le département du Rhône face aux déserts médicaux
Guylaine Ferré, médecine généraliste à Givors et présidente de MG69, sur le plateau de BFM Lyon. ©DR

Les déserts médicaux concernent aujourd’hui une commune sur trois. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, environ 15% de la population serait concernée par cette absence de médecins à proximité. Mais qu’est-ce qu’un désert médical ? Pourquoi y a-t-il moins de médecins dans les zones rurales ? Comment vont faire les habitants pour recevoir des doses de vaccin Covid ? Les explications de Guylaine Ferré, médecin généraliste à Givors et présidente de MG69, invité de l’émission « Votre Santé ».

Un nombre croissant de Français rencontre des difficultés pour accéder aux soins. La lutte contre les déserts médicaux est une préoccupation importante, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes.

Quelles sont les conséquences des déserts médicaux ? La médecine est-elle devenue si peu attractive ? La crise sanitaire du Covid a t-elle aggravé ce phénomène ? Éléments de réponse avec Guylaine Ferré, médecin généraliste à Givors. La présidente de MG69 était l’invité d’Elodie Poyade et de Pascal Auclair dans l’émission Votre Santé (BFM Lyon), ce jeudi 18 février.

Déserts médicaux : “Des milliers de personnes n’ont pas de médecin traitant”

Qu’appelle t-on concrètement un désert médical ?

Guylaine Ferré : Un désert médical est une zone sous-dotée en médecins généralistes et en médecins spécialistes également. D’après mes recherches, cela concerne 15 % de la population en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce sont les Agences Régionales de Santé (ARS) qui classent ces zones. Évidemment, les zones rurales sont les plus concernées, tout comme les zones les plus éloignées des métropole. Mais aussi certaines communes de taille moyenne telles que Givors ou Grigny.

 

Dans ces villes et villages, y a-t-il énormément d’attente pour prendre un rendez-vous ?

Il y a non seulement énormément d’attente mais aussi des milliers de personnes qui n’ont pas de médecin traitant. Ces derniers ont recours aux urgences. Même parfois pour faire simplement renouveler des ordonnances ! Il y a des malades qui ont des pathologies chroniques tel le diabète, de l’hypertension qui n’ont pas de suivi régulier.

 

Pourquoi y a-t-il un manque de médecins dans certains quartiers, communes et grandes villes ? Est-ce un métier qui ne fait plus rêver ou un problème de numerus clausus ?

C’est un peu tout ça. Il y a eu un problème de numerus clausus (limitation du nombre de personnes admises à une fonction, ndlr). La profession était également peu attractive à un moment donné.

Les jeunes et notamment les femmes, qui sont quasiment majoritaires dans les promos de médecine, hésitaient à s’installer. C’est un métier difficile avec des horaires complexes. La prévention et la couverture notamment maternité était pitoyable. Heureusement, elle a beaucoup évolué ces dernières années. Maintenant, on a une couverture quasiment comme les autres salariés. Donc, c’est déjà plus incitatif.

Par ailleurs, les jeunes veulent travailler de manière regroupée, dans des maisons de santé par exemple, pour avoir un confort de travail. Un confort que n’ont pas les médecins installés seuls et qui travaillent un peu à l’ancienne.

 

Déserts médicaux : “La crise a permis de se mobiliser”

Les jeunes n’ont pas envie d’aller « s’embêter » dans des zones rurales ?

Les jeunes font leurs études dans les métropoles. Ils ne connaissent pas ces territoires. Pour renforcer l’attrait de ces territoires, il faut que les internes en médecine générale y fassent leur stage. Ensuite, ils assurent des remplacements et puis parfois s’installent. Mais ce sont surtout les exercices coordonnés, regroupés, qui attirent les jeunes avec les maisons de santé pluri-professionnelles.

 

Le médecin de campagne fait-il beaucoup plus d’heures qu’un médecin de ville ?

Tout dépend du médecin de ville et de son choix d’exercice… Mais effectivement, cela peut-être très chargé en zone rurale. Notamment au niveau des gardes quand il n’y a pas de maisons médicales de garde ou de structures organisées. Les gardes peuvent revenir très souvent. C’est clairement dissuasif pour l’installation.

“Seulement 10 doses de vaccins par médecin”

votre santé déserts médicaux
Pascal Auclair (Ma Santé) et le docteur Guylaine Ferré, généraliste à Givors ©BFM

À partir de jeudi prochain, les médecins généralistes vont commencer la vaccination dans leur cabinet. Les habitants des déserts médicaux vont, on l’imagine, avoir plus de mal à faire ce vaccin ?

Oui, sauf si on crée d’autres centres de vaccination. Nous allons être tributaires des doses attribuées. Seulement 10 doses par médecin la semaine prochaine ! J’espère que cela va monter en puissance dans les semaines à venir.

A mon sens, des centres de vaccination de masse seront indispensable jusqu’à l’été pour pouvoir vacciner massivement la population.

 

Vous l’avez dit, seulement 10 doses par médecin… Comment cela va se passer ? Qui va les recevoir en premier ? 

Pour l’instant, nous n’avons pas le choix. C’est le médecin qui choisit quel patient va recevoir une dose. J’établis une liste et je vais commencer par les 10 premiers. J’irai chercher le flacon le matin même à ma pharmacie référente, en face de chez moi. Puis, dans les deux heures suivantes, j’aurai vacciné mes 10 premiers patients.

 

Vous allez vacciner vos patients avec le vaccin AstraZeneca dont on évoque ses effets secondaires. Craignez-vous que vos patients redoutent de se faire injecter avec ce vaccin ?

Il faut les rassurer. Mais dans l’ensemble, ils sont toujours très volontaires pour se faire vacciner. Il y a beaucoup d’adhésion. Au début, on avait une défiance de l’ordre de 40 %. Maintenant, je pense qu’elle est autour de 20 %. Les gens sont très demandeurs.

 

Emmanuel Macron souhaite vacciner tout ceux qui le souhaitent avant la fin de l’été. Par rapport à ce que vous voyez sur le terrain, cela vous paraît réaliste ?

Il faut que les doses augmentent très rapidement pour que cela soit fait. Je pense que l’on aura déjà beaucoup de mal à vacciner les patients prioritaires dans les deux prochains mois…

Les variants brésiliens et sud-africains inquiètent

32 % de présence du variant anglais dans le département du Rhône actuellement contre seulement 10 % début février. On nous annonce un mois de mars catastrophique et hors de contrôle. Cela vous inquiète-t-il ?

Oui. Mais ce qui inquiète plus les professionnels de santé, ce sont les variants brésiliens et sud-africains car ils seraient résistants face aux vaccins. On met d’ailleurs en place, depuis la semaine dernière, un isolement spécifique et un criblage. On ré-analyse les tests nasaux pharyngés qui sont effectués lorsqu’ils sont positifs pour rechercher ses deux variants là, en particulier. Il y a des mesures d’isolement et de dépistage renforcés pour ces deux variants. Notamment pour les cas contacts.

 

Est-ce que vous pensez qu’un jour, nous allons retrouver une « vie normale ». J’imagine que oui, mais quand ?

Je pense que dans l’année qui vient, les mesures barrières devront être présente comme elles le sont actuellement…

Pour voir l’émission Votre Santé du 18 février en replay sur BFM Lyon.

À SAVOIR

Concernant la vaccination contre le Covid-19, 57 790 personnes ont eu l’injection de la première dose dans le département du Rhône. Dans l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes, 267 000 doses de premières injections ont été effectuées soit 3,5 % de la population.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here