Le témoignage de l'auteur révèle toute la difficulté à exercer malgré la pénurie de moyens.©Shutterstock

Dans son ouvrage ”J’ai rendu mon uniforme”, une jeune infirmière ardéchoise raconte l’enfer des EHPAD, entre soignants en burn-out et séniors en souffrance. Un témoignage édifiant.

Mathilde Basset est infirmière. En poste dans un EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) en Ardèche, elle a lancé un cri d’alarme sur internet, au biais d’une lettre ouverte à la ministre de la Santé, avant de publier en janvier dernier un ouvrage dénonçant la dégradation inquiétante des conditions de vie et de travail dans les résidences publiques. Un témoignage qui interpelle, aussi, sur l’évolution de notre système de santé et, plus largement, sur l’attention réservée par notre société à la problématique du vieillissement.

 

Dans votre ouvrage, vous parlez d’usine d’abattage. Pourquoi ?

« Parce qu’il est difficile pour une infirmière en charge de 99 patients d’exercer son métier sans le bâcler. J’ai adressé ce courrier à la ministre de la Santé le 27 décembre 2017, après une succession de journées au cours desquelles j’ai couru contre la montre, délivré des soins à la chaîne en négligeant la relation humaine, jusqu’à commettre des erreurs mettant en danger les résidents… Peu à peu, j’en devenais délétère. Comme je l’ai écrit, j’étais stressée, donc stressante et à mon sens maltraitante. Je ne me sentais plus soignante, et j’ai craqué. Je n’ai pas eu d’autre choix que de quitter mon service et tourner la page. »

 

EHPAD et “manque de dignité”

Est-ce selon vous une situation générale ?

« Je ne connais pas la situation dans le privé, mais je pense que la majorité des établissements publics fonctionnent ainsi, sans moyens ni management efficient pour améliorer les situations. Ce ne devrait pas être aux résidents, qui sont des personnes âgées et vulnérables, de s’adapter au rythme des soignants. Mais les effectifs sont tellement minces, que l’on fait à leur place au lieu de les accompagner. On leur enlève cette dignité. Je ne supportais plus d’être dans un système plus comptable qu’humaniste. »

 

La situation a-t-elle évolué en un an ?

« Je ne crois pas. Mon alerte s’est inscrite dans un mouvement déjà émergeant et j’ai eu beaucoup de témoignages de soutien. Après, j’ai entendu des annonces vouées à améliorer les choses, pour redorer le métier, adapter les loyers des résidents… Mais ce dont on a besoin, c’est d’augmenter les salaires des personnels pour justifier, au moins, l’engagement qu’on leur demande, et surtout d’octroyer des moyens supplémentaires en termes d’effectifs. Avec une infirmière pour 30 résidents, un soignant pour 3 personnes, on pourra peut-être améliorer la place que l’on accorde au vieillissement dans notre pays. Mais je ne suis pas très optimiste, car les séniors coûtent malheureusement plus chers qu’ils ne rapportent… »

 

À SAVOIR

J’ai rendu mon uniforme, la vraie vie des EHPAD, soignants en burn-out, séniors en souffrance

Editions du Rocher – 14,90€

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