut l’encourager à investir à 100% l’un de ses talents ?

Il faut lui permettre d’explorer différents domaines pour qu’il trouve sa place. Il faut veiller à ne pas investir trop tôt un talent car cela pourrait le bloquer dans une voie qui ne serait finalement pas la sienne. En revanche, si par exemple un enfant est très en demande et ne s’arrête jamais de s’entraîner au piano, il convient de le laisser. Mais il faut réellement que l’enfant soit pleinement passionné et qu’il ne désire pas avant tout faire plaisir aux parents.
*L’enfant précoce aujourd’hui, le préparer au monde de demain, Monique de Kermadec, Albin Michel.

A savoir

On estime qu’environ 1 ou 2 enfants par classe peuvent être qualifiés de précoces en France. Leur âge mental est estimé entre 2 et 7 ans en avance sur leur âge réel, d’où des facultés d’apprentissage décuplées. Ils se démarquent aussi par des signes caractéristiques comme la curiosité, la richesse de langage, mais aussi le perfectionnisme, l’hypersensibilité et souvent un sentiment de solitude.

 

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