crises d'angoisse
1 personne sur 4 serait touchée par une attaque de panique au moins une fois dans sa vie. ©pixabay

Courantes, les crises d’angoisse n’en sont pas moins douloureuses. Entre simple épisode passager et véritable trouble panique, les conséquences peuvent devenir handicapantes. Pour autant, les crises d’angoisse sont-elles graves ? Est-il possible de s’en défaire ? Réponse à toutes vos questions avec Marion Thélisson, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Lyon.

La stigmatisation des troubles psychiques rend la vie dure aux personnes atteintes de crises d’angoisse. En effet, catégorisés comme « faibles », « fous » ou « malades à vie », difficile pour eux de s’accorder une crédibilité. Pourtant, les attaques de panique n’ont rien d’imaginaire. Des réactions cérébrales en lien avec le circuit de la peur expliquent ces symptômes.

L’angoisse, ou suffoquer en étymologie latine, désigne un panel de symptômes souvent associés au malaise. Palpitations, vertiges, difficultés respiratoires, sueurs… Des manifestations loin d’être agréables et qui questionnent. Pourquoi de tels symptômes ? L’angoisse explique-t-elle tout ? Retour sur les crises d’angoisse avec Marion Thélisson, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

 

Crise d’angoisse, qu’est-ce que c’est ?

Est-ce grave de faire une crise d’angoisse ?

Contrairement aux idées reçues, faire une crise d’angoisse n’a rien de grave. Il s’agit d’un simple mécanisme de défense, de protection, que notre cerveau utilise lorsqu’il se sent en danger. Et ce même si l’origine de ce danger peut parfois échapper à la conscience. Ainsi, cette manifestation d’inconfort intense et aigüe se traduit autant sur le plan émotionnel que physique. Pour cause, le caractère primordial voire vital de cette crise.

En revanche, si les crises d’angoisse se répètent, il est important de les prendre en considération, d’en parler et de mettre en place un suivi thérapeutique. Auquel cas, les crises ont davantage de risques de se multiplier et de générer d’autres complications.

 

Pourquoi fais-je des crises d’angoisse ?

L’origine et la causalité des crises d’angoisses sont variées. En effet, chaque personne possède un vécu différent au sein d’un environnement qui lui est propre. Expérience passée, entourage complexe, environnement inadapté… Les raisons d’une telle crise sont multiples.

Les principaux motifs des crises d’angoisse sont les suivants :

  • Un traumatisme non élaboré et réactivé. Tel un deuil traumatique et inconsciemment refoulé dont la situation réactiverait la confrontation à la mort et en conséquence ce traumatisme.
  • Une répétition de situations déplaisantes et inconfortables. Notamment le stress répété par la surcharge de travail.
  • Un détachement émotionnel. Comme c’est le cas dans certaines situations de refoulement émotionnel.
  • Un oubli de « care », de prendre soin de soi. On peut citer l’exemple d’une surcharge de travail amenant l’individu à compromettre ses temps de détente.
  • Une intolérance à l’incertitude. Principalement la sensation déstabilisante de manque de contrôle.
  • D’autres pathologies : dépression, burn-out, troubles d’anxiété généralisée, phobies…

Quelles sont les personnes généralement touchées par ces attaques de panique ?

Si l’ensemble de la population peut éprouver une attaque de panique, certains facteurs renforcent ce risque. C’est le cas d’un deuil ou d’une maladie, d’une situation anxiogène tel un divorce ou un licenciement, la consommation d’alcool et de drogues ou encore la prise ou l’arrêt brutal de quelques médicaments.

De même, le sexe et l’âge semblent proportionner le risque. En effet, on établit un sex-ratio de deux femmes pour un homme touchées par les crises d’angoisse. Les personnes âgées de moins de 25 ans sont également les plus impactées. Enfin, la comorbidité d’un trouble anxieux ou dépressif est présente dans plus de 60 % des cas. Un chiffre qui s’élève à 30 % en cas d’addiction.

Toutefois, si ces différents éléments s’accordent dans la création d’une situation propice aux crises d’angoisse, ils n’en sont pas pour autant les seuls déterminants.

 

Les symptômes des crises d’angoisse

J’ai cru faire une crise cardiaque. Pourquoi ?

Lors d’une crise d’angoisse, c’est tout notre corps qui est en alerte. Rigidification corporelle, accélération du pouls, difficulté à respirer voire étouffement, douleurs thoraciques… Tous ces ressentis peuvent en effet donner la sensation de faire une crise cardiaque. Néanmoins, il est très peu probable d’en expérimenter une véritable.

 

Quels sont les autres symptômes ressentis lors d’une crise d’angoisse ?

Les symptômes les plus courants se regroupent autour de sensations physiques, tant sur la respiration (sensation d’étouffement, difficulté à respirer) que sur l’aspect cardiologique (palpitations cardiaques, douleurs thoraciques). De même, des manifestations corporelles d’anxiété sont fréquentes : tétanie, transpiration, tremblements, vertiges, nausées, frissons, engourdissements… À noter que des ressentis psychiques internes peuvent s’ajouter, tel que le sentiment de devenir fou.

 

Différencier l’angoisse de la dépression

Crise d’angoisse et dépression, quelle différence ?

Crise d’angoisse et dépression ne se réfèrent pas à la même réalité. En effet, la dépression est un état constant et non réduit à une faible temporalité comme la crise d’angoisse le suggère. C’est pourquoi l’expression « je suis dépressif » existe, contrairement au « je fais une crise d’angoisse ». Néanmoins, les crises d’angoisse fréquentes sont révélatrices d’un état général d’anxiété. Ce dernier peut se manifester par des évènements d’anxiété ponctuelle accrue telles que les crises d’angoisse.

Dès lors, l’appellation « crise » suggère un temps défini et restreint. En somme, elle ne dure qu’un temps et s’exprime par-delà des symptômes physiques imminents. Or, la dépression relève d’un état global, caractérisé par des pensées envahissantes, dévalorisantes. À l’inverse d’une attaque de panique, le corps ne joue pas un rôle prédominant dans la dépression.

 

Est-ce que l’agoraphobie peut être considérée comme une attaque de panique ?

Non. Tout comme la dépression, l’agoraphobie caractérise par un état d’anxiété global, bien que relié à un type de situation précis. Pour rappel, l’agoraphobie est la peur des lieux publics et espaces clos. Si cet état peut être associé à un trouble panique lors de l’exposition à la phobie, il demeure avant tout une anxiété généralisée qui intervient constamment dans les mécanismes de pensée. Ainsi, la manifestation ne résume pas le trouble psychiatrique.

 

Crises d’angoisse, quels risques ?

Peut-on mourir de crises d’angoisses ?

Quand bien même les crises d’angoisse provoquent un sentiment de mort imminente, ce n’est qu’une sensation. Impossible de mourir d’une crise d’angoisse. En effet, il est important de comprendre qu’il s’agit d’un épisode d’alerte que le corps subit de la même manière qu’un panneau « attention danger de mort ». Ce mimétisme avec la sensation de mourir n’est en réalité qu’un leurre n’ayant aucune cause médicale réelle.

 

Quels sont les risques encourus en cas de crises d’angoisse fréquentes ?

Des crises d’angoisse fréquentes et sans prise en charge peuvent générer des complications. Ainsi, les risques sont variés et ne relèvent pas d’un lien unique de causalité aux crises. En effet, ils peuvent découler d’un ensemble de facteurs divers.

Dès lors, troubles du sommeil, digestifs, cardiovasculaires, respiratoires en sont des complications physiques. Hormis ces dernières, les risques les plus fréquents sont ceux du trouble d’anxiété généralisé (TAG) ou de la dépression. C’est pourquoi, afin de minimiser les risques encourus, il est indispensable de se tourner vers un psychiatre et/ou psychologue.

 

Soigner les crises d’angoisse

Que faire en cas de crises d’angoisse ?

La majeure partie du temps, il est difficile de vaincre ces états répétés d’angoisse par soi-même. Dès lors, il convient de prendre rendez-vous avec un professionnel de santé afin de mettre en place un suivi thérapeutique et d’engager un travail de fond. En outre, un triptyque de conseils essentiels sera abordé. En effet, la guérison prend appui sur trois piliers.

Le premier concerne l’importance d’abandon de la lutte contre les crises d’angoisses. Garder le contrôle et lutter à tout prix est un premier réflexe souvent observé. Or, pour éviter une consolidation de ces crises, le mieux est d’accepter leur apparition et donc de ne pas lutter.

Second conseil, légitimer son angoisse. Se dénigrer et se rabaisser n’arrangera pas la situation et pire l’aggravera. Il est essentiel de ne pas minimiser les raisons de ces crises. Et ce même si la raison est parfois inconnue.

Enfin, pour mieux-vivre vos crises d’angoisse et diminuer leur impact, essayez les exercices de respiration. Se recentrer sur ses sensations physiques permet en effet de focaliser son attention sur la réalité environnante, plutôt que sur son angoisse. Et si ces aides sont un secours en temps de crises, appliquez-les également en dehors de ces périodes afin de maximiser leurs effets.

 

Qui dois-je consulter pour résoudre ce problème récurrent ?

Psychologues, psychothérapeutes et psychiatres sont aptes à entamer un accompagnement thérapeutique adapté. Ce travail permettra de comprendre la source et les mécanismes de l’angoisse puis d’apaiser cette anxiété accrue à l’aide d’outils.

 

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 À SAVOIR

En cas de crises d’angoisse récurrentes et accompagnées d’une anxiété permanente, on parle de trouble panique. Défini par le DSM comme la survenue d’attaques de panique récurrentes et inattendues, ces symptômes sont d’autant plus handicapants dans la vie quotidienne. La personne touchée met en place tout un système d’évitement pour lutter contre l’arrivée probable de ses crises, quitte à abandonner toute une partie de sa vie.

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