Le Dr Antoine Watrelot, chirurgien-gynécologue à la Clinique Natecia et vice président de l'association End'Aura, était l'invité de l'émission « Votre Santé » le jeudi 11 mars pour lever le voile sur l'endométriose.

Entre 1,5 et 2,5 millions de femmes souffrent de l’endométriose en France. Pourtant, cette pathologie gynécologique est encore mal connue et de nombreuses femmes ignorent en être atteintes. A l’occasion de la 17ème édition de la semaine de prévention de l’endométriose, le Dr Antoine Watrelot, chirurgien-gynécologue à la Clinique Natecia et vice président de l’association End’Aura, était l’invité de l’émission « Votre Santé » pour lever le voile sur cette maladie féminine.

Si les règles sont un des tabous de la société, la douleur ressentie durant cette période par les femmes a elle aussi été tue durant de nombreuses années. Contrairement aux idées reçues, la douleur n’est pourtant pas systématique et peut cacher une pathologie telle que l’endométriose. Cette maladie gynécologique touche en effet une femme sur dix en âge de procréer. Comment la reconnaître ? Peut-on en guérir ? Le Dr Antoine Watrelot, chirurgien-gynécologue à la Clinique Natecia a répondu aux questions de Pascal Auclair, rédacteur en chef de Ma Santé et d’Elodie Poyade, dans l’émission « Votre Santé » de ce jeudi 11 mars sur BFMLyon.

 

La douleur pendant les règles, principal symptôme de l’endométriose

L’endométriose est une maladie qui a longtemps été taboue et dont on parle de plus en plus. Mais pour ceux qui ne la connaissent pas, qu’est-ce que l’endométriose ?

L’endométriose est une maladie de l’endomètre, c’est-à-dire la muqueuse qui tapisse l’utérus. C’est ce qui tombe pendant les règles. Cette muqueuse peut se fixer en dehors de l’utérus (dans le bas ventre, sur la vessie, les intestins, le péritoine…) et donner des nodules très inflammatoires. Ces nodules sont sources de douleurs pour les femmes.

Quels sont les symptômes de l’endométriose ? 

Le maître symptôme, et ce qui doit attirer l’attention, est la douleur des règles. Cette douleur, qu’on appelle dysménorrhée, survient souvent extrêmement tôt. Il faut toutefois dire que toutes les douleurs des règles ne sont heureusement pas de l’endométriose. Mais il faut garder ce symptôme en tête. Cela s’accompagne d’autres signes : les douleurs lors des rapports sexuels, digestives, de la sphère urinaire… Il existe une panoplie de symptômes possibles. Mais s’il fallait n’en retenir que deux, ce serait la douleur pendant les règles et durant les rapports sexuels.

Comment différencier des règles douloureuses de l’endométriose ? À quel moment doit-on se dire « là ce n’est pas normal, il faut que j’aille consulter mon gynécologue » ?

On a l’habitude de demander à nos patients de situer leur douleur sur une échelle de 0 à 10. Dans le cas des règles, on peut considérer qu’une douleur “normale” ne devrait pas dépasser 4 sur 10. Lorsque des patientes expliquent qu’elles ressentent une douleur de l’endomètre qu’elles situeraient entre 8 ou 9 , cela montre qu’il y a un problème.

Cette maladie peut-elle toucher toutes les femmes quelque soit leur âge ?

Toutes les femmes en âge de procréer peuvent être victime d’endométriose. La maladie peut démarrer très tôt et en principe se terminer lors de la ménopause.

Y a t-il un caractère génétique et héréditaire à cette pathologie ?

Il existe un caractère familial. C’est-à-dire que si une mère est atteinte d’endométriose, sa fille a plus de chance de faire également de l’endométriose. En revanche, il n’y a pas de facteur génétique avéré.

 

Endométriose : une maladie gynécologique évolutive

Cela peut paraître compliqué pour les femmes atteintes d’endométriose de noter de 1 à 10 leur douleur si elles ont « toujours » connue une douleur très intense. Cela voudrait dire qu’il y a une augmentation de son intensité ?

C’est une maladie progressive. Les patientes racontent souvent qu’elles ont eu mal, puis très mal voire tellement mal qu’elles finissent par aller aux urgences. Et le drame encore aujourd’hui, c’est qu’on entend encore des patientes confier : « on m’a dit que j’étais douillette », « on m’a dit que c’était dans la tête » ou encore « on m’a dit que c’était normal ». J’en vois toutes les semaines. Même si grâce aux associations, et en particulier aux associations de patientes, on a sensibilisé à cette maladie.

Connaît-on les causes de l’endométriose ? Pourquoi une femme va l’avoir et pas une autre ?

Non, cela reste encore mystérieux. Nous avons identifié quelques pistes dont certaines environnementales. Nous avons notamment parlé des phtalates et des perturbateurs endocriniens… Pour l’instant, ce n’est pas prouvé. Mais il est assez probable qu’il y ait des implications. Il y a un tel nombre de femmes touchées que l’on se dit qu’il est assez probable qu’il y ait des implications environnementales.

“Il y a une diminution de la fertilité mais pas de stérilité”

Et peut-on avoir des enfants lorsqu’on souffre d’endométriose ?

L’hypofertilité, et non la stérilité, est le deuxième symptôme de l’endométriose. Il faut insister sur le fait qu’il y a une diminution de la fertilité mais pas de stérilité. Mais heureusement, nous avons des patientes atteintes d’endométriose qui n’ont même pas été diagnostiquées, qui ont des enfants sans avoir suivi de traitement. En revanche, comme il y a une diminution de la fertilité, il n’est pas rare que les femmes doivent passer par la fécondation in-vitro pour une grossesse.

Soigner l’endométriose : de la pilule à l’opération chirurgicale


Une fois que le diagnostic est donné et qu’au niveau médical, on est persuadé qu’il y a endométriose, que peut-on faire concrètement ? Comment cela se soigne-t-il ?
Pascal Auclair (gauche), rédacteur en chef du groupe Ma Santé et le Dr Antoine Watrelot (droite), chirurgien-gynécologue lyonnais.

Il existe deux grandes thérapies : médicale et chirurgicale. Pour faire simple, le carburant de l’endométriose, ce sont les hormones des ovaires. Si l’on met les ovaires au repos, si on “coupe” les règles, on devrait donc normalement améliorer la vie des patientes. On essaie toujours de commencer par la séquence médicale.

Si cela ne marche pas, si l’endométriose est déjà à un stade sévère ou s’il y a un nodule de grosse taille, alors on entre dans un cadre chirurgical. Cela arrive assez souvent. Mais à ce moment-là, la décision est assez difficile. C’est pour cela que nous avons des réunions entre experts : pour discuter, au cas par cas, de cette prise en charge.

Vous dites que l’aspect chirurgical est évoqué assez fréquemment. Quel est le pourcentage ? Combien de cas de femmes atteintes d’endométriose nécessitent une opération chirurgicale ? 

Il s’agit d’une maladie chronique qui peut suivre la femme durant une grande partie de sa vie (mais pas toute la vie car on peut en guérir), il faut donc être économe de la chirurgie. Mais les choses se passent différemment selon les patientes.
Si par exemple, une patiente à qui l’on donne la pilule en continue n’a plus mal, on ne fera rien de plus. Mais, si celle-ci veut des enfants et arrête la pilule, alors les symptômes vont réapparaitre. C’est donc à ce moment-là que l’on va l’opérer. Il est difficile de quantifier car cela dépend du moment auquel on va prendre en charge la maladie et la patiente.

Pour terminer sur une note d’espoir, il est donc aujourd’hui possible de guérir de l’endométriose, en France ?

On peut guérir de l’endométriose, bien sûr ! Pour guérir, il faut être opéré donc enlever les lésions. Lorsque l’on enlève les lésions, beaucoup de patientes, heureusement, guérissent.

 

À SAVOIR

L’ASSOCIATION ENDOFRANCE a lancé en 2004 la première semaine d’information et de sensibilisation à l’endométriose qui fête cette année sa 17ème édition. Grâce aux nombreuses actions des associations et de certaines célébrités pour promouvoir la lutte contre cette maladie, le diagnostic est plus précoce. “Avant, on considérait qu’il y avait dix ans de retard dans le diagnostic pour l’endométriose, aujourd’hui on est probablement à deux ans“, selon le Dr Watrelot, gynécologue lyonnais et vice président de l’association Endo’AUra.

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