Le handicap dans le monde du travail : des préjugés à déconstruire
Le handicap dans le monde du travail : des préjugés à déconstruire © Freepik

L’employabilité des personnes handicapées souffre de nombreux clichés. Même si les derniers chiffres montrent un sujet de moins en moins tabou et mieux intégré au monde du travail, les personnes en situation de handicap rencontrent toujours des portes fermées au niveau de l’emploi, notamment en période de Covid-19. Quels sont les clichés à dépoussiérer ? Comment se déroule l’intégration d’une personne handicapée ? Éléments de réponses avec Franck Bouiller, directeur général du Service de Santé au Travail Interentreprises de l’Allier (SSTI03).

Selon l’association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH), sur 2,7 millions de personnes reconnues handicapées, 938 000 étaient employées en 2019. Des chiffres loin d’être convaincants. Mais qui démontrent une « belle avancée depuis 30 ans » pour l’handicap dans le monde du travail, selon Franck Bouiller, directeur général du service de santé au travail interentreprises de l’Allier (SSTI03).

En France, tout employeur de plus de 20 salariés a une obligation légale d’employer des personnes handicapées au nombre de 6% de l’effectif total. « Nous avons mis en place de la discrimination positive, des quotas… Tout cela a pu être vécu comme une contrainte par les employeurs mais la finalité a été la constitution d’un réseau professionnel d’accompagnateurs et de spécialistes du sujet », comme l’AGEFIPH ou encore le FIPHFP (Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique).

 

Sensibiliser le monde du travail au handicap

« Le mot handicap est toujours connoté négativement », remarque Franck Bouiller. « Les employeurs ont encore un manque de connaissance du sujet », complète-t-il. Des clichés comme un absentéisme important, un manque de productivité, ou encore une crainte de démarches administratives complexes.

De plus, le terme est souvent assimilé à un handicap lourd et visible. Or, 80% des personnes concernées ont des handicaps non visibles. Comme par exemple, une audition déficiente. Comment changer les regards des employeurs ? « En embauchant, et en le faisant savoir dans son entreprise et partout ailleurs, cela finit par se démocratiser. Plus cela deviendra une habitude, plus les mentalités changeront ! », affirme Franck Bouiller.

Du côté des salariés, la sensibilisation passe par la création de services de prévention de la désinsertion professionnelle. La présence du médecin du travail et de son équipe est ici essentielle.

 

« Il faut être honnête lors de la rencontre entre employeur et futur employé »

S’il est déconseillé d’afficher son handicap sur son CV, il est encore moins recommandé de retarder l’évocation de ce sujet lors de l’entretien d’embauche. « Si l’on évoque rapidement son handicap, on permet l’émergence d’une relation de confiance », explique Franck Bouiller. Il faut dire explicitement ce que la personne est capable de faire ou non.

Évoquer son handicap a pour avantage de déconstruire les préjugés d’un employeur. Une erreur serait d’évoquer son handicap à la fin de la période d’essai. « Même si on craint parfois d’évoquer ce sujet, il faut le faire au début de son contrat, quel qu’il soit. Au-delà d’une réelle confiance entre les deux parties concernées, cela permet surtout à l’employeur d’anticiper l’intégration du salarié en mettant en œuvre les moyens de compensation nécessaires », insiste Frank Bouiller.

 

Les différents acteurs autour de l’insertion professionnelle des personnes handicapées

Figure centrale de la santé au sein des entreprises, le médecin du travail n’est plus le seul intervenant comme auparavant. Désormais, ce métier s’exerce au sein d’une équipe pluridisciplinaire. Autour de lui, il est possible de retrouver un ergonome, un toxicologue, un psychologue du travail, des infirmiers, … « Le service tourne autour de quatre axes. Celui de conduire une action de santé au travail, celui de conseiller et d’accompagner les employeurs et salariés, celui de surveiller l’état de santé des travailleurs, et enfin de contribuer à la veille sanitaire », présente le directeur général du SSTI03 de l’Allier.

En plus du médecin du travail qui supervise l’intégration dans l’entreprise, d’autres acteurs interviennent en France. Notamment pour l’aide à la recherche d’emploi. Dans chaque département existe un service Cap Emploi, service public de l’emploi, dédié aux personnes en situation de handicap. Leur offre de services s’étend de l’aide à l’identification du projet professionnel, à l’insertion et intégration et au maintien dans l’emploi. Le Cap Emploi peut mobiliser des spécialistes du handicap visuel, auditifs, cognitifs… notamment pour identifier les moyens de compensation les plus adaptés au poste de travail.

Les collègues n’ont pas d’actions précises à réaliser lors de l’arrivée d’une personne handicapée. « Selon le handicap, il peut parfois être nécessaire d’accompagner la personne dans l’entreprise mais cela demeure une exception… », détaille Franck Bouiller. « Dans le cas des handicaps lourds, il faut impérativement une communication ou sensibilisation sur le handicap auprès des collègues. Un équilibre est nécessaire afin que le handicap ne soit pas une contrainte pour les autres employés. »

 

Le maintien de l’emploi : lorsque l’handicap survient dans la vie

Les Services de Santé au Travail ont un rôle prépondérant dans le maintien de l’emploi des personnes reconnues Travailleurs Handicapés. « Il faut savoir que beaucoup de personnes ne naissent pas avec un handicap. Elles sont victimes d’handicap lors d’un accident de la vie ou de travail. Et dans ces cas-là, il faut veiller à ne pas « dé-insérer », explique Franck Bouiller.

Lorsqu’une personne reprend son activité de travail avec des nouvelles restrictions d’aptitudes, l’entreprise doit prendre en compte son nouvel état. L’employeur a une obligation légale de trouver des solutions pour le maintien de l’emploi. « Si, à 40 ans, un préparateur de commandes rencontre des problèmes de santé et ne peut plus exercer son emploi, l’employeur, en lien avec le service de santé au travail, recherchera une solution de reclassement en interne vers un emploi adapté à son état de santé comme un poste plus administratif par exemple », illustre Franck Bouiller.

 

La Covid-19 fragilise le lien handicap-emploi

La crise sanitaire a eu un impact très important sur les personnes handicapées, confirme Franck Bouiller. Les personnes vulnérables, fragiles à la Covid-19, ont « vu les embauches se bloquer. Mais tout a été fait afin d’éviter que le handicap constitue une contrainte supplémentaire pour les employeurs » précise le directeur-général du SSTI03 de l’Allier.

Notamment via la création d’aides financières supplémentaires de l’AGEFIPH. Elles ont notamment permis la mise en place du télétravail chez les personnes handicapées. Les employeurs pouvaient ainsi financer des adaptations de postes au sein du domicile des travailleur en situation de handicap.

De là à imaginer que le numérique plus globalement pourrait aider davantage les personnes handicapées dans l’avenir ? « Tous les développements numériques et technologiques favorisent l’intégration. Plus l’intelligence artificielle et la robotique évolueront, plus nous pourrons mettre en place des moyens de compensation », reconnait Franck Bouiller tout en nuançant. « Le numérique renforce aussi l’inégalité. Le numérique peut aider certaines personnes en situation de handicap et d’autres non. » Et de citer comme exemple comparatif, le cas du journaliste et du maçon. Le développement du numérique est une aide pour le journaliste handicapé dans les tâches de rédaction. Mais à l’heure actuelle, les technologies ne peuvent véritablement aider le maçon dans la réalisation de son travail physique.

 

À SAVOIR

Si un(e) salarié(e) a un proche en situation de handicap, des aménagements existent. Les « congés de proche aidant » permettent d’assister des personnes handicapées lorsque cela est nécessaire. des aides  existent aussi pour les parents qui ont des enfants souffrant d’handicaps graves. Elles se focaliseront sur la mise en place d’un service d’accompagnement des enfants pour rentrer chez eux. Mais également pour adapter le lieu de vie, ou permettre le recours aux aides-soignants…

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