L'enfant
Les troubles de l'enfant "dys" doivent être détectés dès le plus jeune âge à l'école ©Elsa Barthes

Environ 20% de la population en âge scolaire est concernée par les difficultés d’apprentissage. Parmi ceux-ci, 5 à 8% en souffrent plus spécifiquement… Ce sont les fameux troubles « dys ». Depuis une quinzaine d’années, la problématique des « dys » est devenue une préoccupation des parents et un défi sociétal. Les explications du Professeur Pierre Fourneret, chef du service Psychopathologie du Développement à l’hôpital Femme Mère Enfant de Bron (Rhône).

Dyspraxiques ou dyslexiques, de quoi souffrent les enfants « dys » dans leurs apprentissages ?

Les enfants « dys » ont des difficultés à mettre en œuvre leurs capacités cognitives (langage écrit ou oral, attention, mémoire, etc.) sans pour autant souffrir de déficience intellectuelle ou de déficit sensoriel. Tous les « dys » n’ont cependant pas les mêmes troubles même s’ils sont quelquefois cumulables. Si leur origine exacte est encore mal cernée, on sait avec certitude aujourd’hui qu’elle n’a pas de lien direct avec leur environnement familial. Ce ne sont pas non plus des maladies car on ne guérit pas de la dyspraxie, de la dyslexie ou de la dyscalculie. On ne fait que compenser cette vulnérabilité. Dans la prise en charge, il faut également prendre en compte la souffrance affective et le stress de l’enfant lors de sa confrontation scolaire.
 

Eviter la spirale de l’échec scolaire

Quelle est la meilleure prise en charge pour ces enfants ?

Le professeur Fourneret, pédopsychiatre à l'Hôpital FME à Bron
Le professeur Fourneret, pédopsychiatre expert en précocité ©DR

Il y a deux défis majeurs. Le premier est de santé publique. Plus on repère et prend en charge tôt les troubles « dys », meilleure sera leur évolution. Aujourd’hui, nous disposons d’indicateurs cliniques suffisamment précis pour en favoriser le repérage précoce. Certains troubles peuvent être dépistés dès l’âge de quatre ans (dyspraxie) ; d’autres au contraire ne pourront être diagnostiqués avant l’âge de 8 ans (dyslexie). Si la plupart des professionnels de santé libéraux sont aujourd’hui formés pour réaliser de tels diagnostiques, certaines situations dites « complexes » (car associant le plus souvent plusieurs troubles) nécessitent des compétences précises et des investigations plus poussées, réalisées dans des centres référents.
Tout au long de sa scolarité, on peut aujourd’hui aider l’enfant « dys » à surmonter son handicap et à pallier ses difficultés. On arrive à d’excellents résultants si la prise en charge est adéquate, c’est-à-dire personnalisée et adaptée au niveau des difficultés de l’enfant et à son environnement. A ce titre, elle doit être assurée par des professionnels de santé spécialisés (orthophoniste, orthoptiste, psychomotricien, ergothérapeute etc.), en concertation avec les parents et le personnel enseignant. Ce partenariat est essentiel et représente le deuxième défi à relever, celui de l’intégration scolaire des enfants « dys ». C’est une préoccupation légitime pour tout parent mais c’est aussi un droit depuis la loi sur le handicap du 11 février 2005.

Mettre l’enfant “dys” en confiance

Les aménagements scolaires spécifiques sont-ils efficaces ?

Les « dys » mettent plus de temps pour acquérir et maitriser correctement les enseignements scolaires traditionnels (essentiellement français et mathématique). Ils n’en sont pas pour autant moins intelligents ni dépourvus de logique.. Très jeunes, ils ont la sensibilité de comprendre la nature de leurs points de crispation. A niveau d’intelligence égale, le niveau scolaire de l’enfant « dys » est toutefois de un voire deux ans inférieur. Aussi faut-il être prudents lorsqu’un redoublement est envisagé afin de ne pas démotiver l’enfant ; éviter qu’il perde l’estime de lui-même et sombre dans la spirale de l’échec scolaire. Tout aussi délicate à appréhender est l’application systématique des aménagements dont ils bénéficient pendant les évaluations scolaires. En vertu du droit à la compensation du handicap, les enfants « dys » peuvent désormais disposer d’un tiers de temps supplémentaire ou être dispensés de certaines épreuves. Ce sont des mesures de bon sens mais il n’y a aucun argument scientifique qui atteste que ce soit efficace. De même pour l’usage des nouveaux logiciels, soit disant adaptés aux handicaps des enfants « dys » et censés les aider : il faut se méfier de l’intérêt mercantile de ces outils et plus encore de leur efficience qui n’est pas non plus encore prouvée. Une prise en charge adaptée et mise en place par des professionnels compétents reste la meilleure des solutions pour accompagner l’enfant « dys » dans son parcours pédagogique et ce, du primaire jusqu’à son entrée dans le monde du travail.

Retrouvez la liste de tous les pédopsychiatres de votre ville ou de votre quartier sur www.conseil-national.medecin.fr

A SAVOIR

 
On distingue les dyspraxiques, des dyslexiques et des dyscalculiques. Les dyspraxiques n’arrivent pas à planifier et exécuter correctement leurs gestes, d’où leur maladresse. Les dyslexiques souffrent d’une difficulté dans l’acquisition du langage  écrit: que ce soit en lecture (dyslexie) ou à l’écrit (dysorthographie). Quant aux dyscalculiques, ils ont un problème pour comprendre et utiliser les nombres et les règles élémentaires du calcul ; ce qui fragilise la qualité de leurs raisonnement logico mathématique.

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